"Les économies imposées aux écoles feront mal"

L’Enseignement n’a pas échappé à l’effort budgétaire annoncé cette semaine par la Région wallonne et la Fédération Wallonie-Bruxelles. Les 18 millions d'économies annoncées "feront mal" selon les syndicats.

Stéphanie Bocart
"Les économies imposées aux écoles feront mal"
©BELGA

Ca y est ! Les budgets 2014 de la Région wallonne et de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) ont été bouclés jeudi. Comme annoncé dans notre édition de vendredi, l’Enseignement n’a pas échappé à l’effort budgétaire : le versement de la dernière tranche prévu par les accords de la Saint-Boniface pour le réseau subventionné (libre, communal et provincial) est gelé tandis que les écoles (secondaires) du réseau de la Communauté française verront leurs dotations rognées de 18 millions. Les économies seront réparties en trois temps : 6 millions en 2014, 12 millions en 2015 et 18 millions à partir de 2016.

"Le ministre-Président Demotte (PS) a qualifié l’enseignement de ‘sanctuaire’ à l’occasion de la rentrée scolaire, rappelle Eugène Ernst, président de la CSC-Enseignement, mais on doit bien constater que ce sanctuaire n’en est pas vraiment un. Ce sont 18 millions qui feront mal".

Pour Pascal Chardome, président de la CGSP-Enseignement, "le gouvernement ne tient pas beaucoup ses engagements". "Les accords de la Saint-Boniface sont un tour de passe-passe budgétaire, fustige-t-il. Comme la Communauté française ne parvient plus à augmenter le subventionnement de l’enseignement subventionné, elle diminue donc ceux de l’enseignement organisé par la Communauté française. C’est ce qui nous fâche : le gouvernement fait des économies dans un seul réseau, et évidemment dans le réseau où le pouvoir organisateur (PO) est le propre gouvernement."

Il reprend : "On pense toujours que le réseau de la Communauté française est le mieux financé, mais c’est faire abstraction du fait que dans l’enseignement subventionné, que ce soit dans le libre ou l’officiel, les PO, qui sont des ASBL, des congrégations religieuses, les communes, les Provinces, injectent évidemment de l’argent dans leurs écoles tandis que dans le réseau de la Communauté française, les écoles ne dépendent que de leurs dotations. Cette mesure d’économie est donc tout à fait inéquitable."

Parallèlement, "d’autres PO dans le réseau subventionné espéraient avoir des subventions qui allaient être adaptées et qui ne le seront pas, souligne Eugène Ernst. Cela risque donc d’avoir un certain nombre d’effets dans les écoles, surtout si sur cette base-là certaines ont pris des engagements financiers." Conséquence ? "Elles chercheront l’argent ailleurs, et cela se ressentira sur le matériel pédagogique et le ‘confort’ dans les écoles."

Le problème se pose également pour les écoles de l’ex-Etat. Certaines se sont constitué des bas de laine - le montant total avoisine les 200 millions d’euros. "Les préfets des écoles organisées par la Communauté française ne thésaurisent pas pour le plaisir, pointe M. Chardome. Ce sont eux, en effet, qui engagent le personnel ouvrier, d’entretien, de cuisine ; paient les factures de mazout, de quoi rénover leur école ; etc. Et donc, je crains un effet pervers, c’est-à-dire que les préfets qui ont bien fait leur boulot ont prévu de mettre un peu d’argent de côté parce que demain, par exemple, l’hiver sera rigoureux et qu’il faudra chauffer plus, et bien, on leur dit : ‘Vous avez mis de l’argent de côté, on vient le récupérer’ parce qu’il y a baisse des frais de fonctionnement." Enfin, le réseau organisé par la Communauté française, surtout à Bruxelles et dans le Hainaut, "est celui qui a le parc de bâtiments le plus vétuste et le plus énergivore, ajoute le président de la CGSP-Enseignement. Ce n’est sûrement pas là qu’il faudrait le moins rénover et le moins chauffer… !"

Bien que la ministre de l’Enseignement obligatoire Marie-Martine Schyns (CDH) ait assuré que ces économies n’auront pas d’impact sur l’emploi des personnels administratif et ouvrier (Papo), les syndicats demeurent inquiets. "Il est évident que la diminution des dotations du réseau organisé par la Communauté française aura des répercussions sur les conditions de travail de ces personnels", prévient le président de la CSC-Enseignement. "Si demain le personnel ouvrier n’a plus de matériel d’entretien ou que les profs travaillent dans des classes mal chauffées et mal entretenues, enchaîne M. Chardome, cela ne peut être accepté. J’ai l’impression qu’on a trouvé une victime expiatoire."

Néanmoins, "reconnaissons que par rapport à d’autres secteurs, l’Enseignement est un peu épargné, nuance M. Ernst… mais à peine."