Sept travailleurs sur dix ont déjà un bon préavis

Aligner le préavis des ouvriers sur celui des employés serait "impayable". "Cela augmenterait le coût salarial d’au moins 2 à 4 %." "Cela signerait la mort de notre industrie." Cet argumentaire patronal, les syndicats ne peuvent plus l’entendre.

L. G.
Sept travailleurs sur dix ont déjà un bon préavis
©CNE

Aligner le préavis des ouvriers sur celui des employés serait "impayable". "Cela augmenterait le coût salarial d’au moins 2 à 4 %." "Cela signerait la mort de notre industrie." Cet argumentaire patronal, les syndicats ne peuvent plus l’entendre. Et à l’heure où, sous la pression de la Cour constitutionnelle, qui exige la fin des discriminations entre ouvriers et employés d’ici le 8 juillet, le gouvernement prépare un statut unique, la CNE, puissante centrale des employés de la CSC, le démonte, chiffres à l’appui.

Tout d’abord, les véritables ouvriers, dans notre pays, ne sont finalement plus si nombreux que cela. Selon les chiffres avancés par le syndicat chrétien, 57 % des travailleurs du secteur privé sont des employés, pour 43 % d’ouvriers. Mais entre un quart et un tiers de ces ouvriers (soit entre 10 et 15 % du total des travailleurs) ont déjà obtenu, par convention, un préavis d’employé.

Trois mois par cinq ans d’ancienneté

Au total, ce sont donc près de 70 % des travailleurs du privé qui bénéficient d’une bonne protection contre le licenciement, c’est-à-dire d’un préavis d’une durée équivalente à trois mois par tranche de cinq années d’ancienneté (les employés dits "supérieurs" ayant même un délai de préavis d’un mois par année d’ancienneté).

Dès lors, en réclamant une harmonisation des statuts ouvrier et employé "à la baisse", les fédérations patronales menacent le statut de 7 travailleurs sur 10. A l’inverse, relever le préavis des ouvriers (actuellement entre 35 et 112 jours) à hauteur de celui des employés ne coûterait pas si cher que cela, puisque les ouvriers ne représentent en fait "plus que" 30 % des travailleurs du secteur privé.

Des secteurs l’ont fait

En fait, poursuit la CNE, étant donné l’ancienneté moyenne au moment des licenciements (2 ans et 9 mois pour les ouvriers et 4 ans pour les employés, selon les chiffres des secrétariats sociaux), pour en arriver à une hausse de 2 % du coût salarial, il faudrait que les entreprises licencient chaque année la moitié de leurs ouvriers. Ce n’est tout simplement pas crédible.

D’ailleurs, fait remarquer la CNE, plusieurs secteurs économiques ont déjà fait disparaître le préavis ouvrier. Dans la chimie, explique Enzo Maragliano, délégué syndical chez Total Fina à Feluy, "tout le monde est passé sous statut employé en 2008. Est-ce que cela a plombé la compétitivité ? Non, les investissements sont réguliers et de l’emploi est créé". Dans le non-marchand également, les ouvriers ont un préavis de trois mois par cinq ans d’ancienneté. "C’est une manière de les fidéliser", commente Daisy Diaz, déléguée au Centre hospitalier chrétien, plus gros employeur de la région liégeoise.

Argument ultime, lâché par Felipe Van Keirsbilck, secrétaire général de la CNE : "Bien souvent, le préavis est presté par le travailleur. Le prolonger ne pèse donc pas sur le coût salarial. Ce système ne génère un coût que si l’employeur refuse de le faire prester".

Accorder à chaque travailleur, ouvrier comme employé, un préavis de trois mois par cinq ans d’ancienneté n’est donc pas impayable, conclut la CNE. Descendre sous ce seuil serait, pour elle, un "casus belli".