Un coup d’œil dans l’esprit de De Gelder

Kim De Gelder n’a pas un cerveau “normal” . C’est ce qui ressort du Spect scan présenté vendredi en audience. C’est la première fois que de telles images sont utilisées lors d’un procès d’assises. Quelles conclusions peut-on en tirer?

L.N.
Un coup d’œil dans l’esprit de De Gelder
©D.R.

Kim De Gelder n’a pas un cerveau “normal” . C’est ce qui ressort du Spect scan présenté vendredi en audience. C’est la première fois que de telles images sont utilisées lors d’un procès d’assises. La question principale étant : quelles conclusions peut-on en tirer ? Pour la défense, elles montrent clairement que De Gelder est malade, écrit Het Laatste Nieuws.

Les premières images remontent en fait au 11 juillet 2009. C’est le psychiatre Guido Stellemans, de la prison de Bruges, qui les a commandées. Intrigué par la présence d’un tel détenu, il a fait faire ces analyses, dans le plus grand secret, dans une clinique de Furnes. “Ce n’est pas tous les jours que l’on croise un tel patient , a-t-il déclaré. Je me suis dit, faisons un Spect scan, qui sait ce que l’on verra. J’étais vraiment curieux.”

Le but de cette procédure médicale est d’injecter une substance légèrement radioactive dans le corps. Ce qui permet de mettre en lumière les vaisseaux sanguins de la partie observée. D’ordinaire, le Spect scan (pour Single Photon Emission Computed Tomography ) est employé au profit de patients souffrant de douleurs thoraciques, puisqu’il permet de constater une éventuelle diminution du débit sanguin.

Dans le cas de De Gelder, le résultat est spectaculaire. Au point qu’un second Spect scan a été demandé par le magistrat Paul Bruecker, réalisé le 26 février 2010.

Selon l’interprétation des clichés, il apparaît que certaines parties du cerveau sont normales, c’est-à-dire correctement oxygénées. C’est le cas de l’hémisphère frontal, responsable du raisonnement, de la réflexion, de la planification et du contrôle de soi.

En revanche, dans le thalamus, le débit sanguin est inférieur à la moyenne chez un homme entre 20 et 29 ans. Ce qui peut conduire à des perceptions déformées, des pertes de connaissance, une diminution de l’affection, des hallucinations et de la démence.

À première vue, cela concorde avec le déroulement des faits qui sont reprochés à Kim De Gelder. Une folie meurtrière parfaitement bien planifiée.

Le problème étant désormais de savoir si, dans l’état actuel des connaissances scientifiques, des conclusions peuvent être tirées. Pour le professeur Van Laere, qui a mené l’étude : “Les images sont claires. Ce qui n’est pas le cas des conclusions tirées. Est-il schizophrène ? Psychopathe ? Est-ce là la cause de son comportement meurtrier ? Impossible à dire. Nous en savons encore trop peu sur le cerveau.”

Un avis que ne partage pas la défense de l’accusé, qui voit dans ces images une possible preuve de sa soif de sang. “Bien sûr, nous devons être prudents. Pourtant, cet élément est si important que nous ne pouvons l’ignorer” , a ainsi concédé Hans De Waele. Il reste à voir si le jury, lui, aura été influencé par ce petit tour dans le cerveau de De Gelder.