La Communauté française a-t-elle encore un avenir?

Ce vendredi, la Communauté française – ou la Fédération Wallonie-Bruxelles comme l’appellent les partis francophones – est en fête. Depuis plus de 10 ans, son image pâlit cependant au profit des Régions, qui prennent de plus en plus de poids au fil des réformes institutionnelles.

Vincent Rocour
La Communauté française a-t-elle encore un avenir?
©Mélanie Wenger

Comme chaque année, depuis 1975, les écoliers et les fonctionnaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles pourront rester à la maison ce 27 septembre, jour de fête pour la Communauté française – la seule appellation connue de la Constitution belge. Et comme chaque année, les hommes politiques de la Fédération Wallonie-Bruxelles se presseront à la traditionnelle réception à l’hôtel de ville de Bruxelles pour entendre des discours souvent assez convenus.

Encore qu’il se passe parfois des choses. En 1992, le ministre-Président de l’époque, Bernard Anselme (PS), lançait un vibrant : “La Communauté française est dépassée dans les faits.” Les libéraux, dans l’opposition à l’époque, avaient hurlé au loup. Ils accusaient le PS, et ses alliés du moment, le PSC et Ecolo, de vouloir dépecer la Communauté française au profit des Régions.

En 2001, c’est le discours du président du Parlement francophone qui marquait les esprits. Le libéral Jean-Marie Severin a, en effet, prôné à l’occasion de la fête du 27 septembre une fusion de la Communauté française et de la Région wallonne. Il a payé son audace : il a été dégommé sur-le-champ. Cela a aussi, sans doute, marqué la fin de l’option communautaire qui était pourtant la préférée de la plupart des partis francophones et contre laquelle le PS s’est longtemps battu seul. Depuis lors, en tout cas, l’optique régionale n’a cessé de se renforcer. “Interrogez les parlementaires en off. Ils vous diront presque tous que le fait régional prédomine désormais pour eux” , constate un élu wallon.

Mais qu’est-ce qui a bien pu changer ? La logique politique d’abord. “Les matières régionales sont plus visibles pour les gens , explique un “spin doctor” . Elles renvoient à des enjeux plus locaux, de terrain. Les élus préfèrent s’y frotter que les matières communautaires.” Il y a surtout une réalité institutionnelle. “Si nous nous sommes moins attachés au modèle communautaire , explique un libéral, c’est parce qu’il fallait asseoir Bruxelles comme Région à part entière.”

Accord de la Sainte-Emilie

Une nouvelle étape dans cette évolution a été franchie, la semaine dernière, avec l’accord de la “Sainte-Emilie”. Cet accord, scellé entre présidents des partis francophones, organise l’exercice des compétences transférées dans le cadre de la 6e réforme de l’Etat. Ces compétences – allocations familiales, aide aux personnes âgées, maisons de repos – sont des matières personnalisables, donc a priori destinées aux Communautés. Et pourtant, les présidents francophones souhaitent leur donner une assise régionale. Ils proposent qu’elles soient gérées par un organisme wallon en Wallonie et par un organisme bruxellois à Bruxelles. Régionalisation pure et dure ? Pas tout à fait. Une structure de coordination devrait être mise en place dans le but de rendre les politiques des deux Régions en ces matières les plus proches possibles. Mais cette structure sera très souple. Elle ne disposa ni d’une administration ni de locaux propres. Et se réunira, selon les besoins, à l’instar du Comité de concertation entre Fédéral et entités fédérées. Elle sera, en fait, ce qu’en feront les acteurs régionaux. “On testera la volonté de chacun, expose un député wallon. Je serai curieux. Les sondages montrent que peu de Bruxellois sont concernés par un destin commun avec la Wallonie.” Certains sont même sceptiques : “Cette coordination ne fonctionnera jamais” , expose un Bruxellois.

Or, ce modèle, qui assure la primauté des Régions, pourrait préfigurer une recomposition plus large des compétences dans l’espace francophone. “Ce qui est possible pour les allocations familiales , explique un député wallon, doit être possible pour d’autres matières. Y compris pour l’enseignement.” Et si toutes les compétences actuellement aux mains de la Communauté française devaient suivre le même chemin que les allocations familiales ou l’aide aux personnes, c’en serait fini de l’institution.

Scénario inéluctable ? Trop tôt pour le dire. Car de nombreux mandataires francophones continuent à penser que la Communauté française reste le meilleur garant de la solidarité entre Wallonie et Bruxelles. Et que cette solidarité est indispensable, notamment pour assurer la viabilité de l’Enseignement. Mais l’évolution, depuis dix ans, a plutôt suivi une ligne régionale…


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