Sécurité à Bruxelles: Milquet conteste les statistiques présentées par Destexhe

Alain Destexhe a une nouvelle fois plaidé pour un renforcement de l'arsenal répressif à l'égard de la criminalité. D'après le député MR, "les autorités publiques et la police essayent de noyer le poisson". Cette sortie a fait bondir la ministre de l'Intérieur Joëlle Milquet qui conteste les chiffres.

Jonas Legge (avec Belga)
Sécurité à Bruxelles: Milquet conteste les statistiques présentées par Destexhe
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Ce vendredi, lors d'une conférence de presse intitulée  Bruxelles "orange mécanique" ?,  Alain Destexhe a une nouvelle fois plaidé pour un renforcement de l'arsenal répressif à l'égard de la criminalité. Selon le député MR, celle-ci est en hausse à Bruxelles au cours de la dernière décennie. D'après le libéral, alors que les délits étaient déjà proportionnellement plus nombreux en Belgique qu'aux Etats-Unis au début de la dernière décennie, les statistiques policières révèlent une forte hausse de la criminalité violente, tant en chiffres bruts que par 100.000 habitants entre 2000 et 2011.

A Bruxelles, on a ainsi observé, affirme-t-il, une augmentation de 16,2% d'infractions contre l'intégrité physique, de 19,2% de coups et blessures, de 10,1% de meurtres et d'assassinats, de 158,9% de bagarres au couteau. Autre chiffre avancé par le député député bruxellois et de la fédération Wallonie-Bruxelles: en 2011, on a recensé 453 viols sur base des plaintes introduites.

D'après lui, "les autorités publiques et la police essayent de noyer le poisson" quant aux réalités des crimes et délits commis dans la capitale, et ce "en mettant en avant les quelques rares bonnes nouvelles". "La ministre de l'Intérieur (NdlR: Joëlle Milquet), notamment, évite soigneusement de parler des mauvaises nouvelles, dont les viols", a ajouté Alain Destexhe. 

Echec de la puissance publique

S'appuyant sur les données statistiques, M. Destexhe a toutefois reconnu la limite de l'exercice car dans d'autres domaines, le nombre d'infractions diminue sensiblement parce que, d'après lui, on renonce à poursuivre, par exemple en matière d'usage de drogues où l'on a enregistré une baisse de 93,2% des infractions.

Durant la dernière décennie, les effectifs policiers ont pourtant augmenté, a-t-il ajouté, estimant que les chiffres en matière de criminalité violente illustrent l'échec de la puissance publique dans sa mission d'assurer la sécurité des citoyens.

Fort de son constat, le député libéral plaide dès lors pour l'application de la tolérance "zéro" dans les zones plus sensible, pour l'instauration d'un tribunal des flagrants délits, comme en France, où les chiffres de la criminalité ne sont pas brillants non plus, a-t-il concédé, et pour l'exécution plus systématique des peines de prison dans leur pays d'origine pour les ressortissants étrangers.

Autres mesures souhaitées par Alain Destexhe: l'exécution effective des peines de prison de moins de 3 ans, la suppression de la liberté conditionnelle avant la moitié de la peine, une réforme du dispositif à l'égard de la délinquance juvénile, ou encore la fusion des zones de police à Bruxelles.


(A l'issue de cette conférence de presse, Alain Destexhe a abordé un tout autre sujet. Il a annoncé qu'il allait porter plainte contre le MRAX pour calomnie et diffamation. Découvrez tous les détails en cliquant ici. )

Milquet: "Monsieur Destexhe a juste présenté le bilan de la gestion libérale de l'Intérieur. Dommage pour ses collègues"

La ministre de l'Intérieur, Joëlle Milquet (cdH), a contesté vendredi les chiffres de criminalité présentés par Alain Destexhe. Mme Milquet "constate sans surprise que, étrangement, les données statistiques utilisées par Monsieur Destexhe s'échelonnent de 2000 à 2011, sans tenir compte des données de l'année 2012 qui pourtant sont disponibles et ont été présentées à la presse en date du 8 juillet dernier".

Si la criminalité a fortement progressé à Bruxelles entre 2000 et 2011, passant de 165.208 faits reportés à 196.432, "la tendance s'inverse en 2012", avec une baisse à 185.897. Cette baisse de 5,4% est la plus importante de toutes les Régions du pays (-1,6% en Flandre et -4,8% en Wallonie). Elle est en outre plus marquée pour les atteintes à l'intégrité physique (-10% entre 2011 et 2012).

Mme Milquet y voit la preuve du succès des mesures qu'elle a prises, notamment "une augmentation inédite de recrutement" de policiers. "Monsieur Destexhe a juste présenté le bilan de la gestion libérale de l'Intérieur. Dommage pour ses collègues", conclut-elle.


"On renvoie, on enferme, on fouette, on castre ?"

Suite à la sortie d'Alain Destexhe, Evelyne Huytebroeck, ministre Ecolo du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, a régi sur Facebook. 

"Destexhe fait encore fort, et entre autre demande de "réforme du dispositif à l'égard de la délinquance juvénile". Mais au fait il veut dire quoi? Changer quoi? Pour qui? On renvoie, on enferme, on fouette, on castre? Encore de la musculation sur base de chiffres qui semblent inexacts, d'une totale méconnaissance des situations et des différents rapports. Il s'en fout, on parle de lui. La sagesse voudrait que je ne réagisse pas mais en tant que Ministre de la Jeunesse je ne peux me taire. Oui, M. Destexhe nous venons de produire un rapport exact sur le secteur de l'aide à la jeunesse, ça peut servir. Quand donc le MR et ses autorités mettront-ils un frein à la course électoraliste d'un des leurs ? Le silence de certains libéraux démocrates et bien plus nuancés est assourdissant."

Gosuin: "Une méthodologie plus que discutable"

"Pourquoi avoir comparé les années 2000 et 2011 et pas d'autres année? Parce que les chiffres de 2011 étaient bien plus mauvais que ceux de l'année précédente et surtout que ceux de 2012, au cours de laquelle on a observé une amélioration sensible de la situation", a fait observer Didier Gosuin, député-bourgmestre FDF d'Auderghem.

Se refusant toutefois à dire que "tout est merveilleux", celui-ci a par ailleurs observé que M. Destexhe écartait de ses données chiffrées, la présence quotidienne de milliers de touristes et de centaines de milliers de navetteurs dans la capitale.

"Cela relève une nouvelle fois d'une stratégie libérale consistant à être au pouvoir à tout prix et à cracher en même temps dans sa propre soupe, d'autant que sur la période concernée, le département concerné (le ministère de l'Intérieur, ndlr) était géré par les libéraux", a ajouté le chef de file des FDF.

Didier Gosuin enfin jugé la démarche d'Alain Destexhe "très dénigrante" pour les gens qui gèrent au quotidien la sécurité sur le terrain à Bruxelles.