Blocage salarial avant l’heure

De 2009 à 2012, les salaires réels belges ont augmenté de 0,09 %.

Blocage salarial avant l’heure
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Laurent Gérard

Pour les années 2013-2014, le gouvernement a décidé d’un blocage des salaires ou, dit de manière édulcorée, d’une modération salariale. Entendez : au-delà de l’indexation (liée à l’inflation) et des augmentations barémiques (liées à l’ancienneté), aucune augmentation ne peut être accordée par un employeur à ses salariés durant ces deux années. Et la suite devrait être du même tonneau, vu la réforme en préparation de la loi de 1996 sur la préservation de la compétitivité des entreprises.

Mais la modération salariale a commencé bien avant 2013, comme vient le montrer une nouvelle étude de l’European Trade Union Institute (ETUI). L’Institut syndical européen vient en effet de calculer, à partir de données de la Commission européenne, l’évolution des salaires réels (hors inflation) dans les pays de l’Union européenne, durant la période 2009 à 2012.

On y voit qu’en Belgique, sur cette période, les salaires n’ont progressé que de 0,0901 % hors index. Autant écrire qu’ils ont stagné. A titre de comparaison, durant la période 2000-2008, les salaires belges avaient progressé de 0,4593 %.

Des normes sévères

Ce n’est pas vraiment une surprise, vu les décisions prises en 2008 et 2011 dans notre pays. Pour rappel, l’accord interprofessionnel signé le 22 décembre 2008 par les organisations patronales et syndicales avait fixé, pour 2009 et 2010, l’enveloppe de négociation à maximum 250 euros par travailleur, en sus de l’application de l’indexation des salaires et des augmentations barémiques. Une somme de 125 euros pouvant déjà être octroyée dès 2009. Pour les années 2011 et 2012, en l’absence d’accord interprofessionnel entre les partenaires sociaux, un arrêté royal avait fixé la norme maximale pour l’évolution salariale à 0 % pour l’année 2011 et 0,3 % pour l’année 2012.

Avec de telles balises, les résultats de l’étude de l’ETUI ne doivent guère étonner. Elles viennent cependant rappeler utilement que la modération salariale, le Belge la connaît depuis quelques années déjà, et ce même si l’indexation automatique des salaires le protège relativement bien de l’augmentation du coût de la vie.

Au vu de la situation européenne, le Belge ne doit cependant pas trop se plaindre (voir infographie). Même si la progression salariale 2009-2012 a été supérieure chez nos voisins néerlandais (+ 0,2476 %) et surtout allemands (+ 0,5321 %, mais après un recul de 0,6447 % de 2000 à 2008) et français (+ 0,7548 %), notre pays fait partie de ceux qui ont connu une évolution positive des salaires réels. Beaucoup d’autres Etats ont vu, de 2009 à 2012, des diminutions de salaires de 2, 3 ou 4 %, voire près de 5 % en Grèce.



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