Quentin Dickinson: "On ne me refera pas le coup de l’apocalypse"

Pour sa série de la rentrée, La Libre Belgique a rencontré quatre grands témoins sur le thème de ce qui devrait évoluer dans notre pays. Ce mercredi, l'avis de Quentin Dickinson, correspondant de Radio France en Belgique.

Quentin Dickinson: "On ne me refera pas le coup de l’apocalypse"
©Christophe Bortels
G.T.

Quelle serait votre définition de la Belgique ?

Si j’en crois les autocollants qui fleurissaient naguère sur la lunette arrière de nombreux automobilistes belges, “La Belgique est un pays de cocagne et doit le rester”. Cela résume assez bien ce pays : qualité de vie élevée, goût de l’autodérision. Souvent, les Belges se lamentent qu’ils sont les citoyens d’un État artificiel; cela m’est toujours apparu injuste, dans la mesure où les pays d’une bonne partie de l’Europe centrale et orientale, de la moitié de l’Asie, et de la totalité de l’Afrique sont alors bien plus artificiels que le serait la Belgique.

Quelles sont les choses qui doivent changer dans notre pays dans les années qui viennent ?

Il serait souhaitable que la Belgique trouve un point d’équilibre politique un tant soit peu durable. Il s’agit d’enrayer cette hallucinante fuite en avant institutionnelle, dont Jean-Luc Dehaene pouvait dire que “chaque réforme de l’État est enceinte de la suivante”. Cela dessert les intérêts des finances publiques autant que ceux de l’économie réelle, sans pour autant que la classe politique – toutes tendances, communautés, et régions confondues – retrouve par ce fonds de commerce élimé la confiance ou simplement la considération des citoyens-électeurs obligés.

Quelle est la réforme prioritaire et urgente dont la Belgique a besoin ?

Le chantier de la simplification administrative et celui du système scolaire me paraissent les deux priorités de la décennie.

De nombreux commentateurs pensent que 2014, avec les élections fédérales  et régionales, sera une année décisive pour l’avenir de la Belgique.  Est-ce votre sentiment ?

Moi-même commentateur, je constate que depuis que je suis l’actualité belge, on a dû m’assurer au moins quinze fois et de source autorisée que l’apocalypse était pour demain et que la Belgique allait exploser, imploser, s’émietter, bref, être rayée de la carte du monde. La première fois, je l’ai cru; après, non. En fait, qui aujourd’hui se souvient avec angoisse de la question royale, de la guerre scolaire, de la scission de l’UCL, des Fourons, de BHV ? Alors, 2014 sera une année de consultations électorales, dont la classe politique digérera une fois de plus et dans la douleur les inévitables contradictions. Et on ne me refera pas le coup de l’apocalypse.

Le Belge est-il conservateur ou progressiste ?

Lesté par sa proverbiale brique-dans-le-ventre, le Belge est aussi inévitablement conservateur que son voisin luxembourgeois pour ce qui est de son environnement immédiat. En revanche, parfaitement informé du monde extérieur, il prend sur lui une partie des malheurs de la planète et sait se montrer ouvert, curieux, généreux, et solidaire.


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