La mort du roi Baudouin : le salut du monde au défunt

Evidemment lorsqu’on est la tête d’un pays pendant plus de quatre décennies, on rencontre forcément des dizaines d’autres chefs d’Etat, de manière officielle ou privée.

Christian Laporte
La mort du roi Baudouin : le salut du monde au défunt

Evidemment lorsqu’on est la tête d’un pays pendant plus de quatre décennies, on rencontre forcément des dizaines d’autres chefs d’Etat, de manière officielle ou privée. Et on finit même par leur en imposer lorsqu’on accomplit cette tâche avec droiture et bon sens.

Tel était le roi Baudouin qui de par sa longue présence au sommet de la Belgique avait aussi eu l’occasion d’assister à moult changements royaux ou présidentiels en Europe ou en bien d’autres lieux de la planète.

On ne fut donc pas étonnés d’apprendre qu’à l’avant-veille des funérailles nationales, ces dernières prirent une coloration de plus en plus mondiale ce qui ne fit que renforcer le casse-tête pour les responsables du protocole de l’Intérieur et des Affaires étrangères priés de préparer la régie de l’adieu à notre cinquième souverain…

Un fameux défi attendait aussi les responsables des Voies aériennes chargés de régler le ballet des atterrissages et des envols de toutes ces très hautes personnalités. Et enfin, c’était aussi un casse-tête pour les services de sécurité belges que de devoir protéger autant de hauts responsables.

Rassemblement de monarques

Parmi les incontournables qui avaient annoncé leur venue, il y aurait, cela allait sans dire, l’empereur Akihito et l’impératrice Michiko du Japon, de véritables proches du couple royal qui devaient du reste revenir exactement un mois plus tard en Belgique à l’occasion d’une visite d’État prévue de longue date.

Ensuite, allaient se retrouver autour de leur doyen tous les monarques européens : de Juan Carlos à Harald de Norvège et Margreth du Danemark et Carl Gustaf XVI de Suède en passant par Beatrix des Pays-Bas mais aussi par Elisabeth d’Angleterre qui ne se déplaçait pratiquement jamais en de telles circonstances. Mais il est vrai qu’elle était finalement la cadette de Baudouin qui l’avait précédée sur le trône de quelques mois.

L’Europe, celle de l’Union mais aussi la Grande Europe à peine débarrassée de sa lourde chape communiste était aussi venue en grand nombre. Et avec ses "gros calibres" puisqu’on verrait s’y côtoyer entre autres les présidents tchèque et polonais, Vaclav Havel et Lech Walesa.

La Russie n’avait délégué que son vice-Premier ministre Lobov qui passa de ce fait un peu inaperçu entre, aussi, les principaux dirigeants de la Communauté européenne dont le président de la Commission, Jacques Delors.

Dans les tout premiers rangs de la cathédrale, on réserverait une bonne place à François Mitterrand, très monarchique président français mais qui avait lui aussi noué des liens particuliers avec le roi défunt.

Plus étonnante serait la présence côte à côte des plus hauts responsables des pays de l’ex-Yougoslavie qui venaient à peine de sortir de la guerre.

Tous ? Non, le président serbe, Slobodan Milosevic n’avait pas reçu de notification de la mort du roi Baudouin. Une manière très diplomatique de lui dire que sa présence à Bruxelles n’était pas vraiment souhaitée.

Ce ne fut pas le seul président écarté. Le Zaïre qui n’était pas encore redevenu le Congo fut lui aussi ignoré et le président Mobutu qui fit le forcing pour tenter de se faire quand même inviter et de se refaire une virginité plus politiquement correcte après les événements tragiques de 1990 fut tout bonnement boycotté par les autorités belges. Par contre, dans les rangs des concélébrants put notamment prendre place l’archevêque de Kisangani, Mgr Laurent Monsengwo qui représentait en quelque sorte aussi les dirigeants zaïrois en sa qualité de président du Haut Conseil de la République.

Reste à dire un mot des Etats-Unis… Dans un premier temps, Bill Clinton n’avait envoyé que l’ancien vice-président Walter Mondale ce qui fut vivement déploré dans les milieux diplomatiques belges. C’est finalement l’ancien président Gérald Ford qui participerait aux funérailles.

Parmi les invités arrivés en dernière minute, il y eut par exemple le président égyptien Hosni Moubarak. Sa venue n’avait pas été confirmée officiellement car on craignait - déjà - pour sa sécurité.


Suite de la série demain dans votre Libre Belgique avec les funérailles du roi Baudouin