L’enseignement professionnel, rebut au nord comme au sud

Marc Demeuse est professeur à la faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’université de Mons. Pour lui, avec le tronc commun de deux ans en début du secondaire, les efforts réalisés par la Communauté française vont dans la bonne direction.

L’enseignement professionnel, rebut au nord comme au sud
Mathieu Colleyn

Marc Demeuse est professeur à la faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’université de Mons. Pour lui, avec le tronc commun de deux ans en début du secondaire, les efforts réalisés par la Communauté française vont dans la bonne direction. Mais l’enseignement professionnel demeure une filière de relégation.

En ce qui concerne l’orientation des élèves vers le général, le technique et le professionnel, quelles sont les différences entre les systèmes flamand et francophone ?

En Flandre, ils ont gardé une orientation plus précoce (12 ans) que nous puisque nous avons un premier degré de deux années qui est identique pour tout le monde. C’est partiellement vrai puisque nous avons une première année différenciée dans laquelle sont admis les élèves qui n’ont pas obtenu leur CEB. Mais l’objectif est de rattraper le CEB, de permettre aux élèves plus faibles de rattraper les choses. En Flandre, ils n’ont encore pas fait ce travail. A contrario, ils ont simplifié le système. Ils n’ont plus d’enseignement technique qui est à la fois de qualification et de transition. Notre système demeure assez peu lisible de ce point de vue-là.

L’idée de base du projet flamand est aussi de revaloriser l’enseignement technique et professionnel. Est-ce que le problème se pose avec la même urgence en Belgique francophone ?

Oui. L’idée de revaloriser l’enseignement qualifiant figure en toutes lettres dans les déclarations de politique communautaire et le Contrat pour l’école.

Ça n’a pas été fait ?

On a essayé de faire en sorte que ne se retrouvent plus dans le professionnel les élèves qui ont échoué partout. On dirait que les Flamands suivent la même voie. Aujourd’hui, pour s’y retrouver, il faut avoir franchi le premier degré qui est le même pour tous les élèves sauf pour ceux qui n’ont pas leur CEB. Il reste tout de même un problème : si le premier degré n’est pas réussi, après un certain temps - trois ans, voire quatre ans - vous vous retrouvez tout de même en troisième professionnelle sans avoir redoublé.

La filière est donc toujours une filière de relégation.

Les élèves qui n’ont pas acquis les compétences de premier degré doivent bien arriver quelque part. Notre réponse en Belgique francophone, c’est la 3P. Il n’est pas possible de les mettre dans le spécialisé. On pourrait aussi les mettre en alternance mais alors on aura un problème de valorisation de l’alternance.

Pourtant, n’y a-t-il pas des apprentissages dans le technique et professionnel qui donnent des débouchés ?

Si. On travaille d’ailleurs sur un projet qui s’appelle "Expairs" commandité par la ministre Simonet, avec 45 écoles, pour voir comment améliorer les choses. On ne perd pas espoir. Mais c’est un public extrêmement hétérogène. Il y a des élèves pas trop mauvais qui ont une envie précise et puis il y a ceux qui sont arrivés là après plusieurs échecs. Il faut avoir envie : ce n’est pas parce qu’on est mauvais en maths qu’on est bon en maçonnerie.

Si la filière professionnelle avait une meilleure image, les élèves iraient plus vite et plus naturellement vers elle, non ?

Cela joue. Par exemple, en ce moment, le secteur de l’hôtellerie fait le plein grâce à des émissions comme "Top Chef". Avec un effet dangereux : on donne une image idyllique du métier mais on oublie de dire qu’il faut travailler soirs et week-ends. Mais il est aussi vrai que dans certains secteurs comme la vente ou l’aide aux personnes, il est très difficile d’attirer les élèves. Il n’y a pas une image claire du métier auquel on a envie de s’identifier.

Faut-il revenir sur la distinction entre général, technique et professionnel ?

On pourrait déjà faire certaines choses sans tout chambouler. Il y a des cours où l’on n’est pas obligé de séparer les gens. L’éducation physique, par exemple. Cela pose des problèmes d’horaires, les élèves ne sont pas toujours sur les mêmes sites, certes. Mais on pourrait également travailler sur la question des sites. Faut-il vraiment séparer les élèves ?

C’est une question de volonté politique ?

C’est local avant tout. On peut faire des choses dans chaque établissement. Evidemment, certains ne veulent faire que du général et ne souhaitent pas la mixité. Nous sommes dans un secteur qui fabrique des niches. Il est possible d’avancer mais ce n’est pas forcément simple, ce n’est pas forcément l’intuition des enseignants et ce n’est pas forcément ce qui est populaire chez les parents où l’on aurait l’impression de pourrir le panier en mélangeant les gens. Il ne s’agit évidemment pas de mélanger tout n’importe comment.

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