Sécurité "moyenne" sur le rail

Trois ans après la catastrophe de Buizingen, la sécurité progresse lentement: "On a préféré équiper l’ensemble du réseau avec un système "moyennement efficace" plutôt qu’une seule partie de réseau avec un système 100 % efficace."

Sécurité "moyenne" sur le rail
©F. Walschaerts
Arnaud Martin (st.)

Le 15 février 2010, une collision entre deux trains faisait 19 morts et 170 blessés à Buizingen. A l’origine de l’accident, le franchissement d’un feu de signalisation rouge par l’un des deux trains. Selon les chiffres officiels de la SNCB, en 2012, 77 franchissements de signaux étaient encore à déplorer. Nous avons interrogé Daniel Saey, conducteur de train et président de la filière conduite francophone pour la CSC Transcom, sur la sécurité du rail en Belgique.

Concrètement, qu’est-ce qui a été mis en place après la catastrophe de Buizingen pour améliorer la sécurité ?

La SNCB et Infrabel ont accéléré la mise en place de TBL1+ (Train Balise Ligne), un système qui permet un contrôle de la vitesse à 300 mètres d’un signal rouge. Si la vitesse est supérieure à 40 km/h, le système se met en route et freine le train. L’ensemble du réseau belge sera équipé du TBL1+ d’ici 2015.

Ce système est-il efficace ?

Le système apporte un plus, c’est indéniable, mais un train qui arrive à 160 km/h aura besoin de plusieurs centaines de mètres pour s’arrêter et ira bien au-delà du feu rouge. De plus le système n’est pas reconnu d’un point de vue européen. Les compagnies étrangères qui roulent en Belgique ne savent donc pas l’utiliser et réduisent leur sécurité pour traverser le pays.

Quelles solutions sont envisageables pour améliorer encore le système ?

Un autre système, l’ETCS (European Train Control System), est bien plus efficace. Il est appliqué en Suisse où plus aucun franchissement de signal rouge n’est constaté. Le système contrôle constamment la vitesse du train grâce à des balises disposées sur l’ensemble du réseau. Avec l’ETCS, il est impossible de franchir un signal rouge.

Pourquoi alors ne pas utiliser ce système ?

Il y a malheureusement des contraintes budgétaires. La SNCB fait avec ce qu’elle reçoit. Le réseau belge sera toutefois équipé du ETCS pour 2025. Mais à cause du budget limité, on a préféré équiper l’ensemble du réseau avec un système "moyennement efficace" plutôt qu’une seule partie du réseau avec un système 100 % efficace.

La technologie est-elle la seule façon d’améliorer la sécurité ?

Juste après Buizingen, une étude a été réalisée auprès des conducteurs de train; 36 % d’entre eux ont déclaré ne pas avoir assez de temps de repos entre leurs services. Quand on analyse les dépassements de signaux, on constate qu’il s’agit souvent de franchissements par des conducteurs qui ont commencé très tôt ou qui enchaînent plusieurs "tôt matin" (début de service avant 4 heures). Il serait donc aussi utile de réaménager le système d’horaire des conducteurs.

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