Redécouper l’année scolaire ? Pas gagné

S’il est désormais possible de calculer à l’avance les dates des vacances et congés scolaires, notre calendrier scolaire est toutefois loin de faire l’unanimité.

Redécouper l’année scolaire ? Pas gagné
©Gamma
Stéphanie Bocart

Alors que le ministère de l’Education nationale français s’est engagé dans une réforme des rythmes scolaires d’ici à 2014, en faisant passer la semaine des écoliers de 4 à 4,5 jours, qu’en est-il en Communauté française ? S’il est désormais possible de calculer à l’avance les dates des vacances et congés scolaires, notre calendrier scolaire est toutefois loin de faire l’unanimité.

"Pour moi, huit semaines en plein hiver, c’est désastreux , commente cet enseignant, à la vue du calendrier 2013-2014 . Je ne suis pas sûr que mes élèves apprécieront la longueur de la période." Un autre fustige : "Le départ en vacances d’été un mardi 1er juillet. On voudrait favoriser l’école buissonnière qu’on ne ferait pas mieux !" Ou, fait encore remarquer celui-ci : "Les dates bougent chaque année, sans aucune considération pour le rythme des élèves."

8 semaines de cours, 2 semaines de congé

Mieux prendre en compte le rythme naturel des enfants dans l’organisation journalière, hebdomadaire et annuelle du temps scolaire, tel est l’un des chevaux de bataille de la Fapeo (Fédération des associations de parents de l’enseignement officiel) dans la lutte contre l’échec scolaire.

"Revoir le rythme annuel des congés est peut-être le plus jouable , estime Joëlle Lacroix, secrétaire générale de la Fapeo. Car cela ne modifie pas spécialement les pratiques de tous les jours. Cette année, par exemple, il y a eu cinq semaines entre les congés d’hiver et de détente, six semaines entre le Carnaval et les vacances de printemps, et il y aura dix semaines jusqu’aux vacances d’été. C’est totalement déséquilibré." Conséquences ? Fatigue, difficultés dans le travail scolaire, troubles du comportement pour les enfants; fatigue, stress, moins de concertation du côté des professeurs.

La question du déséquilibre entre semaines de cours et périodes de vacances n’est pas neuve. Le dossier a bien été mis sur la table des politiques à quelques reprises, mais il n’a jamais trouvé d’issue favorable.

En 1991 déjà, la Commission des rythmes scolaires, initiée par le ministre social-chrétien Jean-Pierre Grafé, avait avancé une mesure audacieuse : aménager le calendrier scolaire selon une alternance de sept à huit semaines de cours suivies de deux semaines de congé. En effet, relève François Testu, professeur de Psychologie à l’Université de Tours et spécialiste du rythme de l’enfant, "pour qu’ils soient bénéfiques et récupérateurs de la fatigue, les congés doivent durer deux semaines, l’une pour se déshabituer du rythme de l’école et l’autre pour se reposer et se détendre avec des loisirs éducatifs" . De même, selon Marcel Crahay, professeur en Psychopédagogie à l’ULG, "15 % du savoir acquis au cours de l’année scolaire est perdu pendant les deux mois d’été. Le mois de septembre sert uniquement de révisions. Avec des vacances de six semaines, la perte de connaissance serait moins importante" .

"Une relative majorité des enseignants avait bien accepté l’idée de ce redécoupage , se souvient Pascal Chardome, président de la CGSP-Enseignement, mais, à l’époque, les secteurs de l’Horeca et du tourisme, entre autres, avaient bloqué cette proposition car elle amputait, notamment, les vacances d’été de deux semaines. Le projet était donc tombé à l’eau."

Vingt ans plus tard, la façon de voyager ayant changé (vols low-cost, last minutes, formules "all in" ), le monde du tourisme serait-il plus enclin à accepter une nouvelle répartition des vacances scolaires ? Rien n’est moins sûr. "L’organisation des vacances demande une préparation approfondie et à long terme. Par exemple, nous sommes déjà occupés à préparer l’été 2014. Le changement des vacances scolaires nécessiterait donc la collaboration du secteur touristique , explique-t-on chez ce tour-opérateur (TO) belge. Réorganiser les vacances aurait un impact sur les congés d’été mais aussi sur toutes les autres vacances. Ainsi, avoir deux semaines au Carnaval voudrait dire que le TO doit prévoir des vols et des chambres hôtelières pour ces vacances-là également. Or, il y a plus de choix pendant les vacances d’été car il y a plus de destinations ensoleillées. Se pose aussi la question de voir si c’est une bonne affaire pour les clients. En mars, par exemple, beaucoup de destinations sont encore fermées. Donc si plus de Belges voulaient dès lors partir pendant les six semaines d’été, au lieu de huit actuellement, cela aurait un impact sur les prix "


Sur le même sujet