On attend la formation des imams

Bien qu’il ne soit pas le ministre chargé des Cultes - c’est l’Open VLD Annemie Turtelboom - le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Didier Reynders (MR) a proposé au cours du week-end de lier l’aide au culte musulman à un meilleur contrôle et à une meilleure formation des imams présents chez nous. Si Didier Reynders monte ainsi au créneau, c’est parce que des dirigeants de pays arabes lui ont signalé la présence de ressortissants belges dans les mouvements radicaux et fondamentalistes de leurs pays. "On est donc loin de l’islam modéré souhaité; pire, les imams sont souvent fondamentalistes ou salafistes ou proches de mouvements très durs."

Christian Laporte

Flou

Bien qu’il ne soit pas le ministre chargé des Cultes - c’est l’Open VLD Annemie Turtelboom - le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Didier Reynders (MR) a proposé au cours du week-end de lier l’aide au culte musulman à un meilleur contrôle et à une meilleure formation des imams présents chez nous. Si Didier Reynders monte ainsi au créneau, c’est parce que des dirigeants de pays arabes lui ont signalé la présence de ressortissants belges dans les mouvements radicaux et fondamentalistes de leurs pays. "On est donc loin de l’islam modéré souhaité; pire, les imams sont souvent fondamentalistes ou salafistes ou proches de mouvements très durs."

Pour Reynders, il faut poursuivre les échanges d’informations de type policier ou judiciaire mais aussi agir préventivement en encadrant les formateurs comme pour d’autres cultes. Le ministre suggère aussi un contrôle des messages diffusés. "Nous n’avons pas à juger leur contenu religieux. Mais quand ils comportent des éléments contraires à l’ordre public, des appels à la violence ou à des violations des droits humains, il n’y a pas de raison qu’on les laisse se développer", clame-t-il. Tout en se disant "rester convaincu qu’un très grand nombre de pratiquants chez nous sont des modérés" .

L’Exécutif des Musulmans de Belgique n’a pas manqué de réagir. Car depuis 2008, malgré un manque flagrant de moyens, elle met sur pied des formations pour les imams ! Son président Semsettin Ugurlu réclame plus de moyens. Et, nuance, il prône un encadrement plutôt qu’un contrôle des messages. Actuellement. L’Exécutif émet des avis sur des imams qui sont nommés par le ministère de la Justice. Ainsi, sur 300 mosquées chez nous, 70 sont reconnues et 40 imams désignés. C’est plus au coup par coup avec les quelque 250 autres imams où l’EMB travaille avec des associations locales. Cela dit, le président admet qu’on ne peut contrôler tous les messages. Et ajoute que les imams désignés signent la charte de l’EMB par le biais de laquelle ils s’engagent à respecter les lois belges pour le vivre ensemble.

Pas de vrai programme

Jean-François Husson, spécialiste du financement des cultes et fondateur de l’Observatoire des relations administratives entre les cultes, la laïcité organisée et l’Etat (Oracle), confirme et rappelle que l’Article 268 du Code pénal sanctionne tout appel à la désobéissance aux lois du pays. "Cette mesure remonte à la guerre froide car certains popes se méconduisaient. Le problème de l’islam n’est pas neuf et pose question depuis sa reconnaissance officielle avec la survivance d’un islam des ambassades." Quant au contrôle des imams, M. Husson pense qu’on peut le résoudre en confiant les mosquées à deux imams : "L’un du pays d’origine et un autre qui connaît la société belge. Dans la formation, cette dimension doit être renforcée. Mais encore faut-il que ceux qui en lancent comme certains à l’ULB ou comme Brigitte Maréchal et Felice Dassetto soient soutenus comme il sied pour proposer une double formation théologique et d’ouverture à la société belge. Un passage par l’inburgering peut s’imposer La formation linguistique est essentielle mais les imams doivent aussi connaître les relations entre l’Eglise et l’Etat et l’évolution de la société belge sur le plan éthique et moral."

Sa conclusion ? "Il n’y a toujours pas de vrai programme de formation des imams. Cela devrait être une priorité pour le gouvernement et pour Annemie Turtelboom" Il y a péril en la demeure : l’Exécutif est dans les problèmes depuis des années et si sous les gouvernements transitoires, on pouvait invoquer de bonnes excuses pour ne pas trancher, ce n’est plus le cas dans un gouvernement de plein exercice.

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