“Omertà” sur les collabos flamands

La question de la collaboration des nationalistes flamands durant la Seconde Guerre mondiale reste enfouie dans la mémoire de bien des familles, dans “ un climat d’omertà”, qui représente encore “ un lourd fardeau pour la société civile belge”.

Christophe Lamfalussy
“Omertà” sur les collabos flamands
©REPORTERS

Près de 400 descendants de collaborateurs belges au régime nazi, le plus souvent des Flamands, ont consulté en 2012 le Centre d’études et de documentation guerre et sociétés contemporaines (Cegesoma) à Bruxelles pour s’informer des actes de leurs aïeuls, a indiqué l’historien Rudi Van Doorslaer lors d’une conférence belgo-britannique entre historiens, diplomates et journalistes, vendredi à Londres.

Le directeur du Cegesoma estime que cette question de la collaboration des nationalistes flamands durant la Seconde Guerre mondiale reste encore enfouie dans la mémoire de bien des familles, dans “ un climat d’omertà”, qui représente encore “ un lourd fardeau pour la société civile belge”.

Les demandes au Cegesoma “ viennent presque toujours de Flandre et de membres de la famille de la seconde ou de la troisième génération”, souligne Rudi Van Doorslaer. “ La plupart du temps, ces gens n’ont qu’une vague idée des raisons pour lesquelles leurs ancêtres ont été punis. Et quand ils pensent qu’ils l’ont, c’est souvent une interprétation mythique et masquée des faits réels.”

L’historien estime que l’adhésion de beaucoup de nationalistes flamands au nazisme était réelle, quoiqu’accompagnée d’une volonté d’opposition vis-à-vis de l’Etat belge, accusé d’avoir opprimé par le passé les Flamands. “ L’idée de revanche existe encore dans une partie de la jeunesse flamande et cela perturbe le fonctionnement de l’Etat fédéral”, estime M. Van Doorslaer.

Le patron du Ceges plaide pour un accès plus aisé des chercheurs mais aussi des proches aux archives de l’Etat belge.

Le Collège des procureurs généraux, qui gère les archives des juridictions militaires de l’immédiat après-guerre, rétorque que la moitié des demandes d’accès émane des descendants de collaborateurs. Entre le 1er janvier et le 30 septembre de cette année, 34 proches ont eu accès aux dossiers d’instruction. Près des trois quarts des demandes de ce genre sont satisfaites. “ Chaque demande est analysée. On ne laisse pas par exemple quelqu’un fouiller le dossier d’un voisin”, dit-on du côté du Collège des procureurs.