La crise la plus grave jamais traversée par "Peeters II"

Kris Peeters (CD&V) est dans de sales draps. Le ministre-Président flamand ne dispose plus que de quelques heures pour sauver sa majorité. Et cela ne s’annonce pas simple.

La crise la plus grave jamais traversée par "Peeters II"
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V.R.

Kris Peeters (CD&V) est dans de sales draps. Le ministre-Président flamand ne dispose plus que de quelques heures pour sauver sa majorité. Et cela ne s’annonce pas simple. De l’aveu de tous les observateurs, c’est la crise la plus grave que traverse le gouvernement flamand en ce moment. Et des crises, pourtant, il en a déjà connu un certain nombre. En 2010, il y a eu la douloureuse gestation d’un compromis sur le contournement d’Anvers. En 2011, il y a eu ce courriel, tombé malencontreusement dans le domaine public, dans lequel la vice-Première Ingrid Lieten (SP.A) traitait ses collègues du gouvernement de " caricatures insensibles comme taillées dans le béton et le téflon ". En 2012, la majorité flamande a à nouveau tangué après que la même Ingrid Lieten eu qualifié d’" incompréhensible " la décision de sa collègue Joke Schauvliege (CD&V) d’accorder un permis d’environnement au vaste projet immobilier Uplace.

Kris Peeters avait chaque fois pu éteindre l’incendie. Le plus souvent sans trop de dégât parce qu’au fond, c’était chaque fois le plus petit des partenaires de la majorité - le SP.A - qui se trouvait en minorité. La crise actuelle, qui tourne autour d’une vaste réforme de l’enseignement secondaire, se décline cependant selon une configuration inédite. Cette fois, c’est la N-VA qui est isolée. La réforme est en effet portée par le ministre SP.A de l’Enseignement Pascal Smet, mais soutenue par le CD&V. Une réforme dont l’essence est d’ailleurs inscrite dans l’accord du gouvernement flamand - ce dont le SP.A ne manque pas de se prévaloir.

Le projet est, faut-il dire, assez spectaculaire. Il s’inspire du rapport Monard - du nom d’un ancien fonctionnaire qui en est l’auteur - qu’une commission ad hoc avait été chargée de rédiger sous la précédente législature. Il prône notamment la suppression des filières aso (enseignement général), kso (enseignement technique) et bso (enseignement professionnel). Il s’agit en l’occurrence de sortir l’enseignement qualifiant du ghetto dans lequel il est enfermé. En Flandre comme en Communauté française d’ailleurs, la filière professionnelle est devenue une filière de relégation par excellence, où les jeunes atterrissent parce qu’ils ont raté ailleurs. Une culture de l’échec s’y est installée alors que les études techniques et professionnelles conduisent parfois plus sûrement à l’emploi que l’enseignement supérieur. Et que les frontières se sont estompées avec le temps, à l’image des différences entre les ouvriers et les employés.

Dès l’entrée en secondaire

Concrètement ? Aujourd’hui, en Flandre, le choix entre le général, le technique ou le professionnel se fait dès l’entrée en secondaire. Pascal Smet propose de changer cela, en retardant de deux ans le choix de la filière et en le rendant plus réfléchi. La plupart des cours du premier cycle du secondaire (27 heures en première année et 25 heures en seconde) deviendraient communs à tous les élèves. Quelques heures (5 heures en première et 7 heures en seconde) seraient toutefois différenciées. Pour les élèves les plus forts, ces heures seraient consacrées à des matières complémentaires axées davantage sur l’abstraction - le latin par exemple. Pendant ce temps, les élèves plus faibles pourraient suivre des cours de remédiation. Les deuxième et troisième cycles seraient aussi organisés différemment. Les filières classiques (général, technique et professionnelle) seraient supprimées. Les écoles seraient à l’avenir classées selon leur domaine d’études (économie, sciences sociales, sciences et techniques, langues, etc.). Et chacune d’elle, dans leur domaine, pourrait proposer un diplôme donnant accès à des études universitaires, un diplôme donnant accès à l’enseignement supérieur ou au marché de l’emploi et un diplôme donnant accès seulement à un travail. En somme, les anciennes filières seraient intégrées dans un même lieu.

La N-VA n’entend cependant pas supprimer la filière générale qui "est l’une des meilleures du monde". Elle craint un "nivellement par le bas" qui affecterait les meilleurs élèves. Mais elle est bien seule à défendre ce point de vue. Le patronat flamand par exemple appuie sans réserve le projet, ainsi que les responsables de l’enseignement catholique. Seul un syndicat chrétien, a marqué hier des réserves, se faisant ainsi un allié de circonstance de la N-VA.

Kris Peteers avait convoqué les présidents de parti dimanche soir. Une façon, disait-on en coulisses, d’impliquer Bart De Wever qui sera son grand rival dans la joute électorale de mai 2014. Mais cette réunion n’avait rien donné. Le ministre-Président flamand multipliera les contacts jusqu’à mercredi, jour de la séance plénière au parlement flamand, pour tenter de sortir de l’ornière. S’il n’y parvient pas, des conclusions devront bien être tirées.

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