Le SOS des écrivains flamands

Cent écrivains flamands ont décidé de se faire entendre à l’occasion de la journée proclamée par l'ONU pour soutenir des pays où l’Etat réprime la liberté d’expression. On n’en est pas là mais PEN Vlaanderen tire la sonnette d’alarme.

Christian Laporte
Le SOS des écrivains flamands

PEN Vlaanderen, c’est la section belge néerlandophone de PEN International qui promeut la littérature et défend la liberté d’expression. Elle réunit des dizaines d’écrivains qui n’auraient jamais cru devoir marquer la Journée mondiale de la liberté de la presse. Cette année pourtant, ce 3 mai cent écrivains flamands ont décidé de se faire entendre à l’occasion de cette journée proclamée par les Nations Unies pour soutenir des pays où l’Etat réprime la liberté d’expression. On n’en est évidemment pas là mais PEN Vlaanderen tire la sonnette d’alarme.

Dans une déclaration solennelle, les auteurs se disent "profondément inquiets de la qualité du journalisme. Ici, l’Etat n’étouffe pas directement la liberté de la presse, ou alors de manière occasionnelle. Nous ne sommes pas en Chine. Mais ce qui ne lui nuit pas de l’extérieur la ronge de l’intérieur."

Pour PEN Vlaanderen, "les médias eux-même portent atteinte à leur liberté. Partout en Occident, les médias commerciaux font face à une baisse des recettes - les consommateurs se tournent vers des informations gratuites, les annonceurs s’en vont - et ces pertes doivent être compensées par des récits toujours plus sensationnels, des conflits plus dramatiques et une narration plus violente, le tout rédigé par des rédactions toujours plus dépeuplées, qui doivent travailler dans des contraintes de temps toujours plus sévères".

Selon les écrivains flamands, la mise en lumière de l’Offshore-leaks, la plus grosse révélation journalistique de ces dernières années est symptomatique : "elle est venue d’abord du secteur non-marchand, ce qui est quand même significatif".

Pour PEN Vlaanderen "presque tous les mass media flamands sont commerciaux : leur logique primaire est celle de l’audimat, des chiffres de vente, du taux d’écoute ou du visiteur unique enregistré. En faisant systématiquement primer les parts de marché sur l’intérêt public, la liberté de la presse est réprimée petit à petit".

Pire : la Belgique est descendue à la 21e place dans le Press Freedom Index de "Reporters Sans Frontières". "Nous voici aux côtés de la Pologne. Il y a dix ans, nous occupions encore la 7e place. Un sursaut de critique médiatique n’est pas parvenu à inverser la tendance". Certes, des analyses pointues sont accueillies dans des canaux modestes comme Apache, DeWereldMorgen, Actua-TV, Doorbraak, Mo,... mais sont souvent ignorées des grands médias. "La crise de ces dernières années rend plus nécessaire que jamais une presse libre et de qualité, mais cette presse est une partie du problème".

PEN Vlaanderen plaide dès lors pour "davantage de journalisme d’investigation, davantage d’explication (cartes, dossiers, infographie, contexte), moins d’opinions (éditoriaux, tweets, sondages), davantage d’informations sur l’étranger et l’Europe, moins de focalisation obsessionnelle sur la rue de la Loi car le pouvoir s’est déplacé." Les écrivains veulent aussi "plus d’autorégulation et moins d’aversion pour la critique externe et moins d’exagération de conflits futiles".