Schellebelle: "Un manque criant de formation pour les pompiers"

Le commandant Marc Gilbert est président de la Fédération royale des pompiers de Belgique. Il demande plus de moyens pour les pompiers.

Schellebelle: "Un manque criant de formation pour les pompiers"
©Reporters
Jean-Claude Matgen

Le commandant Marc Gilbert est président de la Fédération royale des pompiers de Belgique.

Commandant, quels commentaires vous inspire la catastrophe de Wetteren.

Elle illustre ce que je scande depuis des mois. Des produits chimiques dangereux voyagent quotidiennement sur le rail belge mais aussi sur les voies navigables et sur les routes du pays et nous manquons de moyens pour faire face à un éventuel accident. Un jour, une catastrophe majeure risque de se produire et je ne veux pas qu’on vienne, si elle survient, mettre les responsabilités sur le dos des pompiers.

Car nous constatons chaque jour que trop de chauffeurs de camion, même s’ils disposent d’un agrément ADR, qui atteste du fait qu’ils ont suivi une formation, ignorent la nature de la cargaison qu’ils transportent ou sont soumis à des tensions horaires déraisonnables.

Nous constatons chaque jour que certaines entreprises pourtant sensibles prennent, crise aidant, des libertés avec les mesures de sécurité ou le renouvellement du matériel.

Les autorités sont-elles conscientes du problème ?

Oui et non. Je viens, à la demande de la ministre de l’Intérieur, Joëlle Milquet, de réaliser un audit des centres de formation des pompiers de Belgique (NdlR : ils sont 17 000 dont deux tiers de volontaires). J’ai constaté des manquements spécialement s’agissant de l’attitude à prendre en cas d’accident lié à un transport de produits chimiques. Cette formation est presque exclusivement théorique.

Je ne critique pas Mme Milquet, qui est consciente du problème et essaie de faire bouger ses collègues mais le gouvernement, jusqu’à présent, ne réagit pas. On dirait que parce que la population est contente du service offert par les pompiers, les politiques se contentent de la situation existante qui est pourtant inquiétante.

Où en sont, par exemple, les propositions, pourtant reprises dans la déclaration gouvernementale, visant à demander aux compagnies d’assurances de participer au refinancement des services d’incendie ? Elles y auraient pourtant intérêt car, avec plus de moyens, les pompiers pourraient être plus efficaces ce qui diminuerait les conséquences des sinistres.

Que préconisez-vous ?

Plusieurs choses. On devrait dédier un centre de formation à la prise en charge des accidents chimiques. Celui de Jurbise conviendrait bien. Il dispose de vastes terrains, éloignés des habitations, et d’un embryon de matériel. On pourrait y effectuer des exercices grandeur nature comme c’est le cas en Suède ou en Norvège, par exemple. Histoire de coller aux réalités du terrain. Mais il faut évidemment que les moyens suivent.

Deuxième idée : intégrer les cinq colonnes de la Protection civile aux corps de pompiers existants. Cela ne coûterait rien en termes budgétaires mais cela augmenterait les moyens humains et matériels des équipes de pompiers et réduirait les temps d’intervention, car tout le monde sait qu’en cas de catastrophe, la rapidité d’intervention et de diagnostic est primordiale.

Troisième proposition : repenser la taille et l’implantation des casernes. Au lieu d’avoir de grandes entités dispersées, on pourrait suivre l’exemple français et créer des unités plus petites mais plus efficaces, après analyse des risques bien entendu. On n’a, en effet, pas besoin d’un matériel "Seveso" dans un milieu exclusivement rural

A Wetteren, la communication semble avoir été chaotique…

Cela illustre, une fois de plus, le problème des moyens dont nous disposons en intervention. Analyser les besoins et les risques est très compliqué dans certaines circonstances. Nos hommes appliquent dès lors le principe de précaution, ce qui peut parfois être mal compris ou ressenti par la population. Mais c’est pour la protéger que nous œuvrons. Et cette mission devrait rencontrer davantage d’intérêt et d’écoute chez nos dirigeants, notamment du côté des libéraux flamands.


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