Kim De Gelder, à interner d’urgence et pour toujours

Il l’avait dit quand il avait accepté la défense de Kim De Gelder en janvier 2009. L’avocat l’avait répété à l’ouverture du procès. Et Me Jaak Haentjens l’a à nouveau martelé hier au jury dans sa plaidoirie. Son client ne peut être considéré comme responsable de ses actes. Il doit être interné et n’a pas sa place en prison. Kim De Gelder, qui tout au long de ce procès n’a cessé de jeter des bâtons dans les roues de son avocat, laissant entendre qu’il était sain d’esprit, ne l’a pas démenti. Invité en soirée à s’exprimer en dernier avant que le jury ne parte en délibération ce matin, il n’a rien ajouté : "Je me joins totalement à ce que mon avocat a dit".

Jacques Laruelle

Schizophrène Audience

Il l’avait dit quand il avait accepté la défense de Kim De Gelder en janvier 2009. L’avocat l’avait répété à l’ouverture du procès. Et Me Jaak Haentjens l’a à nouveau martelé hier au jury dans sa plaidoirie. Son client ne peut être considéré comme responsable de ses actes. Il doit être interné et n’a pas sa place en prison. Kim De Gelder, qui tout au long de ce procès n’a cessé de jeter des bâtons dans les roues de son avocat, laissant entendre qu’il était sain d’esprit, ne l’a pas démenti. Invité en soirée à s’exprimer en dernier avant que le jury ne parte en délibération ce matin, il n’a rien ajouté : "Je me joins totalement à ce que mon avocat a dit".

Me Jaak Haentjens s’oppose à la vision du ministère public qui voit en l’accusé un psychopathe auquel la loi pénale doit s’appliquer. Mais il est d’accord sur un point avec l’avocat général Van Den Berge. Kim De Gelder est dangereux. Mais pour l’avocat, c’est un schizophrène. "Et même plus. Il appartient à cette catégorie de personnes qui, en raison de leur maladie, ont un comportement violent, irréel et incompréhensible. Il ne changera jamais". Sa place est donc dans un lieu sécurisé qui peut prendre en compte son déséquilibre mental. "C’est un homme malade. On ne place pas ceux-ci en prison. Vous ne m’entendrez pas dire que De Gelder peut revenir un jour dans la société. La place d’un tel homme est en institution. Il n’aimera pas l’entendre mais c’est ainsi", a-t-il relevé.

Tout au long de ce procès, Kim De Gelder n’a pas voulu répondre sur les motifs qui l’ont conduit à tuer de sang-froid une retraitée qui lui avait ouvert la porte et à tuer deux bébés et une puéricultrice dans la crèche. Me Haentjens n’a pas plus de réponse. "Je lui ai demandé 100 fois. Ou bien il ne répondait pas. Ou bien il me regardait avec ses terribles yeux. Je suis resté sur ma faim".

Pour l’avocat, qui a joint le geste à la parole en martelant son pupitre, on ne peut rien attendre de De Gelder : "Il y a davantage d’émotion dans cette table qu’en lui". Sa faculté de jugement est entamée et il lui est impossible de mesurer la portée de ses actes. Comme les parents de Kim De Gelder, l’avocat déplore que les psychiatres qui ont examiné son client dans son adolescence n’aient pas pris des mesures : "Le père a raison quand il a dit que c’était autant de chances manquées". Cette famille, a insisté l’avocat, a aussi souffert. "Les victimes du côté des parties civiles doivent savoir qu’elles n’ont pas le monopole de la souffrance", a-t-il fait savoir à ces personnes qui ont obtenu du président de la cour que les parents De Gelder ne puissent assister aux débats avant leur témoignage.

Pas de surprise donc dans la plaidoirie de l’avocat qui a sorti, selon ses termes, "deux lapins de son chapeau". Le premier est la lettre que De Gelder avait dit avoir adressée à son avocat pour expliquer ses mobiles. Il y a écrit que "Je voulais me prouver que je pouvais assassiner quelqu’un. Désolé pour les assassinats. Je trouvais qu’incarcérer des jeunes est pire que la mort. J’espère une peine clémente. Je me suis laissé influencer par les journaux populaires". Au verso, De Gelder dit à son avocat que, s’il ne l’a pas écarté, c’est parce que la justice ne le permet pas.

Le second lapin sorti du chapeau de l’avocat inquiète le ministère public. Me Haentjens a signalé que le prochain manuel des psychiatres judiciaires, à paraître en mai, considère que le diagnostic que les experts ont dressé de De Gelder doit désormais être classé dans les psychoses. "Attention, si vous y faites référence dans votre verdict, c’est cassation assurée", a dit l’avocat général aux jurés qui tranchent aujourd’hui.