Mensonges professionnels…

40% des cadres mentiraient sur leur curriculum…

Van de Woestyne Francis
Pinocchio 02. Reporters / DPA
Pinocchio 02. Reporters / DPA ©Reporters / DPA

Parmi les dossiers que le gouvernement fédéral doit encore gérer avant la fin de la législature, figurent nominations des "top managers" dans toute une série d’institutions publiques (SNCB, Loterie nationale, Infrabel, etc.). Un comité ministériel restreint doit procéder aux derniers arbitrages à la fin du mois d’août. Pour l’aider à dénicher les perles rares, le gouvernement a confié la traque aux cerveaux à l’un des chasseurs de tête les plus connus, la société Egon Zehnder. Pour la SNCB, le chasseur a, selon certaines sources, particulièrement bien classé Ellen Joncheere (41 ans). Mais voilà, il apparaît que dans les documents confidentiels transmis par Egon Zehnder au gouvernement, il y a une faille : il est précisé que Mme Joncheere a obtenu un "master" en communication de la VUB. Or, d’après les recherches effectuées par "De Morgen" et les témoignages des responsables de l’université bruxelloise, il n’en est rien : elle aurait seulement suivi une formation de type court en trois ans…

Embarrassant

L’intéressée tombe des nues et affirme que l’erreur n’est pas sienne mais a été commise par le bureau de chasseurs de tête. En l’absence de la direction, en vacances, Egon Zehnder ne souhaite pas réagir. Mais le chasseur de tête a tout de même demandé de suspendre temporairement la procédure de nomination à la SNCB.

L’affaire est embarrassante. Pour le chasseur de tête, tout d’abord. Ce n’est pas la première fois que le bureau transmet des informations incomplètes ou erronées. C’est cette société qui avait proposé la nomination d’Alfred Bouckaert au poste de président de Belfius. Or, il est apparu que le nom du banquier était cité dans un dossier de fraude concernant l’ex-Crédit Lyonnais. Il a été contraint à la démission. L’affaire est également embarrassante pour la candidate. Car, selon nos confrères du "Morgen", Ellen Joncheere aurait été particulièrement "créatrice" dans la rédaction de son CV, arguant de responsabilités qu’elle n’a pas réellement exercées chez SPE (aujourd’hui EDF Luminus). L’affaire est embarrassante pour le gouvernement. Car c’est précisément pour objectiver ces grandes nominations qu’un bureau de chasseur de têtes a été recruté. Une manière d’éviter le soupçon de nominations politiques qui entache parfois ces opérations. "Et si Egon Zehnder a commis d’éventuelles légèretés dans la transmission de données concernant les nominations à la SNCB, que valent les dossiers concernant les autres institutions" , interroge un ministre.

Comment vérifier ?

Est-ce donc si fréquent de mentir sur ses compétences, sur son salaire, sur son âge, sur ses références ? Selon une étude, dont les résultats ont été publiés par la "Harvard Business Review", pas moins de 40 % des cadres mentiraient régulièrement dans leur curriculum vitæ. Et 58 % des entreprises ne prendraient pas la peine de vérifier les diplômes dont se parent les candidats à de hautes fonctions.

Mais comment déceler les mensonges ? Parfois, les CV sont tellement bien fournis, tellement impressionnants, qu’on ne prend pas la peine de vérifier. C’est pourquoi certaines sociétés comme Talentsquare ont mis au point des systèmes très perfectionnés permettant de réaliser les contrôles avant de transmettre les candidatures aux entreprises. Les personnes intéressées doivent créer des profils (diplômes, expériences professionnelles, références). Les candidatures sont envoyées avec un indice de véracité qui aide les entreprises à établir les "short lists" avant les entretiens. Timoté Geimer, Product & Digital Strategist chez Talentsquare raconte : "Un homme se prévalait d’une expérience professionnelle enrichissante. Mais il n’était resté que huit mois dans une société. Renseignement pris, la personne avait été écartée. Motif : harcèlement sexuel…"

La plupart du temps, si les candidats mentent, c’est sur leurs diplômes, leurs expériences professionnelles ou sur leur salaire. Pour obtenir des avantages importants, ils ont aussi souvent tendance à gonfler ceux offerts par leur dernier employeur ! Certains se reconnaîtront peut-être…V.d.W.