Quatre employés sur dix sont prêts à des concessions sur le statut unique

Attention casse-pipe. Le gouvernement ne dispose plus que d’un mois et demi pour harmoniser le statut des ouvriers et celui des employés.

V.R.
Quatre employés sur dix sont prêts à des concessions sur le statut unique
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Attention casse-pipe. Le gouvernement ne dispose plus que d’un mois et demi pour harmoniser le statut des ouvriers et celui des employés. Passé le 8 juillet, la Cour constitutionnelle considérera que les uns et les autres disposent des mêmes droits. Un scénario jugé catastrophe par les employeurs qui estiment que si le statut social des ouvriers devait être aligné sur celui des employés, le handicap salarial dont souffre déjà la Belgique se renforcerait de 2 à 4 %.

C’est singulièrement la protection des travailleurs en cas de licenciement qui les inquiète. Licencier un employé coûte nettement plus cher qu’un ouvrier. Si le coût du licenciement devait être aligné par le haut, les entreprises pourraient se montrer réticentes à engager un ouvrier. Pour les patrons, le statut unique devra donc, au mieux, se situer quelque part entre le statut actuel des ouvriers et celui des employés. Ce qui revient à diminuer la protection dont bénéficient les employés. Or, ça, c’est le scénario que rejettent les syndicats - au nom des droits acquis et de la protection contre le licenciement.

Pris entre deux feux, le gouvernement peine à trancher. Une solution était attendue juste après le 1er mai. On l’attend toujours. "Le gouvernement travaille" , répond laconiquement le cabinet de la ministre de l’Emploi Monica De Coninck à celui qui s’inquiète du temps qui avance. Une façon pudique de dire que le gouvernement est divisé.

C’est dans ce contexte tendu que Securex, un groupe spécialisé dans la gestion des ressources humaines, a voulu savoir ce qu’en pensent les travailleurs eux-mêmes. Verdict ? Ils sont très majoritairement favorables à l’instauration d’un statut social unique à tous les travailleurs. Mais ils demeurent partagés sur les moyens d’y arriver.

L’enquête a été réalisée à la fin du mois de mars auprès de 1 754 travailleurs. Elle montre que les ouvriers sont très majoritairement favorables (87 %) à une harmonisation des statuts. Les employés (70 %) seraient moins nombreux à la souhaiter. Ce qui n’étonnera guère. Les employés risquent d’y perdre dans l’aventure alors que les ouvriers ne peuvent qu’y gagner.

Certains travailleurs sont prêts à payer quelque chose en échange d’une harmonisation des statuts. La moitié (50 %) des ouvriers se disent en effet disposés à faire des concessions. C’est davantage que les employés qui ne sont que 43 % à pouvoir envisager céder certains avantages. "Bien sûr, ce n’est pas encore une majorité , explique Heidi Verlinden, membre du service d’étude de Securex. Mais c’est davantage que ce que nous pensions."

Mobilité professionnelle

Le sondage indique par ailleurs que l’harmonisation des statuts pourrait accroître la mobilité sur le marché du travail. Un employé sur dix envisage en tout cas d’opter pour un travail manuel si le statut social unique finissait par s’imposer.

Le pessimiste demeure cependant. Un quart seulement des employés (24 %) pensent qu’un accord est possible avant le 8 juillet. Et les ouvriers sont à peine plus optimistes : 38 % d’entre eux croient à un dénouement avant l’expiration de l’ultimatum posé par la Cour constitutionnelle.

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