Au-delà des ports, le sable de Zeebrugge

Les bateaux de plaisance ont gagné, mais la Zeebrugge des pêcheurs n’est pas morte pour autant.

Philippe Farcy
Zeebrugge
Zeebrugge ©Alexis Haulot

Zeebrugge est un lieu d’une évidente complexité territoriale quand il s’agit de son économie. Entre le vieux port, où ne sont plus amarrés que quelques navires de pêche, et les bateaux de plaisance, la compétition a été depuis longtemps gagnée par les navigateurs amateurs. Comme partout sur notre zone maritime, le commerce du poisson connaît une crise prolongée qui a tué des milliers d’emplois et mis au ban des centaines de bateaux. Les valeureux chalutiers ont rangé leurs cirés jaunes ou verts, comme ceux de Guy Cotten, au placard de leur désespoir.

Mais la Zeebrugge des pêcheurs n’est pas morte pour autant. La grande minque de la Vismijnstraat a été transformée en "Seafront", et on apprend, dans une mise en scène bien balancée, comment le village vivait au rythme des marées, des allées et venues des navires, des cris de manutentionnaires, des bruits de manettes d’osier, puis de plastique, s’entrechoquant en s’empilant, et d’odeurs de poissons frais. On les retrouvait ensuite dans deux,trois magasins, juste derrière la minque, et c’était beau.

Ah!, ces poissons présentés comme des bijoux dans une vitrine de joailliers, où les écailles brillantes posées sur de la glace, en guise de cristal de roche, reflétaient les bijoux culinaires issus de l’onde. Magie de la nature, fruit du travail des hommes, cela aussi, ici, a disparu. Le tourisme a pris la place des filets; reste à attraper les visiteurs dans des mailles plus larges.

Zeebrugge, ce sont quelques centaines de bateaux privés, et surtout, derrière le bassin et une colonne d’immeubles à appartements, le port militaire où sont en service nos frégates et nos démineurs. A proximité du "Seafront", des projets immobiliers de qualité sont en cours d’édification et permettent de penser que la zone pourrait, avec ses cafés et ses quelques restaurants du temps jadis, retrouver une vitalité de type citadin.

Le port des conteneurs coupe Zeebrugge en deux. Oublions les méthaniers et les immenses navires qui débarquent les voitures venues du monde entier (Zeebrugge est en "pole position" dans ces deux secteurs au niveau européen), et passons au-delà de l’avenue du Baron de Maere. On trouve alors le vieux Zeebrugge, petit village en longueur, limité à quelques rues, où une chapelle, bordée de pistes de pétanque, accueille quelques vieux endimanchés. Sur la rue de Bruxelles, une remarquable maison contemporaine vient donner un air de jeunesse à des immeubles sans fard.

Sur la digue, enfin, trois périodes cohabitent. Vers le port, un ancien hôtel Belle Epoque essaye de faire croire qu’il vit encore. Au centre, la frise de buildings, modèle "cages à poule", que l’on trouve partout, plus ou moins dorées (les poules), précède une vraie rareté. C’est la troisième zone composée de huit villas calées entre les dunes et la plage. Bien qu’elles ne soient pas conçues dans une gamme de prestige, leur présence sonne comme de bons souvenirs des années soixante. Ce sont des oubliées du cimetière de l’offre et de la demande. Pourvu qu’elles résistent autant aux vents, qu’aux grains et à l’appât des gains, surtout.

Par sa petitesse, Zeebrugge est un havre de tranquillité, où l’on a vite fait d’oublier les immenses grues des porte-conteneurs.


Mardi, La Libre se rend à Blankenberge