Lecture/maths: pas de budget pour évaluer les francophones

Wallonie et Bruxelles n’ont pu participer à l’enquête de l’OCDE destinée à évaluer les compétences des adultes, faute de budget.

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© REPORTERS
Laurent Gérard

Vous connaissez certainement Pisa, le Programme international pour le suivi des acquis des élèves. Cette enquête de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) compare les performances en mathématiques, lecture et sciences des élèves âgés de 15 ans dans plusieurs dizaines de pays. La Finlande et la Corée du Sud y obtiennent généralement de beaux résultats. La Flandre aussi. La Communauté française, elle, se retrouve souvent sous la moyenne internationale.

Ce mardi, l’OCDE a présenté les premiers résultats d’une nouvelle enquête, dénommée PIAAC, qui évalue cette fois les compétences des adultes, en lecture et mathématiques. On y apprend que les Japonais de 16 à 65 ans sont les plus performants. La Flandre obtient pour sa part des résultats supérieurs à la moyenne.

Et la Communauté française ? Pas de nouvelle. On ne trouve pas traces des Wallons et des Bruxellois dans cette nouvelle étude, à laquelle ont pourtant participé 24 pays membres ou partenaires de l’OCDE, dont la plupart des pays européens et la totalité de nos voisins, sauf le Luxembourg.

L’enquête PIAAC ne manquait pourtant pas d’intérêt. Car Bruxelles et la Wallonie manquent de données fiables sur le niveau des compétences de la population, sur le taux réel d’analphabétisme,… "Cette étude aurait pu nous fournir des données précieuses pour nourrir des politiques d’alphabétisation, de formation continue ou de mise à l’emploi , explique une universitaire qui connaît bien le dossier. C’est dommage. Si nous avions pu y participer ne fût-ce qu’une seule fois, cela nous aurait permis de faire le point. Mais là, on n’a aucune info."

"Il faut faire des choix"

La Fédération Wallonie-Bruxelles avait pourtant marqué son intérêt pour le projet PIAAC. Un collaborateur de l’Iweps (Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique) a même pris part à des réunions préparatoires avec la Flandre. "Mais la Communauté française et la Région wallonne n’ont pas débloqué de budget. Cela aurait pu mettre en danger la participation à Pisa. On a dû arrêter. Il était pourtant intéressant de pouvoir se comparer à d’autres pays. PIAAC est devenu un outil de référence, qui donne une idée de sa position par rapport à des normes internationales, notamment sur la part des personnes en difficulté en lecture ou en calcul. C’est un thermomètre, qui fournit des scores, mais également des explications aux scores."

Car PIAAC est aussi une étude qualitative, où chaque enquêteur rencontre les personnes à leur domicile, durant une ou plusieurs heures. Ce qui explique son coût élevé. La Flandre a dû réaliser plus de 5 000 enquêtes de terrain et la Communauté française aurait dû en faire autant. Ajoutez à cela la participation aux frais de l’équipe internationale de recherche, et vous arrivez à un coût de près de 700 000 euros . "Notre budget total s’élève à 1 million d’euros, explique l’administrateur général de l’Iweps, Sébastien Brunet. On s’est dit que c’était impossible."

Malgré l’intérêt de l’enquête, et malgré l’insistance d’associations comme Lire et Ecrire, qui réclament des statistiques fiables en matière d’alphabétisation, la Wallonie et Bruxelles n’ont pas pu (voulu) dégager le budget nécessaire. "Ces enquêtes coûtent très cher. Il faut faire des choix" , confirme une source ministérielle. Chez le double ministre-Président Demotte (PS), on précise que c’est bien le prix qui a freiné les francophones, mais sur base d’un avis négatif de l’Iweps quant au rapport coût-bénéfice.

Résultat des courses : alors que Slovaques, Estoniens ou Polonais ont trouvé les fonds nécessaires pour se doter de ces données précieuses, on ne sait pas où en sont les adultes bruxellois et wallons en lecture et maths. M. Brunet annonce cependant que l’Iweps va utiliser les données PIAAC des régions comparables à la Wallonie et développer des outils statistiques alternatifs à moindre coût. C’est déjà ça. Laurent Gérard

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