Le message d'une rescapée des camps de concentration aux jeunes

Au début de l’année, Mouchka Stassart, rescapée des camps de concentration de Mauthausen et Ravensbrück et grande promotrice après avoir été militante pour l’égalité des droits à la Sabena s’envolait pour son dernier voyage.

Christian Laporte
Le message d'une rescapée des camps de concentration aux jeunes
©DR

Au début de l’année, Mouchka Stassart, rescapée des camps de concentration de Mauthausen et Ravensbrück et grande promotrice après avoir été militante pour l’égalité des droits à la Sabena s’envolait pour son dernier voyage. A quelques encablures de ses 90 ans, elle n’avait plus pu vivre la sortie de son autobiographie réalisée avec Claire Pahaut, la dynamique secrétaire du Groupe Mémoire. L’ouvrage vient de sortir avec la complicité de l’éditeur José-Noël Doumont et a été présenté lundi au Sénat lors d’une séance exceptionnelle en présence de sa présidente Sabine de Béthune et du général Jef Van den put, le chef de la Maison militaire du Roi. Non point une cérémonie protocolaire raide mais une suite de témoignages d’anciens compagnons de combat ou de travail et aussi des prises de parole très émouvantes de jeunes qui ont pu rencontrer cette femme exceptionnelle. Le qualificatif n’est pas usurpé, loin s’en faut, pour cette ancienne agente de renseignement et d’action de la ligne Comète qui malgré tout ce qu’elle a subi avait continué à croire en l’homme. Ce n’est pas par hasard si son livre est un vrai cri du cœur à cet égard et s’intitule "Je vous le dis, j’aime la vie"

Pendant plusieurs mois, Claire Pahaut et Mouchka Stassart ont jeté les bases de ce testament-témoignage d’où il ressort très vite que quand on a 20 ans - l’âge de Mouchka en 1943 - "on ne peut admettre de voir son pays occupé et on est prêt à tout mettre en œuvre pour le voir recouvrer sa liberté" . La jeune femme n’eut jamais peur mais a vécu l’horreur concentrationnaire dans des limites indicibles, soumises à des expériences qui l’ont privée plus tard des joies de la maternité. Sa mère également déportée mourut dans ses bras et elle n’a appris le lieu de la mort de son père que soixante ans après. Pourtant elle ne se plaignit jamais, faisant face à sa destinée en rebondissant par une carrière exceptionnelle à la Sabena et à la TEA. Nombre de collègues hôtesses n’apprirent ses souffrances que bien plus tard.

Ces dernières années, Mouchka ne cessa de témoigner dans les écoles et lia des amitiés exceptionnelles avec les jeunes dont ceux de l’Athénée Léonie de Waha de Liège qu’elle accompagna lors d’un voyage exceptionnel organisé par la Communauté française sous Hervé Hasquin à Auschwitz et à Ravensbrück fin 2002. L’émotion gagna plus d’un participant de l’époque présent au Parlement lorsque Charlotte Renwa, 16 ans en 2002, vint expliquer qu’elle avait mûri grâce au message de vie optimiste de Mouchka Stassart. Artiste, elle lui a dédié une nouvelle chanson aussi forte que celle offerte il y a onze ans à la résistante près du lac de Ravensbrück.

L’Athénée Léonie de Waha à Liège est exemplaire à cet égard : depuis plus de dix ans, son "Atelier théâtral 8 mai" aide les jeunes à prendre conscience de l’impérieux devoir de mémoire. Mouchka Stassart avait mis son point d’honneur malgré des soucis de santé à aller chaque année à leur nouveau spectacle. Claire Pahaut boucle ici la boucle : comme Mouchka Stassart avait émis le désir que les bénéfices du livre aillent à un projet citoyen, c’est "l’Atelier théâtral 8 mai" qui en bénéficiera. Une ultime leçon humaniste transmise depuis le paradis des résistantes

Renseignementspour se procurer l’ouvrage :claire.pahaut@skynet.be ou 02.742.00.75.