Chauffeur de bus aux projets machiavéliques

Romain Schreul est accusé de deux assassinats et de cinq projets. Un incident de procédure vient toutefois de retarder le procès.

Jacques Laruelle
Chauffeur de bus aux projets machiavéliques
©Belga

C’était, à première vue, un homme sans histoires. Chauffeur de bus au TEC, en invalidité après un accident de la route, Romain Schreul a pourtant échafaudé des projets machiavéliques.

Cet homme de 50 ans, habitant dans un quartier tranquille de Lontzen, comparaît, à partir de ce lundi, devant les assises de Liège.

On lui reproche les assassinats de son épouse et d’une tante. Mais ce n’est pas tout, il devra aussi s’expliquer sur cinq projets d’assassinat, dont quatre dans lesquels sa mère - qui se retrouvera avec lui dans le box des accusés - a servi d’intermédiaire.

Tout commence le 8 septembre 2007. Romain Schreul prévient les secours. Il signale que sa jeune épouse en secondes noces, Kanchana Raemkhonburi, est morte dans son sommeil.

Le médecin ne décèle aucune cause qui pourrait expliquer le décès de cette femme d’origine thaïlandaise âgée de 27 ans.

Romain Schreul prétend qu’elle avait attrapé une maladie lors de récentes vacances communes en Egypte.

Le parquet d’Eupen n’en met pas moins le dossier à l’instruction. Un médecin légiste est désigné. Les analyses révèlent la présence de somnifères à fortes doses dans le sang.

La thèse du suicide est écartée, notamment en raison du fait que ces médicaments, que la victime ne prenait jamais, n’ont pas été retrouvés dans la maison.

La thèse de l’empoisonnement est au contraire retenue. Dix-sept jours après la mort de sa femme, Romain qui, au cours de ses interrogatoires, s’est contredit à plusieurs reprises, est placé sous mandat d’arrêt.

Il existe d’autres éléments troublants. La veille de sa mort, Kanchana avait clôturé ses comptes bancaires, apposant sa signature sur des documents en langue française qu’elle ne maîtrisait pas bien. Une assurance-vie avait été prise à son nom.

Des commissions rogatoires sont menées en Thaïlande. Des témoignages y sont recueillis. Ils laissent entendre que la seconde épouse envisageait une séparation.

Les enquêteurs grattent. Ils ne sont pas au bout de leurs surprises. Ils remontent jusqu’au décès suspect de la tante de Romain, Béatrice Malmendier.

Ils sont persuadés que cette femme de 64 ans, qui habitait La Calamine, a été empoisonnée, le 25 mars 2006, avec un cocktail de médicaments.

La médecine légale n’est toutefois ici d’aucun secours : le cadavre de la victime a été incinéré.

Le médecin de famille de cette sexagénaire est interrogé. Il confie qu’à l’époque, il pensait qu’il s’agissait d’un empoisonnement mais qu’il n’a rien entrepris pour ne mettre personne en difficulté.

Romain Schreul semblait craindre que son héritage soit entamé car sa tante avait une nouvelle relation amoureuse. La sexagénaire, retrouvée morte dans sa baignoire, avait laissé une lettre d’adieu. Elle avait été rédigée sur l’ordinateur de Romain Schreul.

Mais ce n’est pas tout : l’enquête a permis de déterminer que Romain aurait également voulu se débarrasser de sa première épouse, avec qui il a eu trois enfants.

Pas question d’empoisonnement, toutefois. C’eût été difficile, car ils ne vivaient pas ensemble.

Rebondissement

Pour le coup, Romain Schreul aurait payé un tueur à gages - on parle de 25 000 euros - pour la tuer. Mais cet homme n’a pas exécuté le contrat et a gardé l’argent pour lui.

Le projet d’assassinat aurait été motivé par des demandes d’augmentation de la pension alimentaire.

Romain Schreul a été renvoyé devant les assises de Liège. Le procès était planifié pour le mois de mars 2012. Il aurait été seul sur le banc des accusés car il n’y a pas eu de début d’exécution dans le chef du tueur à gages qu’il avait engagé et qui est en aveux.

Toutefois, en novembre 2011, les enquêteurs ont appris que l’accusé avait chargé quelqu’un de tuer quatre personnes qui devaient venir témoigner au procès, dont son son beau-père, autrement dit le compagnon de sa mère, veuve depuis une vingtaine d’années.

Un autre de ces témoins gênants était une ex-maîtresse qui lui avait donné les somnifères ayant servi à tuer son épouse.

Le complot a pu être déjoué grâce à un compagnon de cellule de Romain Schreul à la prison de Verviers. Schreul insistait pour qu’il lui renseigne un homme qui pourrait servir de tueur à gages.

De guerre lasse, espérant ainsi ne plus être harcelé, il lui avait donné un nom avant de comprendre que Romain Schreul… ne rigolait pas. Il avait alors prévenu la direction de la prison.

Des écoutes téléphoniques ont permis de confirmer que Romain Schreul donnait des directives précises à une intermédiaire. C’était… sa mère, Marie-Hélène Malmendier, aujourd’hui âgée de 75 ans.

Des filatures ont permis d’établir que la septuagénaire faisait bien ce que son fils lui disait de faire. Elle avait notamment caché une arme dans la maison de l’accusé.

Le projet était alambiqué. Les quatre témoins gênants auraient été obligés de rédiger, sous la menace, des documents s’accusant des assassinats reprochés à Romain Schreul.

Ils devaient ensuite être exécutés. Leur mort aurait été maquillée en suicide.

Le procès qui commence, ce lundi, à Liège, devrait durer quatre semaines. Ce ne sera pas de trop pour démêler un écheveau plutôt inextricable.

Un procès retardé dès son ouverture

Le procès de Romain Schreul et de Marie-Hélène Malmendier a débuté par un premier incident de procédure soulevé par la défense de Romain Schreul. Me De Quévy a déposé des conclusions en faveur de son client auxquelles la cour est obligée de répondre avant de poursuivre le procès. Les débats devraient reprendre en cours de matinée. 

La défense de Romain Schreul a souhaité prendre la parole avant même la lecture des trois actes d'accusation de l'avocat général Pascale Schils. Selon Me Didier De Quévy, Romain Schreul conteste toutes les accusations qui sont mises à sa charge. L'avocat a lu et déposé des conclusions dans lesquelles il développe plusieurs points qui font référence à la Convention européenne des Droits de l'homme.

Me De Quévy a évoqué le dépassement du délai raisonnable et a souligné que son client, dont l'état de santé serait fragilisé, est amené à répondre des faits six ans après leur déroulement. Il a souligné que son client a endossé une détention préventive excessive, que certains devoirs d'enquête ont été anormalement longs et que les droits de la défense ont été violés.

La défense de Romain Schreul a par ailleurs relevé que son client n'a pas été assisté d'un avocat lors de ses premières déclarations durant l'enquête, contrairement aux prescriptions qui découlent de l'arrêt Salduz devant la Cour européenne des Droits de l'Homme. Me De Quévy a par ailleurs contesté certaines méthodes particulières de recherches qui auraient été opérées illégalement durant l'enquête.

Dans ses conclusions, la défense a demandé à la cour d'écarter toutes les pièces concernées par ce que la défense considère comme un vice de procédure. Le ministère public a répondu à ces conclusions et a estimé que les différents griefs formulés par la défense ne sont pas fondés.

Les débats devraient reprendre en cours de matinée.


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