Statut unique: comment les employés risquent d’être floués

Le Groupe des 10 tiendra ce mercredi une réunion cruciale - " celle de la dernière chance", glisse le patron d’une centrale syndicale. Les plus hauts représentants des employeurs et des syndicats vont essayer d’y établir une position commune dans le dossier ouvriers/employés.

Statut unique: comment les employés risquent d’être floués
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Vincent Rocour

Gare à la pétaudière. Le Groupe des 10 tiendra ce mercredi une réunion cruciale - "celle de la dernière chance", glisse le patron d’une centrale syndicale. Les plus hauts représentants des employeurs et des syndicats vont essayer d’y établir une position commune dans le dossier ouvriers/employés. Le rendez-vous est fixé en matinée. Une pause est prévue en début d’après-midi pour permettre aux négociateurs d’aller faire un rapport auprès de leurs instances respectives. La reprise des pourparlers est prévue vers 16h30 avec l’intention, cette fois, de "terminer au finish".

Encore faut-il que reprise des pourparlers ait lieu. "J’avais un rendez-vous fixé en fin d’après-midi, confie un négociateur du banc patronal. Je ne l’ai pas décommandé. Les chances que l’on reprenne les discussions sont tellement ténues".

C’est que le pessimisme règne. Il y a quelques semaines, certains avaient cru percevoir un rapprochement entre les positions. Les contacts les plus récents ont cependant douché ces espoirs. "La FEB semblait considérer la position de la FGTB sous un œil pas trop défavorable, glisse un négociateur syndical. Mais si on en juge par les réponses qu’elle a fournies au gouvernement, elle est revenue à sa position initiale, très éloignée de ce que nous pouvons accepter".

On sait que le point le plus sensible concerne la durée des préavis. Les ouvriers belges sont parmi les travailleurs les moins bien protégés d’Europe contre le licenciement. Les employés belges, en revanche, disposent de préavis parmi les plus longs. Un employé qui gagne moins de 32 254 euros (bruts) par an bénéficiera, en cas de licenciement, d’un préavis de trois mois par tranche entamée de 5 ans d’ancienneté. Le tarif est plus élevé pour les revenus supérieurs. Jusque 64 508 euros/an, on appliquera une grille plus favorable - généralement la grille "Claeys".

Les employeurs avancent qu’aligner le régime des ouvriers sur celui des employés alourdirait de façon suicidaire le coût salarial des entreprises belges. Mais les centrales syndicales des employés n’entendent pas négocier le statut de leurs affiliés au rabais.

La FGTB a tenté de faire le compromis. Le syndicat socialiste propose d’aligner tous les préavis sur le préavis le moins favorable des employés, à savoir trois mois pour 5 années d’ancienneté. La grille Claeys serait ainsi enterrée, même pour les revenus supérieurs. La FGTB serait même prête à moduler le principe de la tranche "entamée" de 5 ans d’ancienneté. Aujourd’hui, un employé qui a 5 ans d’ancienneté + 1 jour dans une entreprise bénéficie d’un préavis de six mois s’il est licencié. La FGTB serait prête à moduler la durée du préavis progressivement au cours de la tranche entamée d’ancienneté.

Le couloir des vacances

Mais la proposition de la FGTB, même assouplie, reste imbuvable pour les employeurs, singulièrement dans les secteurs qui occupent beaucoup d’ouvriers (construction, constructions métalliques, etc.) Du reste, elle est aussi éloignée de celle défendue par la CSC qui prône un mois de préavis par année d’ancienneté. Il y a de fortes chances que les interlocuteurs sociaux rendent les armes dès ce mercredi. Les instances dirigeantes des syndicats, qui sont déjà convoquées en soirée, devraient alors enterrer la négociation dans la foulée du Groupe des 10. Il reviendra alors au gouvernement de trancher. Seul. "Et on se demande comment il fera, siffle un employeur. Il est peut-être plus divisé que les interlocuteurs sociaux".

Les vacances approchent

Or la Cour constitutionnelle a sommé les autorités de supprimer les différences entre les deux statuts avant le 8 juillet. Passé ce délai, les juridictions du travail pourraient accorder aux ouvriers les mêmes droits qu’aux employés. C’est en tout cas la thèse des services juridiques des syndicats. Mais les centrales d’employés redoutent un autre scénario : un accord au forceps au sein du gouvernement qui réduit les droits des employés, mais n’est dévoilé que le 7 juillet, à la veille de l’ultimatum lancé par la Cour constitutionnelle. Scénario catastrophe pour les centrales d’employés qui savent par expérience que les grandes actions n’ont aucune chance de succès durant les périodes de vacances. Et en septembre, l’émotion sera retombée. D’autant qu’elles risquent d’être fort seules sur les barricades. Les centrales ouvrières n’ont pas les mêmes intérêts dans cette histoire. Toute avancée pour les ouvriers sera bonne à prendre.Vincent Rocour

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