Les unifs vont mieux encadrer les étudiants "à risques"

L’étude relative au "financement complémentaire et différencié" de l’enseignement supérieur est enfin présentée ce mardi au Parlement. Le ministre socialiste de l'Enseignement supérieur Jean-Claude Marcourt nous livre ses impressions.

Les unifs vont mieux encadrer les étudiants "à risques"
©IPM
Alice Dive

Attendue de longue date par les ministres et députés de la Fédération Wallonie-Bruxelles, l’étude relative au "financement complémentaire et différencié" de l’enseignement supérieur est présentée ce mardi au Parlement. Le ministre socialiste de l'Enseignement supérieur Jean-Claude Marcourt nous livre ses impressions.

L’étude qui est présentée ce mardi au Parlement recense à maintes reprises les effets pervers du système actuel de financement de l’enseignement supérieur, celui dit "de l’enveloppe fermée". Quel est le problème ?

Le problème, c’est que nous vivons aujourd’hui avec un modèle vieux de plus de vingt ans qui définance littéralement notre enseignement supérieur. Pourquoi ? Parce que nous limitons la croissance de l’enveloppe fermée (le fait que le gouvernement consacre un budget précis et non réévalué à répartir entre les établissements de l’enseignement supérieur) à l’évolution du coût de la vie, et donc même pas à la croissance économique du pays, alors que nous avons une augmentation substantielle du nombre d’étudiants. Conséquence, le financement par étudiant a tendance à diminuer avec le temps.
En Fédération Wallonie-Bruxelles, c’est la seule enveloppe qui vit encore sous ce régime. Toutes les enveloppes de l’enseignement obligatoire suivent l’évolution du nombre d’étudiants. L’effet direct, quel est-il ? C’est que les universités, hautes écoles et écoles supérieures des arts, à partir du moment où on leur dit qu’elles ont une enveloppe fermée qui a tendance à se contracter par étudiant, ne savent plus suivre en termes d’encadrement (travaux pratiques, suivi régulier par les assistants, etc). Il y a donc un vrai problème de détérioration de l’encadrement des étudiants dans leur cursus et bien évidemment, cela impacte d’abord les publics d’étudiants les plus "à risques".

Qui sont ces étudiants "à risques" ?

Il y a d’abord les étudiants de première génération, soit ceux qui s’inscrivent pour la première fois dans le supérieur. L’étude énumère ensuite quatre autres catégories d’étudiants qui sont susceptibles de présenter des risques (d’échec ou d’abandon) plus importants, et singulièrement durant les trois années du cycle de bachelier. Citons ainsi les boursiers et étudiants dits "de condition modeste", bien que je déteste cette formule, les étudiants issus d’écoles secondaires "à encadrement différencié", ceux qui souffrent d’un retard scolaire au terme de leurs humanités et enfin, les étudiants issus d’une filière qualifiante (technique ou professionnelle) de l’enseignement secondaire.


Mais encore…


Ce qui est interpellant dans cette étude, c’est de voir que le handicap "social", pas au sens restrictif du terme mais au sens "sociétal" si vous voulez, génère des difficultés en début de cursus, particulièrement lors de la première année. Lorsqu’ils sont entrés dans le processus, ils passent les obstacles les uns après les autres. Le problème, c’est donc vraiment ce frein à l’entrée et ce phénomène d’éviction qu’il faut combattre pour permettre à ces groupes d’étudiants "à caractéristiques plus faibles" d’obtenir, à terme, leur diplôme.


D’où ce projet de "financement complémentaire et différencié", comme vous le qualifiez ?


Exactement. L’idée, c’est vraiment de voir comment on va pouvoir octroyer un financement complémentaire aux institutions qui accueilleront un nombre important d’étudiants issus de ces quatre catégories, comment on va pouvoir leur donner un plus en terme financier, tout en sachant que nous allons travailler avec les institutions elles-mêmes. Dès jeudi d’ailleurs, nous allons lancer des consultations afin de récolter l’avis du Conseil interuniversitaire de la Communauté française (Ciuf), celui du Conseil général des hautes écoles (Cghe) mais aussi celui de leur équivalent pour les écoles supérieures des arts.


Un tel modèle ne risque-t-il pas d’induire, à terme, un certain nivellement par le bas ? Quid de votre positionnement par rapport au modèle, plus concurrentiel, qui prévaut actuellement en Flandre ?


Il n’y aura pas de nivellement par le bas ! Ma politique en tant que ministre de l’Enseignement supérieur a toujours été la recherche de l’Excellence. Quant au modèle flamand auquel vous faites allusion (modèle dit "de l’output", les établissements d’enseignement supérieur reçoivent un budget selon une série de critères numériques), ce n’est clairement pas la voie que nous comptons emprunter. Ceux qui disent : "On va financer la Recherche au nombre de publications", ceux qui disent : "On va financer les institutions au nombre d’étudiants diplômés et on va faire une grosse sélection à l’entrée", pour moi cela équivaut à dire : "Excluons purement et simplement les plus fragiles !". Je ne suivrai pas ce modèle-là. D’ailleurs en Flandre, le modèle de l’output, ils en reviennent, et commencent à constater les effets pervers de leur propre système de financement.


Le financement différencié donc, un pas de plus vers une réforme plus profonde du modèle de financement ?


Exactement. D’ailleurs, je suis persuadé que les acteurs concernés ne vont pas se contenter de cette étude. Car, on est bien d’accord, il y a tout le reste à faire. En 2016, c’est inscrit dans le décret Bologne (2004), il faudra revoir l’ensemble du modèle de financement de l’enseignement supérieur. Ce sera d’ailleurs l’un des premiers travaux à faire par l’Ares, l’Académie unique, dans le cadre de la réforme du paysage de l’enseignement supérieur. Le financement différencié, c’est une pièce détachable qui peut venir s’ajouter au financement actuel, ou encore être une pièce intégrée dans un nouveau modèle de financement.


Le gouvernement a répété à maintes reprises qu’il n’avait plus d’argent. Comment comptez-vous financer cela ?


Attention, ne faisons pas une assimilation entre la formation initiale des enseignants et la réforme du financement. C’est vrai que pour la formation initiale, on a dit qu’il n’y avait pas d’argent. Alors, j’ai entendu le CDH dire qu’il fallait un Plan Marshall de l’enseignement. Je le martèle depuis un an et demi, je ne peux donc être que d’accord. J’ai même été un précurseur en disant qu’on ne pouvait plus continuer à avoir un taux aussi élévé de jeunes qui n’obtiennent pas leur diplôme à Bruxelles et en Wallonie. Pour le financement différencié dont nous parlons ici, je suis persuadé que nous pouvons faire les choses de manière progressive de façon à les inscrire dans la durée.


Ce sera donc pour la prochaine législature, c’est cela ?


Ecoutez, nous sommes dans la dernière année de législature, il est donc clair que cela ne sera pas prêt pour la rentrée scolaire 2013-2014. Au mieux pouvons-nous envisager quelque chose au cours de l’année 2014. Pas avant.


Deux mots sur la réforme du paysage de l’enseignement supérieur. Comment évoluent les discussions actuelles ?


 Je salue l’esprit de collaboration des différents acteurs. Tant qu’il n’y a pas d’accord global, vous savez… on est en Belgique. Mais j’ai l’impression que les choses avancent.


Certains affirment que le CDH commence à se désolidariser de l’UCL, c’est aussi votre avis ?

Je n’ai pas envie de jouer à cela, je ne l’ai jamais fait. Ce sont des dossiers extrêmement délicats dans lesquels il y a, pour un certain nombre d’éléments, une peur... que la mise en oeuvre de cette réforme suscite.


Ecolo est-il encore convié aux négociations ?


Ecolo a toujours été associé aux négociations. Qui connaît Jean-Marc Nollet sait que dès qu’il a le sentiment d’être un peu mis sur la touche… Qu’il y ait des contacts bilatéraux, oui, mais à terme c’est une trilatérale qui existe, certainement.

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