Ces seniors maltraités par leurs enfants

Le 15 juin est décrété Journée mondiale de la lutte contre la maltraitance des personnes âgées. Un phénomène qui n’est pas marginal, et qui serait appelé naturellement à augmenter à mesure que croît le vieillissement global de la population.

Piret
Ces seniors maltraités par leurs enfants
©IPM

Ce samedi, le 15 juin, est décrété Journée mondiale de la lutte contre la maltraitance des personnes âgées. Un phénomène qui n’est pas marginal, et qui serait appelé naturellement à augmenter à mesure que croît le vieillissement global de la population Il n’est pourtant pas simple à évaluer. Il y a ce que l’on ne voit pas, ce que l’on ne dit pas. La mesure du problème peut aussi dépendre de sa définition.

Ainsi, l’Organisation mondiale de la Santé estime entre 4 et 6 le pourcentage des seniors qui ont connu une forme de maltraitance. Des enquêtes plus ciblées, plus ou moins récentes, en Belgique et à l’étranger, peuvent avancer quelque 20 ou 25 %. On intègre là des violences physiques (plus spectaculaires mais moins nombreuses) comme psychologiques, des exploitations ou négligences, des harcèlements ou attitudes indélicates comme l’infantilisation, intentionnels ou pas.

Les organismes de lutte contre le phénomène permettent de mieux l’appréhender, même si leurs statistiques ne reflètent la maltraitance qu’au travers de leurs propres activités. Ainsi, celles de "Respect Seniors", qui vient de sortir son rapport annuel 2012. "Respect Seniors", c’est le vocable plus commode de l’Agence wallonne de lutte contre la maltraitance des personnes âgées, créée en 2009 par la Région comme structuration d’initiatives associatives qui existaient déjà.

Baisse sur 2011

En 2012 donc, "Respect Seniors" a géré dans les 4 200 contacts; 878 dossiers "maltraitance" ont été gérés, dès lors qu’un appelant de l’agence fait part d’un ressenti ou d’une crainte de maltraitance commise sur une personne de 60 ans et plus. Et la maltraitance est-elle avérée dans ces 878 cas ? Pas de réponse, et c’est voulu. "Notre service est psychosocial, pas judiciaire, nous explique son directeur, Dominique Langhendries. Il est des situations où il suffit d’écouter, sans devoir aller plus loin. Mais attention : une situation non de maltraitance, mais de son seul ressenti, peut aussi être une souffrance."

Pour la première fois, il y a diminution sur un exercice précédent : en 2011, "Respect Seniors" alignait 5 500 contacts et 1 120 dossiers maltraitance. Il doit y avoir un effet d’ajustement dans le temps, comme l’indique ci-contre la ministre Tillieux. M. Langhendries ajoute que la communication a été plus présente au lancement de l’agence, qui, en 2012, s’est axée davantage sur sa méthodologie d’action; "or, il suffit d’un spot radio pour recenser un pic d’appels" . Et puis, diverses associations pour seniors ou intergénérationnelles se soucient davantage, sinon de la maltraitance, au moins du mal-être de personnes âgées; "c’est très bien" .

Surtout les femmes

Bref, décryptons les 878 cas en question. D’abord, qui appelle ? La famille en premier lieu (41 %), devant le senior même (24 %), des professionnels (20 %), des amis ou voisins (11,50 %).

Les aînés décrits comme victimes sont de loin des femmes (72 %, contre 19 % d’hommes, le reliquat étant pluriel). En 2012, comme en 2011, c’est principalement (à 37 %) pour la tranche 80-90 ans, hommes comme femmes, qu’il est fait appel à l’ASBL. Ils habitent à domicile à 71 % (75 % en 2011), en institution pour 27 % (23 % en 2011). On insiste, dans le rapport : "Le lieu de résidence n’est pas un indicateur quant à l’auteur présumé." Autrement dit, "ce n’est pas parce que l’aîné réside en institution que la maltraitance est commise par un professionnel. Et ce n’est pas parce que l’aîné réside à domicile que la maltraitance est commise par un proche."

Alors, quel est "l’auteur désigné" de la maltraitance soupçonnée ou avérée ? C’est d’abord un membre de la famille (pour près de 62 % des 878 situations), devant un professionnel en institution (17,6 %) et l’entourage (8,7 %). S’agissant des 61,85 % des cas familiaux, l’enfant (36 % des cas sur l’ensemble) précède le conjoint/partenaire (12 %). Quand un senior est ou se sent maltraité, ce serait donc dans plus d’un cas sur trois le fait d’un enfant. Cela dit, puisque le premier appelant comme l’auteur désigné sont des membres de la famille dans la majorité des cas, l’équipe de "Respect Seniors" doit être attentive à ne pas être utilisée pour essayer de régler des conflits familiaux

Quelle forme principale de maltraitance est-elle invoquée, sans préjudice de causes complémentaires ? D’abord psychologique (28 %) et financière (21 %), devant des négligences (20 %), de l’incivisme (12 %), de la violence physique (10 %). L’action de l’organisme aura pu se borner à l’écoute dans 14 % desdits 878 cas. Dans 66 % des situations, s’y ajoutent information et orientation à la recherche d’une solution. Dans les 19 % restants, s’y ajoutent médiations et démarches sur le terrain.

Paul