Procès De Gelder - "Vous n'êtes pas fou, vous êtes mauvais"

Les avis d'experts psychiatriques se sont opposés sur l'état de santé mentale de Kim De Gelder.

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Procès De Gelder - "Vous n'êtes pas fou, vous êtes mauvais"
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"Monsieur De Gelder, vous n'êtes pas fou, vous êtes mauvais", a asséné Virginie Cottyn, avocate des proches d'Elza Van Raemdonck, Corneel Vermeir et Leon Garcia-Arbesu, trois des quatre victimes mortelles de Kim De Gelder. L'avocate ouvrait le feu des plaidoiries des parties civiles. Elle s'est attachée à décrire les trois victimes, "l'épouse, l'amie, la maman, la grand-mère, la fille, la voisine" qu'était Elza Van Raemdonck, le premier enfant qu'était Corneel, presque dix mois, pour ses parents, le caractère de Leon. Elle a rappelé la "douleur insupportable" qu'a dû ressentir Elza Van Raemdonck en recevant les premiers coups de couteau et a souligné le fait que "Corneeltje" était mort seul, sans ses parents, "parce qu'il était dans le chemin" de Kim De Gelder. "Leon aussi est mort seul, sans ses parents, sur la table d'opération", a commenté Virginie Cottyn.

"On a beaucoup dit durant le procès qu'il était un garçon de 20 ans, au moment des faits. Ce n'était pas un garçon, mais un homme de vingt ans. Mais il se comporte, encore aujourd'hui, comme un gamin qui fait signe à la caméra." "Ce procès est unique car on assiste à une grande humanité de la part des victimes, face à l'inhumanité de ce qui a été commis", a-t-elle conclu.

Jef Vermassen décrit un accusé menteur, manipulateur, escroc, sans empathie

Kim De Gelder est égoïste au possible, autosatisfait, manipulateur, menteur, sans empathie et présente toutes les caractéristiques de l'escroc, saisissant toutes les occasions pour frauder et tromper les gens, a expliqué Jef Vermassen, avocat des familles d'Elza Van Raemdonck, Corneel Vermeir et Leon Garcia-Arbesu, lundi soir devant la cour d'assises de Flandre orientale. "Kim De Gelder est comme un jeune coucou dans un nid, qui veut toute l'attention sur lui", a commenté l'avocat. "Il est même allé jusqu'à avouer qu'il profitait de l'attention et que s'il parlait, on ne viendrait plus le voir!" Cette soif d'attention s'est manifestée dès l'enfance, comme l'a confessé son père mercredi dernier. Kim De Gelder ne supportait pas que son père s'occupe aussi de ses deux autres enfants.

L'accusé a également eu des demandes extravagantes, a rappelé Jef Vermassen. Ainsi, il a demandé que Bart De Wever soit interrogé dans le cadre de l'enquête, afin de savoir ce que le président de la N-VA pensait de lui. "Il s'est aussi plaint de passer le Nouvel An tout seul dans sa cellule, 'c'est vraiment terrible', s'est-il plaint!", s'est étranglé l'avocat.

Kim De Gelder n'éprouve pas d'empathie envers les victimes, n'arrive pas à comprendre leur souffrance. "Quand on raisonne comme un coucou, c'est normal de se dire 'les autres, ça ne m'intéresse pas'." Le jeune homme est même allé jusqu'à proposer par courrier une médiation aux victimes.

Jef Vermassen a encore énuméré les éléments qui tendant vers une personnalité manipulatrice. "J'ai parfois pleuré de rire en lisant des interrogatoires de l'accusé, en voyant comment il arrive à faire passer son interrogateur en interrogé." L'avocat a noté que Kim De Gelder était très attentif aux détails.

"Il a loué un appartement avec garage, pour y ranger les vélos qu'il n'avait pas encore achetés. Il a aussi pensé à circuler avec un vélo décoré de bandes blanches qu'il était facile de recouvrir de peinture noire."

Mais la caractéristique principale de Kim De Gelder, relève Jef Vermassen, c'est que c'est un escroc. Il dispose d'une réserve de fausses cartes d'identification, préparées pour de potentiels futurs crimes, il donne régulièrement de faux noms, même dans des circonstances anodines, et s'entraîne à mentir pour rouler les gens.

Pour Jef Vermassen, Kim De Gelder n'a rien d'un psychotique, mais est un psychopathe, qui admire des gens comme le tueur en série américain Ted Bundy. Kim De Gelder est mû par la vengeance et la haine.

La tension à son comble

Une question posée par une des avocates des parties civiles a suscité de vives réactions, certains dans la salle applaudissant l'avocate, la mère de Kim De Gelder protestant au point que le président de la cour d'assises de Flandre orientale Koen Defoort a menacé de faire évacuer la salle.

"Ce n'est pas un café, ici, c'est une salle d'audience!" Nina Van Eeckhaut interpellait Geert Hoornaert, un des psychologues mandatés par la défense, à propos d'une interview qu'il a accordée dix jours après la tuerie perpétrée par Kim De Gelder à la crèche Fabeltjesland de Termonde.

"J'ai répondu au journaliste en tant que simple citoyen", a répondu le psychologue. Dans cette interview, Geert Hoornaert comparait l'accusé à Hitler, Ted Bundy ou Michel Fourniret. "Maître Vermassen accordait lui aussi une interview au lendemain des faits!", s'est exclamé l'avocat de la défense, Jaak Haentjens.

"Cela montre le fanatisme avec lequel vous défendez maintenant la thèse de la défense", a asséné Nina Van Eeckhaut au psychologue, suscitant des applaudissements dans la salle.

"Arrêtez! Ce n'est pas un café, ici, c'est une salle d'audience! Je demande au public de ne pas réagir!", est intervenu le président Defoort. La maman de Kim De Gelder, qui avait été rappelée à l'ordre par le président pour avoir applaudi à la remarque de l'avocat de son fils, a vigoureusement protesté. "Alors, les autres doivent aussi se taire et arrêter de rire!"

Kim De Gelder "était dément au moment des faits"

Kim De Gelder souffre de schizophrénie paranoïde et était dément au moment des faits, ont affirmé lundi les deux psychologues mandatés par sa défense.

L'accusé représente toujours un danger pour lui-même et pour la société. Durant plusieurs heures, Geert Hoornaert et Nathalie Laceur ont répondu point par point au rapport des experts-psychiatres désignés par la justice, s'étonnant que ce collège de cinq personnes aient rejeté toutes les explications menant au diagnostic de schizophrénie et n'aient retenu que le mobile de colère et vengeance pour expliquer le comportement de Kim De Gelder.

Pour eux, tout, des hallucinations auditives aux voix que l'accusé dit avoir entendues, pointe pourtant vers la schizophrénie paranoïde. Ils ont réfuté l'idée que Kim De Gelder ait préparé minutieusement ses actes. "Les faits montrent un certain amateurisme. Il a laissé beaucoup de place à l'improvisation", a relevé Nathalie Laceur. "On remarque qu'il consacre beaucoup plus de temps à préparer sa fausse identité qu'à tuer. Il fait parfois preuve d'une naïveté confondante, quand il pense par exemple à choisir des lieux à plus de 15 km de chez lui. Croyait-il vraiment que des faits aussi terribles n'occasionneraient pas plus d'activité policière qu'un simple délit?"

Les deux psychologues concluent des divers éléments examinés que Kim De Gelder souffre de schizophrénie paranoïde, maladie qui l'a rendu dément au moment des faits et maintenant encore, et qu'il représente toujours un danger pour lui-même et la société.

Une forme de partialité chez l'expert-psychiatre

Le rapport de l'expert-psychiatre Jurgen Nys désigné par la justice trahit une forme de "partialité" et contient des "préjugés", a soutenu lundi Geert Hoornaert, le psychologue mandaté par la défense de Kim De Gelder.

"L'expert part du présupposé que De Gelder n'est pas schizophrène, ce qui n'est scientifiquement pas responsable." Le collège des experts-psychiatres a conclu que Kim De Gelder n'était ni dans un état de folie, ni dans un état profond de trouble ou de débilité mentale qui l'aurait rendu incapable de contrôler ses actes.

Les psychologues de la défense, Geert Hoornaert et Nathalie Laceur, ont tenté lundi matin de démonter point par point ce rapport. Ils ont souvent renvoyé à des éléments de littérature spécialisée que les experts n'auraient pas retenus. Les tests psychologiques seraient également problématiques, selon M. Hoornaert. "Le rapport du test psychologique de Nys recèle un préjugé. Il part du fait que De Gelder dispose d'une perception de soi très développée, mais qu'il la cache. Il part du présupposé qu'il n'est pas schizophrène, ce qui n'est scientifiquement pas responsable."

Selon M. Hoornaert, l'expert devait être quelque peu sous pression dans une affaire très médiatisée.

Durant le témoignage des deux psychologues, Kim De Gelder est apparu assez nerveux et remuant sur son banc. Il a également jeté de temps à autre un regard vers l'audience.

Pour les psychologues Geert Hoornaert et Nathalie Laceur, il n'est pas possible de vérifier si un patient en psychiatrie simule quelque chose. Mme Laceur a répliqué: "si nous devons limiter la psychiatrie au fait de déterminer si quelqu'un simule ou pas, nous pourrions enterrer cette discipline." Le collège des experts avait estimé vendredi que Kim De Gelder avait simulé ses hallucinations. Geert Hoornaert et Nathalie Laceur, assignés par la défense, ne sont pas d'accord avec cette version. "On ne peut pas différencier la simulation d'un délire", a indiqué M. Hoornaert.

Le président de la cour, Koen Defoort, a rappelé que Kim De Gelder lui-même avait reconnu qu'il avait simulé. "D'un point de vue psychiatrique, l'incohérence est le seul élément qui peut être pris en considération", a répondu M. Hoornaert. "S'il y a bien quelque chose qui ressort chez l'accusé, c'est qu'il peut déclarer deux choses contraires le même jour."

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