La Côte mise à nu à Bredene

Bredene, ce petit village de pêcheurs très en retrait de la mer est devenu le paradis des naturistes.

Philippe Farcy
Bredene
Bredene ©Alexis Haulot

Bredene ? Vous en feriez un micro-trottoir d’Arlon à Anvers, tout le monde vous dirait : "Ah oui, c’est là que sont les plages des tout nus." Et en effet, ce petit village non fusionné a vu sa réputation partir de zéro voici moins de dix ans pour atteindre des sommets, comme ses hautes et longues dunes, classées en zone protégée. Mais Bredene ce n’est pas que cette plage longue de 600 mètres. Il y a aussi un petit bourg charmant situé à deux kilomètres des dunes.

En descendant du tram, face à l’accès bétonné qui mène à la plage des "textiles", on remonte les 500 mètres avec une facilité bienvenue. Arrivé face aux flots il n’y a plus qu’à parcourir 150 mètres à flanc de colline pour accéder à la zone des gens libres. Mais ce n’est pas le seul accès. Pour accéder au paradis, il est bon de faire quelques efforts et de passer par un ou deux sentiers étroits, montants, sablonneux, malaisés, situés plus à l’est vers le Coq.

Là, c’est galère. Mais une fois arrivé, à nouveau c’est le bonheur, au point d’y être allé deux fois. Nous y retrouvâmes un couple de Tournaisiens résidant à Orcq, juste au sud de la cité épiscopale, là où des Français ont réaménagé naguère un domaine superbe, piqué d’une énorme villa des années cinquante, venue remplacer un château.

Lui est un ancien para-commando, la fin de quarantaine fraîche, sec et sûr de lui. Il est passé camionneur à l’international depuis 23 ans. Elle, elle travaille dans le social au Conseil régional de Lille. Même apparence, même bien-être de vivre nus à la plage mais pas seulement; ils vivent nus chez eux en permanence. "Bredene pour nous c’est une aubaine. Nous sommes à moins d’une heure de la plage. Quelques Français en profitent aussi, même s’ils préfèrent en vacances descendre vers les côtes de l’Aquitaine ou dans la zone de Montpellier. Pour nous les Belges, cela reste la seule possibilité d’aller passer une journée dans un lieu public, à l’air libre, face au large. On attend que les travaux se fassent du côté de l’Eau-d’Heure où l’on parle de thermes et d’une vraie structure pour les amateurs de naturisme."

Le dépouillement de ses habits n’est pas toujours une aubaine et les gens de nos plages ne présentent pas une plastique digne des stars qui se jettent dans l’onde aux îles Barthélemy, Moustique ou de la Barbade et dont se délectent les magazines people.

Point de photographes de presse par ici, mais bien des voyeurs dans la zone d’une promenade faîtière, qui permet de jeter des yeux sur des corps offerts au soleil et aux vents, en espérant plus sans doute à un autre moment.

Mais c’est la loi du genre, et les couples de tout bord et les familles n’y prennent plus garde une fois l’habitude acquise, comme dans les thermes de Londerzeel, Boetfort ou Hal ou au centre naturiste d’Everberg.

"Vivre nu", nous dit Olivier, "c’est se libérer de tout signe distinctif, de toute appartenance sociale. Plein de gens ont peur d’eux-mêmes. Mais surtout ils ont peur du regard des autres. Il faut s’en foutre car c’est une attitude saine. C’est aussi vivre en communion avec la nature, être embrassé par l’air, les flots et les rayons du soleil (comme Io prise par Jupiter transformé en nuage dans le célèbre tableau du Corrège, peint pour Frédéric II de Mantoue, NdlR). Cela donne naissance à un bien-être incomparable. Le naturisme ce n’est pas se regarder les uns les autres avec des yeux avides, c’est se respecter. Ce n’est pas dire de l’autre il est trop gros, trop maigre, trop grand, trop petit, c’est prendre les gens et se prendre soi-même, comme on est, avec tout le respect nécessaire. Et tout cela est dénué de ponctuations sexuelles; du coup c’est beaucoup simple qu’en maillot. Ceux qui font les cent pas là-haut à mater les autres me débectent. Le naturisme cela se partage, c’est un esprit familial. Regardez le nombre de couples avec enfants qui sont installés tout près de nous. Il n’y a pas de pro blème générationnel. D’un gosse de quatre ans à un vieux de quatre-vingt, il n’y a pas de limite. Surtout on ne juge pas." Voilà pour le Bredene des tout nus, invisibles du tram.


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