Procès De Gelder: l'accusé mérite l'Oscar du meilleur manipulateur

"Ce n'est pas un dément, son trouble ne lui a pas enlevé toute faculté de penser, il est en état de fonctionner."

Procès De Gelder: l'accusé mérite l'Oscar du meilleur manipulateur
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Kim De Gelder mérite l'Oscar du meilleur manipulateur: il a tenté de diriger l'enquête puis le procès, en mentant et simulant sans cesse, a asséné lundi midi une des avocates des parties civiles devant la cour d'assises de Flandre orientale.

"Le 23 janvier 2009, les quatre 'tantekes' (puéricultrices, NDLR) sont parties travailler avec, dans leur sac à dos, toute la gentillesse et tout l'amour possible pour 'leurs' enfants. Le même jour, le soldat De Gelder partait au boulot avec un sac à dos plein de couteaux, d'une hache et de haine.

Il a donné un sens particulier à l'expression 'les femmes et les enfants d'abord'", a attaqué Ann Van De Steen, avocate de quatre puéricultrices survivantes.

Elle a rappelé que ses clientes avaient vécu un "pur film d'horreur dont elles n'avaient pas la télécommande pour changer de chaîne". "Elles se sont senties impuissantes, avec un sentiment de culpabilité énorme. Mais, Monsieur De Gelder, elles sortiront de ce procès plus fortes que vous! Elles vous battent sur le terrain de l'humanité."

L'avocate a souhaité à l'accusé que son nom "ne soit plus jamais prononcé après vendredi". "Ce serait la pire punition pour vous", a-t-elle constaté. Elle a dénoncé les mensonges de Kim De Gelder, son manque d'empathie pour les victimes et a demandé au jury de le déclarer responsable de ses actes. "Je ne peux pas dire à mes clientes qu'il ne savait pas ce qu'il faisait."

De Gelder avait le choix de renoncer à agir, affirment les parties civiles

Kim De Gelder avait le choix de ne pas assassiner Elza Van Raemdonck et de ne pas perpétrer une tuerie à la crèche Fabeltjesland de Termonde et pourtant, il a "tué pour tuer", ont affirmé mardi matin plusieurs avocats des parties civiles. "Il savait ce qu'il faisait et a fait ce qu'il voulait", ont-ils souligné, martelant les termes des experts-psychiatres.

"Ce n'est pas un dément, son trouble ne lui a pas enlevé toute faculté de penser, il est en état de fonctionner", a assuré Raphaël Van Roeyen, qui représente des membres de la famille d'Elza Van Raemdonck. "Il a commis des faits innommables et je suis personnellement convaincu qu'il en est coupable", a-t-il poursuivi, exhortant le jury à condamner Kim De Gelder. "Vous êtes les représentants du peuple, vous prenez une décision au nom de la société, vous devez le déclarer coupable de ses actes."

Après qu'Eline Delasorte eut dressé un portrait des "tantekes" Marita, poignardée à mort par Kim De Gelder, et Rita, grièvement blessée, Filip Van Hende a expliqué pendant près d'une heure et demi au jury pourquoi il faut selon lui qu'il déclare l'accusé coupable. "C'est la première question qui vous sera posée, et si vous répondez 'oui', vous reconnaîtrez que Kim De Gelder est responsable de ses actes."

L'avocat a également relevé les contradictions dans la ligne de défense de l'accusé. "Son avocat veut le faire interner, mais lui-même veut être reconnu coupable, car il sait alors quand il pourra demander sa libération."

Filip Van Hende voit cependant quatre raisons pour lesquelles Kim De Gelder doit être reconnu responsable de ses actes. Il a d'abord pointé "la préparation extrême" des faits. "Qu'on ne vienne pas me parler d'amateurisme comme je l'ai entendu hier de la bouche des psychologues!", s'est-il indigné. "La préméditation s'évalue en mois - en mois!! -, avec le bail d'un an de son appartement et l'achat des premiers couteaux en octobre 2008."

Filip Van Hende a ensuite relevé "le selfcontrol extrême" dont a fait preuve l'accusé pendant les faits et juste après. "Il est resté des heures sur une chaise, dans une combinaison en plastique, sans faire le moindre mouvement. Il n'a pas plus bougé quand son père est arrivé au commissariat pour prendre de ses nouvelles et lui demander de parler."

Kim De Gelder présente aussi une méchanceté certaine et ment sans cesse, a encore argumenté l'avocat. "Il n'y a pas besoin de machine pour savoir qu'il ment: son langage corporel, les pauses qu'il marque avant de répondre, tout cela permet de voir qu'il ment sans cesse."

L'avocat s'appuie enfin sur les rapports psychiatriques pour croire à la responsabilité pénale de l'accusé. "Comment peut-on contester le travail de trois - non, cinq! - psychiatres qui ont mené au total 26 entretiens avec l'accusé, et préférer le travail de gens qui l'ont rencontré quatre ou cinq fois, des années après les faits?" Il a demandé au jury de répondre "oui" à la question de la culpabilité.


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