"J'ai douté, mais je ne doute plus: il est responsable"

Les six avocats qui se sont relayés mercredi matin à la barre se sont tous rangés derrière la thèse de la responsabilité pénale de l'accusé.

"J'ai douté, mais je ne doute plus: il est responsable"
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Kim De Gelder a trop changé de délires pour être vraiment schizophrène ou psychotique, a affirmé mercredi matin une des avocates des parties civiles. Les six avocats qui se sont relayés mercredi matin à la barre se sont tous rangés derrière la thèse de la responsabilité pénale de l'accusé. "Parmi mes clients, j'ai plusieurs patients internés. Ils présentent toujours des délires conséquents, selon une certaine logique. Ils vivent un système délirant, une réalité, une vérité. L'accusé, lui, a donné plusieurs versions de ses délires. Cela prouve qu'il n'est pas vraiment schizophrène ou psychotique", a expliqué Nina Van Eeckhaut.

Elle, comme d'autres, ont traité l'accusé de lâche, de manipulateur et de menteur. Nina Van Eeckhaut a rappelé que Kim De Gelder était un enfant-roi, adoré par ses parents sur qui pourtant "il crachait". Cette adoration a fait de lui une personne à l'ego surdimensionné, se croyant supérieure au monde entier. "Et le monde devait être puni puisqu'il ne reconnaissait pas son génie, sa grandeur."

Les autres avocats sont allés dans le même sens, fustigeant la haine et le côté manipulateur de l'accusé. Une des avocates, Nicole Vandeschoor, a mis en garde le jury contre le discours des parents de Kim De Gelder, qui avaient déploré dans leur témoignage "l'occasion manquée" que constitue le refus du psychiatre qu'ils avaient consulté en juin 2007 d'interner leur fils.

Tous les avocats ont rappelé l'horreur des faits vécus par les bébés et les accompagnatrices le 23 janvier 2009, quand le "monde parfait, d'amour et de tendresse" s'est transformé en enfer.

L'avocat Siegfried De Mulder a demandé aux victimes de bien vouloir excuser son client: il représente un des inspecteurs principaux arrivés en premier à la crèche Fabeltjesland le 23 janvier 2009. L'homme a été traumatisé par ce qu'il a vu et par l'angoisse des parents, au point d'en subir une incapacité de travail de plus de 400 jours. Il a maintenu sa constitution de partie civile car, a expliqué son avocat en plaidoirie, la police et la commune de Termonde l'ont laissé tomber.

"J'ai douté, mais je ne doute plus: il est responsable"

"Je suis un avocat tourmenté: j'ai douté, très longtemps douté. Mais à présent je ne doute plus: Kim De Gelder est responsable de ses actes", a asséné mercredi après-midi Kris Luyckx, avocat des parties civiles. Son confrère Walter Damen, conseil de la famille absente au moment où Kim De Gelder voulait la tuer, s'est attaché à démontrer qu'il y avait bien tentative d'assassinat sur ses clients. "Avec mon confrère Filip Van Hende, nous étions un peu comme les deux vieux du Muppet Show, qui commencent une émission en disant oui et la terminent en disant non", a reconnu Kris Luyckx. "J'ai douté, mais je ne doute plus: un comportement bizarre ne fait pas de l'accusé un psychotique." Il a pointé les délires intermittants de l'accusé - "Les psychoses, ce n'est pas un job 9-17h" - et a avoué que les explications des parents ne l'avaient pas convaincu.

"Nous ne pouvons pas demander d'intervention divine pour faire sortir l'esprit du corps de Kim De Gelder. Il n'est pas question de schizophrénie, il n'y a donc pas d'esprit. Ce que nous pouvons faire, c'est enfermer cet homme pour longtemps", a-t-il conclu.

Walter Damen a clos les interventions des parties civiles. Il a expliqué pourquoi, selon lui, le jury doit reconnaître que ses clients ont été victimes d'une tentative d'assassinat, bien qu'ils aient été absents quand Kim De Gelder s'est présenté chez eux. "Mes clients ont sans doute subi le moins de dégâts: pas de dégâts matériels, ni de dégâts physiques. Ils doivent simplement vivre avec ça. Je ne veux pas vous effrayer, mais comment réagiriez-vous si on vous faisait cela? ", a-t-il interpellé le jury.

Kim De Gelder s'était présenté au domicile de la famille, qui vit dans la même rue qu'Elza Van Raemdonck, deux jours avant de tuer la vieille dame. "Je pense que si la famille avait été tuée, Elza Van Raemdonck ne serait pas morte. Il a dit qu'il avait besoin de s'entraîner, de voir si c'était facile et ce que ça faisait de tuer", a commenté Walter Damen, pour qui c'est la présence de deux chiens dans la maison qui a finalement découragé l'accusé de s'en prendre à la famille. "Des chiens, c'est cent fois plus dangereux qu'une vieille femme ou des bébés."

Pour l'avocat, la matérialité de la tentative d'assassinat est indubitable. "Il a repéré sur Google Maps, il a préparé son coup, il avait même pensé à la manière dont il s'attaquerait aux membres de la famille! " L'avocat s'est dit "convaincu qu'il s'agit d'un manipulateur comme on n'en a encore jamais vu". Il a demandé au jury de reconnaître la tentative d'assassinat envers ses clients et la responsabilité pénale de l'accusé.


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