Vervoort: "Je ne veux plus que Bruxelles soit hors du coup"

Rudi Vervoort, ministre-Président PS de la Région bruxelloise, souhaite que la capitale prenne plus son enseignement en main. Il souhaite que le Pouvoir Organisateur de la Fédération Wallonie-Bruxelles soit régionalisé après les élections.

Mathieu Colleyn
Rudi Vervoort - PS
Rudi Vervoort - PS ©Christophe Bortels

Rudi Vervoort sonne la rentrée du gouvernement bruxellois. Au-delà des chantiers qu’il lui reste à mener jusqu’en mai 2014, le ministre-Président socialiste dessine une partie des enjeux qui animeront le débat électoral qui s’annonce. Notamment en matière d’enseignement.

La ministre de l’Enseignement obligatoire propose des aménagements pour le décret Inscription, l’échevine socialiste de l’Instruction publique à la Ville de Bruxelles a estimé cette semaine sur Télé-Bruxelles que le décret crée des ghettos de riches et de pauvres. Qu’en pensez-vous ? 

Effectivement, il faut recadrer l’impact du décret, son champ d’action sur Bruxelles et un peu dans le Brabant wallon. Aujourd’hui, ce qui pollue le débat, c’est le manque de places. Le décret est devenu le baromètre du manque de places. C’est le problème majeur. Mais si on supprime le décret, il y aura toujours des élèves sans école. La différence est que ce ne seront pas les mêmes. Quand le décret a été voté, on a dit qu’il serait évalué… il doit donc l’être. 

Concrètement, que faudrait-il faire ? 

S’il y avait des places en suffisance, le problème ne se poserait pas de la même manière. 

Dire cela, n’est-ce pas masquer les disparités de niveaux entre les écoles ? 

Le manque de places et le choix des écoles sont deux problèmes distincts. Mais supprimer le décret comme le veut le MR, c’est revenir à la situation antérieure. Était-elle plus juste ? Non. Assurait-elle une meilleure mixité ? Certainement pas. Le système était opaque. Pour mon fils, il y avait de la place mais pas pour le fils d’un autre… C’est ça la réalité. 

Oui, mais l’effet ghetto du décret, il est là, oui ou non ? 

Je vois un autre effet : aujourd’hui, il y a une série de communes qui restent très attentistes pour créer de nouvelles écoles et des nouvelles places. Quant au décret, je suis très intéressé de savoir ce que donnera cette évaluation pour voir s’il a contribué à la mixité. Je ne peux pas répondre à cette question pour le moment. Mais contrairement au MR, je pense que la mixité reste un objectif majeur pour Bruxelles. Si on ne le poursuit pas, quitte à revoir le décret Inscription, on va accentuer la dualisation de la ville. A ce stade, ce que je veux dire, c’est qu’on ne peut plus prendre des mesures scolaires sans tenir compte des spécificités bruxelloises. Ce temps-là est terminé. Je veux pousser la logique de la Fédération Wallonie-Bruxelles jusqu’au bout : deux Régions qui discutent d’égal à égal sur ce qu’elles veulent faire ensemble mais aussi sur le développement de priorités spécifiques liées à ce qu’elles vivent géographiquement. Je ne veux plus que Bruxelles soit en dehors du coup lors de discussions qui la concernent comme ce fut le cas en 2009. 

Que demandez-vous à Marie-Martine Schyns, la nouvelle ministre CDH de l’Enseignement obligatoire ? 

Pas grand-chose. Elle arrive dans des circonstances particulières… et elle reste très prudente pour l’instant. Mais Bruxelles mérite mieux qu’un débat de réseaux ou communautaire. La rentrée est faite, on va vers la campagne électorale et je dis simplement qu’on ne pourra plus négocier la déclaration de politique communautaire comme avant. Bruxelles a des choses à revendiquer. 

Quoi concrètement ?

Pour l’instant je me concentre sur le présent. Dans le dernier gouvernement conjoint, on a étendu le mécanisme sur les pavillons préfabriqués aux écoles secondaires, car si on reste dans des constructions en dur, avec les procédures de marché public, on n’y arrivera pas… J’ai signé un courrier aux 19 bourgmestres en leur demandant de créer des places. La Région n’est pas compétente mais nous devons agir. Je ne comprendrais pas qu’une commune ne joue pas le jeu. On a mis en œuvre une task force Région-Fédération qui doit impliquer la Communauté flamande. On doit aborder ces questions de manière globale, tous réseaux et tous régimes linguistiques confondus. 

Vous aviez annoncé une volonté d’en revenir à l’enseignement bilingue. Où en êtes-vous ? 

Le bilinguisme est un impératif absolu en matière de développement de l’emploi. On ne va pas demander au fédéral de s’en occuper donc il faudra passer par un accord de coopération avec les deux autres entités. Le ministre flamand Pascal Smet est demandeur ; j’inviterai Mme Schyns afin de favoriser les échanges entre écoles tous réseaux et régimes linguistiques confondus. 

En clair, il s’agit de généraliser le système de l’immersion ? 

Oui. Mais ce ne sera pas extensible pour tout le monde. Il est anormal que ce soit à Bruxelles que le système fonctionne le moins bien : ce ne sont pas les écoles défavorisées qui mettent en place l’immersion. Il faut donner l’opportunité à d’autres écoles de rentrer dans le système. 

Quid de l’avenir du pouvoir organisateur de la Fédération dans votre esprit ? 

C’est l’autre aspect. Je suis demandeur qu’on avance concrètement sur une régionalisation du PO de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Les pistes ne sont pas exclusives, cela peut être un transfert vers les PO communaux ou vers la Cocof. A voir. Nous avons entamé une réflexion. Ce serait une bonne chose que la Fédération ne soit plus à la fois pouvoir normatif et pouvoir organisateur. 

Cela doit avancer avant les élections ? 

Je veux que ce projet soit suffisamment mûr pour faire l’objet d’une vraie négociation après les élections. Je pense qu’il faut organiser une réunion de l’ensemble des acteurs de l’enseignement bruxellois : le libre, l’officiel, flamand, francophone, qu’on commence à se parler et à se projeter dans l’avenir. L’enseignement fait partie du sentiment d’appartenance bruxellois. 

En parlant d’appartenance, votre homologue et camarade wallon Rudy Demotte est venu avec la notion de nationalisme cet été. Une maladresse ? 

Je me suis déjà exprimé sur cette question in tempore non suspecto. J’avais appelé au patriotisme bruxellois, Marcourt est sur ma ligne. Il y a un débat sémantique mais pour nous, on doit être fiers d’être bruxellois. Quand on aura ce sentiment-là on pourra aller vers les autres… si on part comme des nuls on n’y arrivera jamais. Ma conception s’oppose au nationalisme mais je crois que dans le fond, Rudy Demotte est d’accord avec moi. 



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