Entre 60 et 100 Belges combattent en Syrie

Pour la plupart, ils sont âgés de 23 à 25 ans. Mais il y a aussi “moins de 5 mineurs”, révèle Joëlle Milquet, la ministre de l’Intérieur.

J. La.
Entre 60 et 100 Belges combattent en Syrie
©BELGA

Il est difficile de déterminer avec certitude le nombre de Belges qui, par idéal de justice ou radicalisés par des groupes djihadistes, ont rejoint la rébellion syrienne. "Quelques dizaines", avançait prudemment en avril, André Vandoren, le patron de l’Ocam (Organe de coordination et d’analyse de la menace). "Quatre-vingts", relevait alors Joëlle Milquet, la ministre de l’Intérieur. C’est en tout cas un chiffre qui évolue au gré des départs, des retours en Belgique ("quelques cas", dit, sans autres précisions, la ministre de l’Intérieur) et, dans quelques cas, d’un nouveau départ vers le front syrien.

Le phénomène n’est pas entièrement neuf. Cela fait plus d’un an que les services présents sur le terrain - Sûreté de l’Etat, police locale et fédérale, renseignements militaires, Ocam - sont actifs et se coordonnent sur le dossier des départs de jeunes Belges vers la Syrie. Une Task Force fédérale - ainsi que des Task Forces locales, impliquant les sections locales de la Sûreté de l’Etat et des polices locales - suit le phénomène de très près. La Task Force fédérale se réunit toutes les semaines. Elle travaille sur deux listes : une liste de travail et une liste consolidée.

La première reprend les dossiers de personnes sur lesquelles on a obtenu des informations indiquant qu’elles pourraient être en Syrie. La seconde est plus précise : y figurent les personnes dont on a pu objectiver, avec plus de certitude, qu’elles seraient en Syrie.

Joëlle Milquet est réticente à donner des chiffres. A l’heure actuelle, ils seraient "en dessous de 100", dit-elle avant de préciser "entre 60 et 100" tout en insistant qu’il ne s’agit là que "d’un ordre de grandeur". Ce qui est considérable quand on sait qu’entre 600 et 700 ressortissants de l’Union européenne ont gagné la Syrie.

Le nombre de Belges évolue constamment et, après un pic enregistré au mois d’avril, il y a eu une diminution des départs au mois de mai. Ce sont, précise la ministre de l’Intérieur, bien souvent des jeunes hommes âgés de 23 à 25 ans. Dans leur majorité, d’origine étrangère. Les convertis à l’islam ne sont qu’une petite minorité. Des mineurs sont également partis, comme deux élèves de Schaerbeek, à la grande surprise de leurs professeurs. "Les mineurs en Syrie sont moins de cinq", assure Mme Milquet.

La plupart ont bénéficié de filières pour se rendre en Turquie, d’où ils ont gagné la Syrie. Une de celle-ci, centrée autour de Sharia4Belgium, a été démantelée à la mi-avril. Selon le parquet fédéral, 33 personnes, d’Anvers ou de Vilvorde, ont utilisé les contacts de Sharia4Belgium pour prendre le chemin de la Syrie et, plus que vraisemblablement rejoindre des groupes de combattants aux idées salafistes djihadistes inspirées par Al-Qaïda.

Les autorités seront particulièrement vigilantes lorsqu’ils reviendront en raison du "know-how" qu’ils y ont acquis sur place. Certains reviendront comme des héros, d’autres seront dégoûtés. Mais, dans tous les cas, cela représentera des dangers potentiels. Ce qui ne veut pas dire qu’ils doivent s’attendre automatiquement à des poursuites judiciaires. "L’approche se fait personne par personne", assure Mme Milquet.