Le "bonnet de fou" De Kim De Gelder est vite tombé

Cela a commencé par un appel de la police de Termonde indiquant qu’un homme armé d’un couteau s’était attaqué à une crèche. Et très vite il est apparu que c’était une "apocalypse de sang", pour reprendre les termes de l’avocat général Yves Van Den Berge, qui soutient l’accusation aux assises de Flandre orientale qui jugent Kim De Gelder.

Jacques Laruelle

Kim le vengeur Audience

Cela a commencé par un appel de la police de Termonde indiquant qu’un homme armé d’un couteau s’était attaqué à une crèche. Et très vite il est apparu que c’était une "apocalypse de sang", pour reprendre les termes de l’avocat général Yves Van Den Berge, qui soutient l’accusation aux assises de Flandre orientale qui jugent Kim De Gelder.

Ce magistrat est un des premiers à s’être rendu à la crèche du Pays des fables de Termonde, le 23 janvier 2009. A 11h00, soit à peine 30 minutes après la tuerie, il était sur place. "Et j’ai dit à la police, cela doit être l’œuvre d’un fou", dit-il. En soirée, après le premier interrogatoire de Kim De Gelder, son opinion n’avait pas changé. C’était un monologue des enquêteurs : Kim De Gelder ne parlait pas, bougeait à peine et refusait de manger ou de boire.

Une caméra avait été installée dans la salle d’audition. Et, lorsque les enquêteurs se sont retirés pour une pause, Kim De Gelder a effectué des étirements, s’est délié les muscles avant de reprendre sa posture apathique au retour des enquêteurs. "Une première partie du bonnet de fou commençait déjà à tomber", a relevé M. Van Den Berge.

Les deux jours suivants, la conviction du magistrat s’est confirmée quand les enquêteurs ont épluché l’ordinateur de Kim De Gelder. Il apparaissait, des articles de presse qu’il avait conservés sur son disque dur, que c’était très vraisemblablement lui qui avait tué, une semaine plus tôt, Elza Van Raemdonck chez elle à Vrasene. Et son opinion s’est dès lors affinée et précisée : on avait affaire à un psychopathe, ce qui permettait déjà de répondre à la "question clé de ce procès, à savoir celle de la responsabilité pénale de Kim De Gelder".

Cette conviction n’a pas abandonné M. Van Den Berge, quatre ans après les faits, un délai qu’il "juge trop long pour un des procès qui doit se pencher sur les faits parmi les plus graves de l’histoire judiciaire belge".

Le procès n’a fait que renforcer M. Van Den Berge dans son opinion que Kim De Gelder est bien un psychopathe. Et, dans notre tradition pénale, ceux-ci sont toujours considérés comme responsables de leurs actes et les lois pénales s’appliquent à eux.

Un psychopathe, a rappelé M. Van Den Berge, est une personne égocentrique, qui ne peut ressentir aucune empathie ou sympathie pour autrui, qui ne peut pressentir la douleur ou la souffrance d’autrui. Tous ne deviennent pas des meurtriers : on peut en côtoyer au travail. Mais ce sont toujours des personnes qui ont une très haute opinion d’eux-mêmes, qui prennent mais qui ne donnent pas. Ils se considèrent comme supérieurs et estiment qu’ils peuvent vivre selon leurs propres règles et que les lois de la société ne s’appliquent pas à eux. Exactement comme l’accusé, estime l’avocat général, qui le qualifie de "Kim De Vergelder", qui peut être traduit par "Kim le vengeur". Car c’est là que M. Van Den Berge voit le motif de l’accusé: il se sentait incompris et s’est pris pour un dieu qui voulait se venger de la société.

Après avoir tué Elza Van Raemdonck, Kim De Gelder est rentré chez lui. En soirée, il est allé voir un spectacle avec un humoriste seul sur scène. "Les personnes qui tuent de sang-froid s’écroulent. Seuls les psychopathes peuvent rester si calmes", a relevé M. Van Den Berge. Une semaine plus tard, il tuera deux bébés et une puéricultrice à la crèche et blessera ou traumatisera 16 bébés et siw "tantekes", ces "petites tantes", qu’étaient les puéricultrices. "Kim De Gelder est véritablement unique dans les annales des meurtriers psychopathes. Je n’ai jamais vu quelqu’un qui s’en prenait à des bébés de quatre mois et demi". Pour l’avocat général, les voix que disait entendre Kim De Gelder ne sont en rien un indice d’une psychose : "Nous entendons tous des voix. C’est cette voix intérieure qui nous fait résister à la tentation".

Pour l’avocat général, il ne peut donc être question de déclarer Kim De Gelder irresponsable. Et il est clair que ce sont bien des assassinats et des tentatives d’assassinat. La préparation est manifeste cinq mois avant les premiers faits. A l’image d’une personne qui veut se lancer dans un programme de jogging progressif "Start to run", Kim De Gelder suit un "Start to kill", se fixant des objectifs de plus en plus élevés. Il prépare tout minutieusement, des cartes aux armes qu’il emporte. Pas besoin dès lors de revenir sur ces "sept minutes d’horreur à la crèche qui nécessiteraient sept heures pour les raconter".

Me Jaak Haentjens, avocat de Kim De Gelder, plaide ce matin. Le jury devrait partir en délibération demain.