Fusillade sur l'A8: l'homme était suivi pour terrorisme

Abattu par la police sur l’A8, Hakim Benladghem était connu des Français. De l’armement lourd a été retrouvé chez lui.

Fusillade sur l'A8: l'homme était suivi pour terrorisme
©Belga
L. Dup. et D. Ha.

C’est une véritable scène de Far West qui s’est produite ce mardi vers 14 h 30 sur l’autoroute A8, dans le sens Tournai-Bruxelles, à hauteur de Meslin-l’Évêque (Ath), où un gangster de 39 ans, conduisant un véhicule de grosse cylindrée, immatriculé en France, a été abattu après avoir été pris en chasse par deux véhicules de police banalisés et un échange de tirs, explique nos confrères de La Dernière Heure. L’homme était suspecté d’avoir participé à un hold-up, le 21 mars, à Anderlecht. “Les forces spéciales d’intervention de la police fédérale voulaient arrêter cette personne particulièrement connue, présentant un caractère certain de dangerosité et recherchée dans le cadre d’un dossier de grand banditisme dans l’arrondissement judiciaire de Bruxelles. Arrondissement dans lequel une instruction est ouverte” , indiquait hier soir Marie-Claude Maertens, procureur du Roi de Tournai.

“La police a fait des injonctions pour que cette personne s’arrête mais elle a continué sa route. La personne ne s’est pas arrêtée et elle a volontairement percuté un véhicule de police.” L’embardée a été inévitable. “L’individu a alors exhibé une arme, et les policiers ont réagi.” Suite à la fusillade, l’homme a été mortellement touché. Dans la carrosserie du véhicule, on a retrouvé près de dix impacts de balle.

Une instruction a été ouverte, un expert en balistique a été désigné. L’autopsie doit être réalisée ce mercredi.

La police a alors immédiatement envoyé démineurs et artificiers au domicile du forcené, suspectant que sa maison soit minée. Ce qui semblait être le cas (lire ci-contre). À l’occasion d’un point presse organisé en soirée, le parquet fédéral confirmait que l’individu est connu du grand banditisme.

D’après les informations de la Dernière Heure, le malfrat s’appellerait Hakim Benladghem. Mais dans le quartier, on l’appelait Memet. Hakim Benladghem n’était pas suivi par les services spéciaux de la police fédérale pour le seul braquage de la semaine passée – dans lequel des armes ont également été volées – mais également pour terrorisme. “Il était suivi depuis longtemps, pas uniquement pour le braquage du 21 mars”, confirme une source proche de l’affaire. Son épouse a été interpellée. Une perquisition avait d’ailleurs déjà eu lieu au domicile anderlechtois voici quelques temps. Sans succès.

Le parquet fédéral a en effet exécuté deux commissions rogatoires, à la fin de l’année 2012, envoyées par les autorités judiciaires françaises qui suspectaient Hakim Benladghem d’association de malfaiteur à des fins de terrorisme. Cette collaboration a donné lieu à l’ouverture d’un dossier au parquet fédéral et à la création d’une équipe commune d’enquête (avec la Direction Centrale du Renseignement Intérieur français). Dès mardi soir, dans un communiqué, le ministre français de l'Intérieur Manuel Valls avait relevé "l'implication, côté français, de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI)", le service chargé notamment de l'antiterrorisme, et souligné "le caractère étroit de la coopération opérationnelle franco-belge" dans ce dossier. Selon une source proche du dossier, la police française "avait repéré il y a un an des agissements inquiétants" chez cet homme vivant "depuis pas mal de temps" en Belgique. Ces agissements pouvaient laisser craindre un "projet radical" de cet "homme violent", qui présente le "profil d'un voyou" mais était aussi "connu pour son engagement islamiste".

Notre homme est un Algérien, connu pour une éventuelle participation aux activités d’un groupe terroriste. Lequel ? Aucune information pour l’instant. Dans le cadre de cette suspicion, les enquêteurs ont appris que Memet avait acheté du matériel paramilitaire à de nombreuses reprises. Il faisait des démarches en vue d’acquérir notamment des vêtements en Kevlar, un riot-gun, des pièces de renfort pour protection de la nuque, des gants tactiques, une lampe tactique pour fusil d’assaut, un organe de visée point rouge, un casque antibruit.

L’enquête a démontré également que l’intéressé présenterait un lien avec le braquage commis la semaine passée à Anderlecht. Un autre suspect recherché pour ce braquage aurait par ailleurs été interpellé et déféré au parquet de Bruxelles.

Quant à Hakim Benlagdhem : “Ayant appris que B. H. serait en train de préparer des faits punissables, on a décidé de l’arrêter” , explique Wenke Roggen, porte-parole du parquet fédéral.

Dans la foulée de l’intervention sur l’A8, trois mandats de perquisitions ont été exécutés. Dans l’appartement, l’intervention du service de déminage a été requise parce que le chien policier a réagi à la présence d’explosifs. Les démineurs craignaient de se trouver devant une armoire piégée. À l’intérieur, un véritable arsenal de guerre : plusieurs fusils mitrailleurs, des armes de poing, des masques à gaz, un casque spécial avec système de vision nocturne, un bouclier blindé, des gilets par balles, des munitions et beaucoup de matériel paramilitaire…

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