En moyenne, un accident par an: l’aviation privée est-elle risquée?

Le monde belge de l’aviation restait globalement perplexe dimanche après le crash aérien intervenu samedi à Gelbressée. Selon un pilote expérimenté interrogé par La Libre, "un pilote privé vole en moyenne 60 à 70 heures par an. C’est très insuffisant!"

En moyenne, un accident par an: l’aviation privée est-elle risquée?
©loule - Fotolia
Vincent Slits

Le monde belge de l’aviation restait globalement perplexe dimanche après le crash aérien intervenu samedi à Gelbressée. "Il faut rester très prudent. L’enquête ne fait que démarrer. On a dit que le détachement de l’aile était la cause de l’accident. C’est prématuré. C’est possible, mais ce détachement pourrait aussi être la conséquence et non la cause. Une aile qui se détache, cela peut être provoqué par une fatigue du métal, un décrochage de l’avion suite à des turbulences ou encore au fait que les commandes se sont bloquées entraînant l’avion dans des manœuvres incompatibles avec la capacité de résistance de l’aile", nous explique Francis Uyttenhove, pilote et ancien instructeur à la Sabena. "Cet accident me laisse d’autant plus perplexe qu’il est intervenu dans la phase de montée de l’appareil", ajoute un autre pilote.

Erreur de pilotage ? Problème technique ? L’enquête le déterminera. Mais le pilote décédé n’était en tout cas pas ce que l’on peut appeler "un pilote du dimanche". Pour le largage de parachutistes, il faut d’ailleurs une licence de pilote commercial. Le pilote en question volait sur la compagnie TNT Airways. Cela étant, le nombre d’accidents constatés depuis 15 ans dans l’aviation privée - un par an (lire ci-dessous) - pose cette question : cette "petite" aviation est-elle plus risquée que l’aviation commerciale ? "Je ne pense pas que le nombre d’accidents soit moins important dans d’autres pays européens. Il y a toujours eu des accidents dans l’aviation privée. Cela s’explique par le fait que les pilotes ont globalement moins d’expérience que dans l’aviation civile", poursuit Francis Uyttenhove.

Après un examen théorique passé auprès de l’Administration de l’Aéronautique, la législation belge prévoit pour le candidat à une licence de vol privée un minimum de 10 heures avec un instructeur, puis 40 heures de vol en solo. Ce n’est qu’ensuite qu’il recevra ou non sa licence de vol (NdlR : valable 5 ans, renouvelable). Dans des limites strictes : voler uniquement le jour et dans des conditions de météo et de visibilité acceptables. Un cadre belge bientôt adapté aux nouvelles réglementations européennes. "Il est clair que l’on ne fait pas le tour en 40 heures de toutes les situations possibles en matière d’incidents en vol. C’est la responsabilité de l’instructeur de juger si le pilote est prêt ou pas", explique Francis Uyttenhove. "Un pilote privé vole en moyenne 60 à 70 heures par an. C’est très insuffisant. Le manque d’expérience explique certains accidents causés par des erreurs de pilotage", estime un autre pilote expérimenté.

Autre différence avec l’aviation commerciale : là où les pilotes de ligne doivent subir un examen tous les six mois avec un instructeur - où on teste leurs réflexes dans des conditions d’incident ou de panne - les pilotes privés sont, eux, contrôlés tous les deux ans. Une heure d’examen avec un instructeur tous les deux ans, c’est fort peu pour certains observateurs... "Les contrôles actuels sont suffisants. Le grand problème, c’est l’explosion de certains coûts qui pèsent sur les pilotes privés, coûts liés aux licences, aux visites médicales, à la maintenance des appareils,... Dans l’aviation civile, ces coûts sont supportés par les compagnies. Ici, ce sont des particuliers qui les supportent et cela incite les pilotes privés à voler moins qu’avant. Voler davantage et gagner en expérience, c’est évidemment la garantie d’une plus grande sécurité", nous explique cet acteur de l’aviation privée.


Découvrez un dossier de quatre pages consacré à la catastrophe de Gelbressée dans La Libre Belgique du jour


Sur le même sujet