Laurette Onkelinx : "Tout faire pour éviter la N-VA"

Laurette Onkelinx reçoit "La Libre" dans son cabinet pour évoquer l’avenir politique de la Belgique. Offensive, la vice-Premère place le PS en opposition directe avec la N-VA.

Francis Van de Woestyne et Mathieu Colleyn
Laurette Onkelinx : "Tout faire pour éviter la N-VA"
©Christophe Bortels

Laurette Onkelinx reçoit "La Libre" dans son cabinet pour évoquer l’avenir politique de la Belgique. Offensive, la vice-Premère place le PS en opposition directe avec la N-VA.

Vous semblez très remontée à l’égard de la Commission européenne (laquelle a rendu ses “bulletins” aux Etats membres cette semaine, NdlR). Pourtant, au niveau budgétaire, elle ne demande pas plus que ce que la Belgique avait prévu dans son “programme de stabilité”…

Je suis mécontente et révoltée. Quand on compare la situation des pays européens, on constate que la Belgique ne s’en sort pas mal du tout. Certes, il faudra faire un effort complémentaire en 2013. C’est une évidence pour respecter notre propre trajectoire. Et, en 2014, l’effort complémentaire devra être de 0,6 % du PIB et de 1,2 % en 2015. Mais alors qu’en terme de déficit, on s’en sort bien, qu’en terme de croissance on fait mieux que la plupart des pays de la zone euro, la Belgique est le seul pays qui soit mis en demeure.

Pourquoi ? Pour l’exemple ?

Je ne sais pas. Pourquoi la Commission n’a-t-elle pas accepté que la Belgique avait des circonstances exceptionnelles en 2010, 2011 et 2012 ? Nous avons négocié pendant 541 jours parce qu’un parti nationaliste empêchait tout accord Ce n’est pas une circonstance exceptionnelle, ça ? La Commission aurait pu soutenir la dynamique belge plutôt que de la blâmer. Elle n’aurait jamais osé faire cela avec un grand pays. C’est révoltant.

Les recommandations sont sévères…

Rien de neuf sous le soleil. Il y a une excitation plus forte autour de la Sécu. En matière de fiscalité, il y a juste une petite allusion : la Commission dit que le système fiscal comporte des failles puisque des sociétés qui font de grands profits ne payent pas d’impôts. C’est un choix idéologique, c’est une Commission libérale.

Rien n’empêche de prendre des mesures au niveau belge pour alléger la fiscalité sur le travail…

C’est clair.

Faut-il jeter les bases d’une réforme fiscale ?

Nous sommes tous d’accord là-dessus. La fiscalité, en Belgique, ne va pas, c’est sûr. On prend trop aux travailleurs. Les autres partis le disent aussi mais ils n’ont pas de solution. Nous, oui, nous disons qu’il faut prendre plus sur le capital.

Vous allez donc revenir avec l’impôt minimum, l’impôt sur les grandes fortunes… ?

J’ai vu que cela était soutenu par 70 ou 80 % de la population.

Il y a eu assouplissement de la Commission européenne sur le plan budgétaire : l’équilibre ne devra pas être atteint en 2015 mais 2016…

Oui, mais le discours européen demeure très favorable à l’austérité. Y a-t-il une politique européenne de soutien à l’industrie, de grands travaux ? Cela nous aiderait bien, pourtant.

Schizophrénie ? L’Europe, ce sont les Etats…

Ici, c’est la Commission qui parle. Elle ferait bien d’être composée de membres élus. L’Europe est un gage de paix et peut être un gage de bien-être économique. Mais pas cette Europe-là.

Il y a une course entre les partis flamands de la majorité, qui alignent les réformes, et la N-VA qui persuade les Flamands qu’il ne se passe rien au fédéral…

En Flandre, certains ont l’impression que le gouvernement fédéral ne réforme pas assez. C’est surprenant car, semaine après semaine, des réformes sont décidées. Mais si on peut avoir voté la réforme de l’Etat, avoir remis le pays en ordre de marche et aligné un certain nombre de réformes, nous pourrons présenter un très bon bilan. Les partis flamands sont d’ailleurs moins pessimistes qu’au début de la législature.

La N-VA, elle, n’attend pas pour critiquer…

La N-VA est uniquement une force négative, de protestation. Les autres sont des forces de construction.

L’électorat socialiste n’est pas convaincu non plus. Le PS est sous la barre des 30 %…

Il y a des sondages et puis il y aura la réalité des urnes

Le PS a gauchi son discours : vous avez identifié le danger à la gauche de la gauche… ?

C’est étonnant de dire cela. Virage ? Non, il y a une véritable continuité dans le discours socialiste. Thierry Giet était calme, Paul Magnette est flamboyant. Voilà la différence. Mais le fond et les idées n’ont pas changé.

Après les élections de 2014, on prend les mêmes et on recommence… ?

Je n’ai jamais dit cela.

Que dites-vous, alors ?

Il faudra voir la situation en Flandre. Serons-nous, à nouveau, plongés dans la nécessité de faire un gouvernement qui dispose des deux tiers ? Question centrale ! Imaginons - quel bonheur ! - qu’on n’en ait pas besoin : c’est-à-dire que les questions institutionnelles soient derrière nous. C’est vraiment ce que j’espère, au plus profond de moi-même. Et je privilégierais toujours, toujours, des majorités plus à gauche.

Il faudra quand même une majorité dans le groupe linguistique flamand.

C’est le mieux, mais cela fait plusieurs législatures qu’il n’y en a pas.

Une majorité avec la N-VA est-elle possible ? Y a-t-il une exclusive ?

Il faut tout faire pour éviter la N-VA. Tout. Tout ! C’est un parti totalement destructeur dans ses conceptions sur l’Etat. Ses conceptions sociales sont destructrices de notre modèle social. Dans le dialogue avec Bruxelles et la Wallonie, la N-VA est insupportable. Je n’ai aucun semblant de complicité, de quelque nature que ce soit, avec la N-VA ou de dialogue Certains disent : "mais quand même ". Pour moi, non.