Peut-on renvoyer les réfugiés afghans ?

Quelque 44 % des demandeurs d’asile afghans sont rejetés.

Peut-on renvoyer les réfugiés afghans ?
©BELGA
V.R.

In et out. Alors que des demandeurs d’asiles afghans manifestaient sur la rue de la Loi avant de se faire arrêter pour entrave à la circulation (lire ci-contre) , au même moment, la Chambre menait un débat sur la politique des retours, où des intervenants de haut vol avaient été conviés à prendre la parole.

Dirk Van den Bulck, le commissaire aux réfugiés et apatrides a d’abord présenté le rapport annuel de son institution. Il a ainsi confirmé que le nombre de demandes d’asile était en baisse depuis le début de l’année alors qu’en Europe l’évolution est plutôt à la hausse. Il a par ailleurs expliqué que le nombre de décisions positives était lui aussi en hausse depuis le début de l’année. Ce qu’il explique par le fait que le nombre de demandes de Syriens augmentait fortement depuis le début de l’année et que ces demandes sont jugées généralement plus crédibles que d’autres.

Au passage, il a tordu le cou à un canard : non, les conseillers francophones au Commissariat général aux réfugiés et apatrides (CGRA) ne sont pas plus laxistes que leurs collègues néerlandophones. Ainsi, en 2012, sur les 19 737 décisions qui ont été prises, 4 419 ont été positives – soit dans 22,4 % des cas. Les conseillers francophones ont traité 9 532 dossiers et n’ont requis une décision positive que dans 15 % des cas. Dans le même temps, les conseilleurs néerlandophones ont tranché 10 299 dossiers, en leur réservant une issue favorable dans 29 % des cas. Dirk Van den Bulck a justifié cette différence par le fait que le dossier des Syriens était systématiquement inscrit au rôle néerlandophone.

Un pays sûr ?

Il a beaucoup été question du cas de l’Afghanistan. La semaine dernière, la mort d’un Afghan rentré au pays après avoir demandé en vain l’asile en Belgique avait fait grand bruit. Il fut notamment utilisé comme un symbole par les demandeurs d’asile afghans qui militent aujourd’hui pour obtenir le droit de séjourner en Belgique. Quand elle a été invitée à s’exprimer à son tour devant les députés, Fred Mawet, la directrice du Ciré (Coordonnées et initiatives pour réfugiés et étrangers) s’est concentrée sur leur cas pour illustrer la difficulté que pose le retour de demandeurs d’asile dans un pays en guerre.

Elle a avancé que 44 % des demandes d’asile déposées par des Afghans ne débouchent sur aucune protection – un chiffre qui n’est pas démenti par Dirk Van den Bulck. Comment le CGRA justifie ces refus ? “Il y a généralement trois raisons invoquées” , a relevé Fred Mawet.

La première, c’est que le demandeur d’asile n’est pas originaire d’Afghanistan et qu’il a donc menti sur son origine sans doute dans l’espoir d’être plus facilement reçu. “Mais alors , argumente la directrice du Ciré, ces personnes ne devraient en toute logique jamais être renvoyées en Afghanistan.”

La deuxième raison invoquée est proche de la première : le CGRA estime que le récit du requérant est non crédible parce qu’il ne peut répondre aux questions de connaissance sur l’Afghanistan posées à l’interview. “Des rapports démontrent que presque tous les Afghans ont été affectés physiquement, psychologiquement et socialement , explique Fred Mawet. Ainsi de très nombreux Afghans ne savent ni lire ni écrire et n’ont pas une bonne connaissance géographique, politique et historique de leur pays.”

La troisième raison invoquée, c’est que le demandeur d’asile est originaire d’un district suffisamment “sûr” pour ne pas risquer d’être victime de violence aveugle. “La situation n’est pas la même d’une région à l’autre , confirme Dirk Van den Bulck. Kaboul est, par exemple, dans une situation différente du sud ou du sud-est.” Ce que met en doute Fred Mawet. “Le Haut-commissariat pour les réfugiés des Nations unies et des experts internationaux considèrent que le conflit afghan est volatil et donc, qu’une région considérée comme sûre ne le sera peut-être plus dans quelques mois” , réplique-t-elle. Ce que à quoi le patron du CGRA rétorque que le risque éventuel encouru par les personnes est toujours estimé au cas par cas. “La protection de ceux qui en ont besoin est le cœur de notre travail.”

La légalité du retour ?

Une autre question concerne le renvoi en Afghanistan des demandeurs d’asile. Il s’avère que l’ambassade d’Afghanistan refuse systématiquement de délivrer un laissez-passer à ses compatriotes déboutés. Cela veut dire qu’elle n’autorise pas leur retour au pays. L’Office des étrangers délivre alors un laissez-passer européen. Les organisations de défenses des sans-papiers soupçonnent que les demandeurs d’asile déboutés sont alors accueillis à Kaboul par les forces internationales qui contrôlent l’aéroport, puis relâchés dans la nature.

“Mais si l’ambassade refuse de délivrer un visa, comment savoir si la personne est bien de nationalité afghane ?” , s’interroge la députée Karin Temmerman (SP.A). Freddy Roosemont, le directeur de l’Office des étrangers – c’est l’Office qui est chargé des expulsions – explique que l’ambassade procède chaque fois à une audition. Mais les organisations de défense des sans-papiers en doutent.


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