Une police de la route plus humaine

Fini le simple constat. La police est formée à répondre aux proches des victimes.

Jacques Laruelle
Accident auto-moto bd d' Avroy à Liège
Accident auto-moto bd d' Avroy à Liège ©Bruno Devoghel

Ils ne sont pas toujours appréciés des automobilistes qui circulent sur les grands axes routiers. On retient souvent de ces policiers qu’ils sont là pour verbaliser. Point. Et c’est en effet une des missions de cette police fédérale de la route, qui a pour champ d’action les autoroutes et les routes assimilées. Autant d’axes de circulation où les accidents sont graves.

En 2012, il y a eu 118 tués, 607 blessés graves et 4 933 blessés légers. Et ce sont ces policiers qui constatent. Un travail éprouvant, qui peut peser sur le moral. "J’ai ainsi vu un de mes hommes, un policier d’expérience, assis sur son armoire, abattu. ‘Je ne peux plus supporter le malheur des autres’, m’a-t-il dit. Il était en burn out", conte ainsi le commissaire Francis Van De Kerckhoven, chef du poste de Daussoulx (province de Namur).

Que dire dès lors de la douleur des proches des victimes de la route, bien souvent réveillés en pleine nuit par un policier qui vient annoncer que leur enfant est mort. Qui devront faire leur deuil, un processus complexe où les premiers jours peuvent être capitaux.

"Nous avons beaucoup évolué en la matière. En cinq ans, nous sommes passés d’un constat purement technique à un constat humain", estime le commissaire divisionnaire Michaël Jonniaux, le patron de la police fédérale de la route.

Informées d’un accident, des familles des victimes se rendent sur place. C’est de plus en plus le cas. L’information circule de plus en plus vite, notamment en raison de la généralisation des GSM. "Avant c’était : ‘Vous sortez de l’autoroute. Vous n’avez rien à faire ici’. Maintenant ce n’est plus le cas", dit la commissaire Sandrine Hucorne, responsable de la coordination assistance aux victimes au sein de la police fédérale de la route.

Ce changement d’approche a pu être réalisé grâce aux formations dispensées par l’association Parents d’enfants victimes de la route (PEVR).

Chaque policier qui rejoint la police de la route doit suivre ces séances d’une demi-journée. Les officiers de permanence ou de référence au sein de chaque poste suivent deux journées d’étude. Et chaque année, il y a deux journées thématiques. En juin dernier, ce sont des policiers suisses de Sierre, intervenus pour le grave accident de car transportant des écoliers belges, qui ont fait part de leur expérience.

Désormais, la police de la route permet aux familles d’organiser des cérémonies d’hommage à leur proche décédé sur le lieu de l’accident. Des stèles peuvent être installées, hormis sur autoroute. "Sur autoroute, nous fermons parfois une bande de circulation pour une telle cérémonie", relate Sandrine Hucorne.

Ces familles ne sont plus oubliées : elles reçoivent les coordonnées d’un policier de liaison qu’elles peuvent contacter pour avoir les suites d’enquête.

Sur les lieux de l’accident ou lors de l’annonce, les policiers ont appris à répondre aux attentes des proches grâce aux conseils de PEVR. Il ne sert ainsi à rien d’empêcher les proches de voir leur disparu. "Face à un tel trauma, on peut accepter. Mais prévenez de ce que l’on va nous montrer. A ce moment, ce dont on a besoin, c’est d’être près d’eux. On peut voir", a ainsi conseillé vendredi, au cours d’une séance de formation pour policiers, Michèle Moreau, qui, en 2005, a perdu un fils qui allait avoir 13 ans, fauché à vélo par un chauffard.

Depuis lors, avec l’ASBL PEVR, elle informe les policiers pour que les proches des victimes ne soient plus oubliés.