Le statut unique divise les syndicats

Les syndicats se mobilisent pour un statut unique entre ouvriers et employés. Mais ils le font en ordre dispersé. On pourrait même dire : en pleine division.

V.R.
Le statut unique divise les syndicats
©Philippe Bourget

Les syndicats se mobilisent pour un statut unique entre ouvriers et employés. Mais ils le font en ordre dispersé. On pourrait même dire : en pleine division.

On s’y perd jusque dans le calendrier. La CSC a fait connaître lundi matin son programme d’action. Le syndicat chrétien organisera des séances d’information dans les entreprises le mercredi 17 avril pour faire le point de la situation et développer son point de vue dans le dossier. Et le lundi 22 avril, il fera le tour des partis politiques. Mais la CSC n’envisage pas d’actions plus musclées pour l’heure.

Toute la CSC ? Non. La CNE - la centrale des employés du syndicat chrétien - monte au feu le jeudi 25 avril. Et là, ce n’est pas seulement pour des séances d’information. Il y aura des arrêts de travail et même des entreprises bloquées - dans la grande distribution et le non-marchand surtout. La CNE sera en bonne compagnie ce jour-là autour des braseros, puisque la FGTB a décidé de mobiliser à sa suite.

Toute la FGTB ? Non. Les Métallos de la FGTB flamande ont annoncé qu’ils ne s’associeront pas à cette journée d’action qualifiée pourtant de "nationale". Ils jugent trop grande l’emprise du Setca - la centrale des employés du syndicat socialiste. Or ils n’ont pas la même approche de l’harmonisation du statut des ouvriers et des employés. "Le Setca mène une action en faveur de l’harmonisation vers le haut des statuts ouvriers et employés, via différentes étapes sur une période de 10 ans, justifie la centrale flamande des métallos de la FGTB. C’est son droit le plus strict. Mais nous, nous voulons que les différences soient gommées sans délai, ni période transitoire."

Les autres centrales ouvrières de la FGTB participeront à la journée du 25 avril. Mais pas question d’y aller seulement pour réclamer "une harmonisation vers le haut des statuts ouvrier/employé". Le mot d’ordre a une portée plutôt générale. Le mot de ralliement, c’est aussi le refus de l’austérité, une fiscalité plus juste, une politique de relance, des emplois de qualité. La FGTB a ratissé large pour que tous les affiliés puissent s’y retrouver.

Et la CGSLB ? Elle se tait pour le moment dans toutes les langues. Dans un communiqué envoyé vendredi aux affiliés, le président du syndicat libéral, Jan Vercamst, explique qu’il n’appelle pas à participer aux actions planifiées le 25 avril ou à une autre date. Il dit vouloir donner ainsi le temps au gouvernement de trouver "un consensus en son sein pour faire une proposition aux partenaires sociaux".

Faut-il dire que la CGSLB n’est pas organisée de la même manière que les autres syndicats. Elle ne repose que sur deux centrales : une pour le secteur public et une pour le secteur privé. Ouvriers et employés font donc partie de la même structure.

Tensions de plus en plus nettes

Officiellement, c’est toujours l’unité syndicale qui prévaut. C’est à peine si les états-majors reconnaissent que le sujet est sensible dans leurs rangs. Mais une fois le micro coupé, la tonalité change. "Les centrales d’employés sont isolées au sein de leur propre syndicat, déplore un affilié. Les centrales ouvrières et même les structures interprofessionnelles, à la CSC comme à la FGTB, veulent un statut unique. A tout prix. On peut comprendre les centrales ouvrières. Elles ont tout à gagner. Mais ce sont les employés qui risquent de trinquer."

On connaît le fond de l’affaire. Les ouvriers disposent d’un statut social globalement moins généreux que celui des employés. C’est surtout vrai pour les préavis en cas de licenciement, nettement plus longs pour les seconds que pour les premiers. Cette différence appartient à un autre âge. C’est d’ailleurs ce que la Cour constitutionnelle a arrêté. En menaçant : si aucune harmonisation n’intervient d’ici le 8 juillet, elle donnera raison à tous les ouvriers qui s’estimeraient discriminés et leur accordera les mêmes droits sociaux qu’aux employés. De quoi faire paniquer les employeurs. Ils disent qu’un tel alignement vers le haut constituerait un coup fatal à la compétitivité de leur entreprise.

Il y a donc urgence. Les syndicats et les patrons ont tenté à de nombreuses reprises de trouver un chemin vers l’harmonisation. Mais ils n’y sont jamais parvenus. Et pour cause. Les syndicats veulent un statut social unique qui soit le plus proche de celui des employés. Les employeurs disent que cela rendrait le licenciement impayable.

Il revient désormais au gouvernemet de trancher. Coupera-t-il la poire en deux en adoptant un statut social unique qui serait meilleur que celui des ouvriers aujourd’hui, mais moins généreux que celui des employés ? C’est évidemment ce que craignent les syndicats d’employés - qui seraient les seuls à y perdre dans l’affaire. Les centrales ouvrières sont moins hostiles. Toute amélioration du statut des ouvriers, même si elle ne les amène pas au statut actuel des employés, est bonne à prendre.

Derrière ces considérations stratégiques, une autre bataille se joue : celle du leadership syndical. Les centrales d’employés sont devenues les plus puissantes alors que les centrales ouvrières perdent peu à peu des affiliés. Si un statut unique devait voir le jour, les frontières entre bastions syndicaux devront immanquablement être redessinées. Et certains craignent de perdre de l’influence dans la bagarre.

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