Les coulisses d’un choix difficile. Joëlle, Catherine, Vanessa, Julie… Et enfin, "MMS"

Pour certains présidents de partis, la désignation des ministres, c’est le moment de "pur plaisir" de la fonction, l’instant où il faut doser, sanctionner, promouvoir. Un vrai moment de jouissance intellectuel. Un peu sadique aussi.

Van de Woestyne Francis
Les coulisses d’un choix difficile. Joëlle, Catherine, Vanessa, Julie… Et enfin, "MMS"
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Pour certains présidents de partis, la désignation des ministres, c’est le moment de "pur plaisir" de la fonction, l’instant où il faut doser, sanctionner, promouvoir. Un vrai moment de jouissance intellectuel. Un peu sadique aussi. Les amateurs de jeux de stratégie raffolent de ces instants : on avance des pions, on les déplace, on prépare les coups. Annoncer à un homme, à une femme, qu’il (elle) sera ministre, c’est comme admirer la tête de son enfant le 6 décembre lorsque, les yeux encore endormis, il découvre ce que le Grand Saint a déposé devant la cheminée.

Evidemment, on ne fait pas que des heureux. Car quand on désigne un ou une ministre, il y en a forcément trois ou quatre, au bas mots, qui sont désenchantés, le mot est faible, persuadés qu’ils sont d’avoir bien plus de qualités que la personne choisie. Et parfois, c’est vrai, ce n’est pas toujours la compétence qui prime, c’est aussi l’origine géographique, la généalogie, le sexe (M-F), le caractère - souvent bien trempé - de ces messieurs-dames.

Ces sentiments-là, ces sensations fortes, Benoît Lutgen, le président du CDH les a connus, lorsqu’il a dû trouver, ce week-end, un(e) remplaçant(e) à Marie-Dominique Simonet, ministre de l’Enseignement en Communauté française. Atteinte d’un cancer, à l’aube d’entreprendre des soins lourds, elle a demandé à être déchargée de sa fonction. Respect. Courage.

La nouvelle a causé un véritable choc au CDH où "Marie-Do" est unanimement appréciée. Passés les moments d’émotion, il fallait donc penser à trouver un nouveau ministre. Benoît Lutgen a réuni un comité restreint, jeudi soir. A l’entame de la discussion, Lutgen leur dit en substance : "J’aimerais vous entendre, n’hésitez pas à me faire quelques suggestions, je ne veux pas brimer votre créativité, même si cela doit entraîner des changements à d’autres niveaux de pouvoir." D’emblée, Joëlle Milquet, vice-Première ministre fédérale, affiche ses non-ambitions : en tout cas, il n’est pas question que je bouge.

Intéressés, quand même, par cette "piste", d’autres, au contraire, la soutiennent. N’a-t-elle pas, quand elle était présidente du CDH, dit qu’elle serait prête à relever ce défi ? Joëlle Milquet, un temps ravie du soutien de ses collègues, confirme : non, elle ne bouge pas. D’ailleurs, des défis énormes l’attendent : la préparation du changement de Roi, la réforme des services de sécurité. Et puis, elle est "fédérale". La piste, envisagée, est donc été refermée.

Pourtant, le scénario avait ses avantages. Melchior Wathelet, très apprécié des autres vice-Premiers, serait entré au "kern" et Catherine Fonck - qui finalement n’obtiendra rien - aurait été secrétaire d’Etat. Wathelet à l’Enseignement alors ? Non. Car il apparaît assez rapidement qu’une femme doit succéder à une femme. Exit donc aussi Maxime Prévot, bourgmestre de Namur. Il eut pourtant été le choix "number one" de Benoît Lutgen.

Catherine Fonck alors ? Difficile de mettre deux Hennuyers (Carlo Di Antonio est déjà ministre) dans le même gouvernement. Grosse déception : Catherine Fonck s’interroge à présent sur la suite de sa carrière. Qui d’autre alors ? Julie de Groote, Vanessa Matz, sénatrice, ancienne directrice politique du CDH ? Non. Benoît Lutgen veut "une histoire", une femme qui ait un rapport direct avec l’enseignement. Le choix se porte donc sur Marie-Martine Schyns, députée fédérale. "MMS" a le profil de la fonction : jeune, dynamique, de l’enthousiasme à revendre et surtout, bien sûr, un passé de professeur. Et paraît-il, un sens politique déjà aiguisé. "Dans ce cas, explique un observateur, ce n’est pas la géographie qui a joué." Car elle est originaire de l’arrondissement de Verviers, là où, aux côtés de Melchior Wathelet, il y a déjà une foule d’autres talents (Marc Elsen, Jean-Paul Bastin, Benoît Pitance). Tandis que Namur et Luxembourg n’ont aucun ministre. Malgré cela, Marie-Martine Schyns s’est imposée.

Bien sûr, il reste quelques mois seulement avant la fin de la législature. Il sera difficile pour "MMS" d’imprimer sa marque. Elle pourra "ouvrir des chantiers participatifs" comme on le dit, mais ce ne sera pas facile dans une Communauté qui doit encore faire des économies budgétaires importantes. Et puis, comme tous le confient : le but est évidemment que Marie-Dominique Simonet revienne le plus vite possible.

C’est Benoît Drèze, suppléant de Marie-Martine Schyns à la Chambre, qui (re)deviendra député fédéral.

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