Ils voteront le nouvel Etat en étant mitigés

Ce n’est pas nécessairement endosser la formule des "deux démocraties dans le même pays", de Bart De Wever, que de dresser ce constat : au fil du temps, deux composantes n’auront cessé de se former en Belgique.

Piret Paul
Ils voteront le nouvel Etat en étant mitigés
©Photo News

Ce n’est pas nécessairement endosser la formule des "deux démocraties dans le même pays", de Bart De Wever, que de dresser ce constat : au fil du temps, deux composantes n’auront cessé de se former en Belgique dans une relative imperméabilité linguistique, partisane, électorale, culturelle comme médiatique.

Or, ces cloisonnements n’excluent pas des hétérogénéités. En ce sens, voici une étude tendant à déconstruire des idées préconçues : sur le positionnement du personnel politique lui-même, il n’y aurait ni deux blocs communautaires homogènes, ni de monde politique homogène face aux citoyens, ni de partis dans lesquels les élus penseraient tous de la même manière.

Menée par trois politologues, Jérémy Dodeigne, Min Reuchamps et Dave Sinardet, cette étude se fonde sur une enquête menée auprès de tous les parlementaires des diverses assemblées du pays, durant l’été 2011, soit peu avant l’accord à huit partis sur la nouvelle réforme de l’Etat. Elle visait précisément à prendre le pouls des élus sur leur perception de l’avenir du fédéralisme en Belgique. Pas plus d’un élu sur deux n’a répondu; les auteurs n’en trouvent pas moins le taux satisfaisant, moyennant les précautions qu’il impose dans l’analyse. L’étude a été publiée fin mai en néerlandais dans la revue "Samenleving en politiek". En français, elle vient de paraître dans le dernier numéro de "La Revue Nouvelle" (*), sous le titre "Un débat cadenassé".

Cadenassé ? C’est que, indique le sociologue Donat Carlier en l’introduisant, "ce qui est frappant, c’est non seulement de voir que les positions des parlementaires semblent plus diverses et évolutives que celles de leur parti", mais, par là, "combien ces positions sont cadenassées par la particratie"…

Le questionnaire soumis aux élus comportait 26 questions autour de quatre thématiques : l’architecture de l’Etat belge, l’identification identitaire des élus, les raisons justifiant la nouvelle réforme, l’état de nos relations intercommunautaires.

On en lira par ailleurs trois résultats. Les politologues ne doutent pas des leçons générales à en tirer. "Le clivage Nord-Sud est beaucoup plus nuancé que dans les représentations médiatiques, explique Dave Sinardet à "La Revue Nouvelle". Dans les positionnements concrets des négociations, les différences entre partis sont assez importantes, de même que les différences internes aux partis". Min Reuchamps renchérit : "L’image constamment véhiculée de deux blocs homogènes qui s’opposent n’est pas correcte". Ainsi, "un bon nombre de parlementaires flamands sont moins en faveur de plus d’autonomie régionale que certains de leurs collègues francophones". De quoi prolonger : "Les avis des parlementaires divergent parfois assez fortement des textes qu’ils vont finalement voter, négociés par leurs dirigeants de partis".

Le fait est, alors que des textes porteurs de la nouvelle réforme de l’Etat vont emprunter à nouveau les voies du Parlement : si le résultat ne fera pas un pli, les sentiments non-dits des députés et sénateurs au moment de voter pourraient être plus variés, voire mitigés, qu’en apparence !P.P.

(*) www.revuenouvelle.be