Milquet: "Une ambition collective pour Bruxelles"

Joëlle Milquet lance un appel pour préparer les transferts de compétences.

Mathieu Colleyn
Milquet: "Une ambition collective pour Bruxelles"
©REPORTERS

Joëlle Milquet est ministre de l’Intérieur, chef de file bruxelloise pour le CDH et future tête de liste à la Chambre. Pour elle, le climat communautaire "apaisé" et la "maturité politique actuelle" offrent une opportunité rare pour Bruxelles. La capitale doit "se projeter sans complexe dans l’avenir". Elle veut un projet à 10-15 ans. Explications.


Vous souhaitez pour Bruxelles l’équivalent du plan Marshall wallon, en somme ? 

Tout à fait. Il faut préparer cette feuille de route dès maintenant. Pour le CDH, il y a trois objectifs majeurs : faire de Bruxelles un pôle du savoir, une capitale apaisée sur le plan de la sécurité, qui réussit sa diversité, qui est belle, verte, mobile et enfin en faire une ville tournée vers la nouvelle économie. Pour le premier objectif, il faut créer un pôle qui englobe les 19 communes. Soit un Conseil de la Formation et de l’Education où siègent les représentants de l’enseignement supérieur, de l’enseignement obligatoire, les entreprises et les différents niveaux de pouvoir. Bref, tous ceux qui offrent du savoir aux 0-25 ans afin de coordonner et organiser la diversification de l’offre à Bruxelles. 

Il va être difficile de mettre tout ce petit monde d’accord, non ? 

Il faut une vision et des objectifs communs. Il faut mutualiser certains coûts, notamment pour l’enseignement technique et professionnel. Il faut tirer les élèves du secondaire vers l’enseignement supérieur. Si nous ne le faisons pas, on conservera un éclatement du système et nous raterons une ambition collective. Ce pôle encouragera les entreprises à investir dans la formation. 

Quid de vos autres priorités ? 

Nous voulons une métropole de la qualité de vie. Nous avons une opportunité énorme : une politique régionale de sécurité. 

Il faut un ministre régional de l’Intérieur ? 

Non. Les compétences du gouverneur ont été transférées au ministre-Président. Il n’en faut pas plus. Elles permettent de coordonner l’action des six zones de police et celle de la police fédérale. 

Et en matière de mobilité, un péage urbain ? 

Ce n’est pas la meilleure solution pour favoriser les liens entre la Wallonie et Bruxelles mais il est vrai qu’il faut être plus courageux. On doit augmenter et améliorer l’offre de transports en commun, on doit oser un cœur de ville de plus en plus piétonnier. Il faut des parkings de dissuasion, accélérer le RER. 

Avant les élections, le RER ? 

On fait tout pour. 

Faut-il taxer l’usage de la voiture ? 

Une fois qu’on aura une offre suffisamment forte en transports en commun. J’en viens à notre troisième objectif : investir dans les secteurs économiques d’avenir : l’événementiel qui doit être coordonné, l’intelligence digitale - il faut du free wi-fi -, le e-learnig, ou encore les sciences médicales. Bruxelles est la deuxième ville diplomatique du monde, il faut donc retrouver une ambition autour de cet atout. 

Ça fait beaucoup de "il faut". Comment concrétiser tout cela ? 

En réformant la gouvernance. La réforme de l’Etat renforce la Région, mais un des grands problèmes qui a empêché Bruxelles d’avoir son plan Marshall, ce sont ces guéguerres de forteresses : les communes contre la Région, la Région contre le fédéral, le privé contre le public, etc. 

Les partis ont leur responsabilité : le Parlement bruxellois est très municipal. 

En effet. J’en appelle à tous les partis. C’est le moment de dépasser les blocages en établissant, après les élections, cette feuille de route 2020-25 sur laquelle on s’accorde tous. L’idée c’est de créer une sorte de conseil de pilotage politique informel présidé par la Région. On y trouverait les représentants des 19 communes, les deux Communautés, l’Etat fédéral qui réinvestira dans sa capitale, les intercommunales de redéploiement, les représentants du monde économique et les partenaires sociaux. Washington est un exemple : le mode de gouvernance d’une métropole, c’est la convergence et non la fragmentation. On conclurait avec les communes des contrats pour qu’elles exécutent leurs responsabilités par rapport à une stratégie globale. 

Est-ce que vous ne compliquez pas encore le paysage ? 

Non, il s’agit de mettre tout le monde derrière les mêmes objectifs. Il faut mobiliser les budgets communaux pour renforcer une stratégie globale.