Tracteurs, câbles, ail: tout se vole

Pas plus tard que dans la nuit de dimanche à lundi, un vol de câbles a été perpétré le long de la voie ferrée à Louvain-la-Neuve. Trois individus ont été surpris par une patrouille de police. Ils se sont enfuis à bord d’une voiture immatriculée en Roumanie.

Jean-Claude Matgen
Tracteurs, câbles, ail: tout se vole
©Photo News

Pas plus tard que dans la nuit de dimanche à lundi, un vol de câbles a été perpétré le long de la voie ferrée à Louvain-la-Neuve. Trois individus ont été surpris par une patrouille de police. Ils se sont enfuis à bord d’une voiture immatriculée en Roumanie.

Une course-poursuite s’est alors engagée dans l’entité et le véhicule des fuyards a terminé sa course contre un muret. Les trois auteurs ont néanmoins réussi à s’échapper à pied. La voiture a été saisie et sera analysée.

Ce fait divers illustre un phénomène qui n’est pas neuf mais qui prend chaque année une ampleur plus grande : celui des bandes criminelles itinérantes venues de l’est de l’Europe.

Les groupes d’auteurs itinérants ont fait leur apparition en Belgique dès la fin des années 90. A l’époque, ils se signalaient surtout par des cambriolages en série dans les habitations, les commerces et les entreprises, et par des vols commis à l’aide de voitures béliers.

Ces bandes agissaient de façon très organisée et montraient de l’intérêt pour l’argent et les biens faciles à écouler sur les marchés de recel illégaux et les marchés de seconde main.

Les autorités ont, très tôt, tenté de lutter contre ce phénomène mais celui-ci a pris de l’ampleur avec l’élargissement de l’Union européenne et la crise économico-financière. Il a aussi changé de nature.

Skimming et vols de câbles

En vérité, il revêt une dizaine de formes différentes. Nous avons évoqué les cambriolages dans les maisons (qui visent tout spécialement l’argent et les bijoux et sont souvent commis par des mineurs d’âge) et dans les magasins (activité qui, en 2009, a entraîné un préjudice évalué, pour toute l’Europe, à 7,6 milliards d’euros) mais il faudrait aussi parler du skimming (qui consiste à copier illégalement les données de la bande magnétique d’une carte de paiement) et des vols à la tire, qui mettent en jeu principalement des mineurs, formés dès leur plus jeune âge à ce genre de "sport" et que l’on peut considérer autant comme des victimes de traite des êtres humains que comme des auteurs.

A ces pratiques, s’en ajoutent d’autres : les vols de chargements de camions sur les aires d’autoroutes, par exemple. Cette activité fait du "yo-yo". Très en vogue au début des années 2000, elle a reculé en 2003-2004 pour repartir de plus belle en 2005-2006 et diminuer à nouveau ensuite. Les groupes d’auteurs itinérants sont, en tout cas, fortement présents dans ce type de criminalité.

Il faut aussi parler des vols de métaux. Ils n’ont cessé d’augmenter parallèlement à l’envol des prix du cuivre, le métal le plus volé. Après un tassement en 2009, lié à une baisse des cours mais aussi à une politique des poursuites plus musclée, l’activité a repris de plus belle.

La plupart des vols sont commis sur les chantiers de construction et sur le réseau ferroviaire. Les métaux sont généralement recelés via des ferrailleurs en Belgique ou dans les pays voisins.

Vols de… champignons

On relève aussi une forte présence des bandes itinérantes dans les vols sur chantiers et les vols d’engins de chantier. Les vols sur chantier ont dépassé les 4 000 en 2008. Quant aux vols d’engins de chantier, ils tournent autour des 400 par an. Le prix de ces engins va de 50 000 euros pour les petits véhicules à plus de 250 000 pour les grands engins. Le matériel de chantier est très demandé dans les pays de l’ex-bloc de l’Est.

Plus récemment (voir de précédentes éditions), des bandes venues en convois de camionnettes ont écumé les bois de Wallonie à la recherche de… champignons. Mais la Belgique semble (provisoirement ?) épargnée par un phénomène qui inquiète beaucoup nos voisins français, les vols dans les exploitations agricoles (voir par ailleurs).