A Duinbergen, on vit loin du bling-bling

La petite station proche de Knokke a un charme quelque peu désuet qu’elle cultive dans la discrétion.

Toumanov Boris
- Luchtbeelden van de kust - Vues aériennes de la côte
- Luchtbeelden van de kust - Vues aériennes de la côte ©Photo News

Une heure dans l’histoire de la Côte belge Reportage Philippe Farcy

Duinbergen a été intégrée à la commune de Knokke-Heist lors de la fusion des communes. Mais la bourgade, attachée à Knokke par le défilé des buildings le long de la digue, garde son caractère. Il est appuyé sur les dunes et par un équilibre entre lignes directrices du plan général du bourg et les villas qui, jadis, piquaient de leurs hautes toitures les dunes diverses, en hauteur et en taille.

Le coin le plus typique pourrait bien être le parc Joseph Stübben (1845-1936), pièce centrale d’un espace aéré et rythmé, où les maisons du versant nord gardent leur cachet d’antan. Sur le sommet de la butte, là où la vue est la plus dégagée vers la mer, les villas ont fait place à des immeubles d’appartements ressemblant à d’immenses maisons. C’est mieux, esthétiquement, que le front de mer. Stübben avait aussi travaillé pour les Lippens et les Piers, du côté du Zoute. Le site de la région flamande consacré au patrimoine architectural (www.inventaris.onroerenderfgoed.be), signale que le jeune avocat Donat Van Caillie s’offrit en 1893 un chalet de bois de type norvégien et qu’il le nomma d’abord "Mer et Montagne". Des amis lui conseillèrent "Duinbergen" et le nom est resté collé à la petite bâtisse mais aussi ce qui allait devenir un village à part entière.

L’urbaniste Stübben, grand théoricien de l’urbanisme, né à côté de Düsseldorf et mort à Francfort, fut architecte d’Aix-la-Chapelle. Il semble avoir été appelé à la Côte belge par le roi Léopold II et on le vit à l’œuvre au Coq. A Duinbergen, Stübben voulait préserver en partie les dunes pour garder une image authentique du site. Il voulait aussi créer des rues droites, alors qu’au Zoute, les petits chemins sinueux surgirent de son esprit pour créer une autre ambiance. Il fallait aussi à Duinbergen créer des places vastes et aérées et balancer tout cela de villas d’un esprit estival, qui pouvait faire penser à Arcachon, mêlées de quelques sources normandes ou anglo-normandes. Stübben avait prévu une poste, un kursaal, une église, une chapelle et un restaurant panoramique en haut d’une dune.

L’architecte A. Pirenne fut responsable de la construction de nombreuses villas. Puis, le projet prenant de l’expansion, on fit appel à d’autres architectes, comme Acke, Callant, Carbon, Neyrinck et Vierin. Le 25 août 1902, le comte Charles d’Ursel, gouverneur de la province de Flandre occidentale, vint inaugurer le projet immobilier. Duinbergen donna donc des idées du côté des Lippens et Piers pour leur illustre lotissement du "Sel".

En 1905, Duinbergen disposait de cinquante villas et de trois hôtels. On construira encore beaucoup de villas dans l’entre-deux-guerres, bien plus colorées que de nos jours où le blanc uniformise tout. Dans les années 50 et avec le redéveloppement du tourisme de masse, on supprima les villas à front de mer pour y planter une barrière de béton et de verre. Le secteur d’Albert-Plage fut soutenu par les Nellens, qui n’étaient pas que gérants de casinos.

Joseph fit en sorte de créer entre Knokke et Duinbergen, vers 1922, une nouvelle zone, en recréant des dunes disparues à la suite d’une tempête. Mais ces dunes furent reculées de près de 100 mètres, libérant une zone constructible. C’est aussi Joseph qui fit creuser le lac de la Victoire, vers 1925, là où se trouvent La Réserve et le centre culturel Schaarpoord.

A Duinbergen, une élégance bon teint se fait sentir, loin de l’effet bling-bling. Un côté fané et un peu de poussière sur l’art de vivre, cela fait plus que joli.


Cet été, La Libre visite les stations balnéaires belges. Ce lundi, elle se rend à Zeebrugge.