La réforme de l’enseignement supérieur, "un compromis à la belge"

Relire la déclaration de politique communautaire, voilà à quoi on s’attelait mercredi soir, à l’heure de boucler ces quelques lignes, tant l’objectif initial semblait bien loin dans nos mémoires. Et dans celles des politiques aussi ?

La réforme de l’enseignement supérieur, "un compromis à la belge"
©Belga
Alice Dive

Il faut renforcer la cohérence de l’offre de l’enseignement supérieur en Communauté française", stipule la déclaration de politique communautaire du 29 juillet 2009. Relire la "DPC" comme on dit dans le jargon, voilà à quoi on s’attelait mercredi soir, à l’heure de boucler ces quelques lignes, tant l’objectif initial semblait bien loin dans nos mémoires. Et dans celles des politiques aussi ?

On parle ici de la réforme du paysage de l’enseignement supérieur actuellement en cours d’accouchement "au forceps". C’est le moins que l’on puisse dire. Car si le "bébé" politique, censé favoriser une simplification et une meilleure harmonisation de l’enseignement supérieur, est sur le point de voir le jour, nous assure-t-on, force est de constater qu’il ne ressemble plus du tout au modèle originellement proposé par son ministre de tutelle, Jean-Claude Marcourt (PS). Et qu’il n’a pas simplifié grand-chose à vrai dire.

Souvenez-vous. C’était le 17 janvier dernier. L’Olivier francophone annonçait fièrement un accord politique entre PS, CDH et Ecolo sur cette réforme, un dossier sur lequel patinait la majorité depuis des mois. L’astuce qui permettait à chacun de trouver son compte ? L’introduction d’un niveau intermédiaire dans la future structure : entre l’Académie de recherche et d’enseignement supérieur (l’Ares), appelée à chapeauter l’ensemble des institutions en Communauté française et les cinq pôles géographiques regroupant les institutions présentes sur un même territoire (Bruxelles, Brabant wallon, Hainaut, Liège-Luxembourg et Namur), on introduisait trois "zones académiques interpôles" (Bruxelles-Brabant, Hainaut, Liège-Luxembourg-Namur), soit des instances regroupant les établissements d’un ou de plusieurs pôles et chargées de développer l’aide à la réussite et, surtout, de rendre des avis sur les nouvelles habilitations dans l’enseignement supérieur de type court.

Un niveau supplémentaire réclamé par l’UCL - et par le CDH donc - qui réclamait depuis si longtemps "l’insécabilité" de Bruxelles et du Brabant wallon et ce, afin de conserver son influence et ses possibilités de collaborer avec les hautes écoles catholiques dans la capitale.

L’UCL en territoire bruxellois, le nerf de la guerre

Aujourd’hui, quatre mois plus tard, c’est précisément cette question "ultra sensible" de la présence de l’UCL sur le territoire bruxellois qui continue de diviser la majorité, PS et CDH en tête. Explication. Le texte prévoit que les nouvelles habilitations (les études qu’il est permis d’organiser) soient accordées à plusieurs établissements du pôle dispensant des études du même domaine, qui devront dès lors coorganiser le nouveau diplôme. Un octroi sur la base géographique qui entend limiter les concurrences stériles entre les institutions. Mais voilà, pour l’UCL, "il ne peut être question de forcer des acteurs à travailler ensemble [ ] c’est contraire à la liberté d’association".

En réalité, l’UCL craint de perdre les liens qu’elle a noués avec les hautes écoles bruxelloises (type long) du réseau libre, principalement avec l’Ihecs (communications sociales), l’Ichec (commercial) et Marie Haps (traduction, interprétation). C’est ainsi que l’idée de recourir à des habilitations dites "conditionnelles" aurait été émise au sein de la majorité gouvernementale, soit à des habilitations octroyées à la seule condition que le partenariat soit conclu avec une haute école étant déjà habilitée à organiser les études en question.

Aujourd’hui, l’université Saint-Louis de Bruxelles bénéficie déjà d’une telle habilitation avec la haute école Marie Haps. Or, on le sait, cette dernière n’a jamais caché son souhait de fusionner avec l’UCL. Une façon de permettre à sa formation traduction/interprétation d’obtenir le statut "d’universitaire" à part entière, et non plus seulement "de niveau universitaire". Il en va de même pour l’Ihecs et l’Ichec qui, tout en gardant leur autonomie propre, ont manifesté à plusieurs reprises leur volonté de poursuivre leurs partenariats avec l’UCL, notamment pour des raisons de visibilité de leurs institutions sur la scène internationale.

Des habilitations conditionnelles pour l’UCL avec ces trois hautes écoles catholiques bruxelloises donc, telle est désormais la demande majeure formulée par le CDH. Du côté du cabinet du ministre Marcourt, on manifeste clairement une volonté d’aboutir. C’est ainsi que l’idée d’ouvrir des négociations en parallèle avec les acteurs de terrain concernés sur la question des habilitations serait à l’ordre du jour.

Une astuce qui permettrait ainsi au ministre socialiste de faire passer son avant-projet ce jeudi en seconde lecture, pour espérer encore un vote avant le début des vacances parlementaires, le 21 juillet prochain.

Sur le même sujet