Un jeune Wallon sur 4 est pauvre

Frank Vandenbroucke s’apprête à lâcher un beau pavé dans la mare. Invité au Congrès des économistes jeudi et vendredi, l’ancien ministre fédéral des Affaires sociales démontrera que la performance de la Belgique en matière de lutte contre la pauvreté est “ médiocre ”.

V. R.
Un jeune Wallon sur 4 est pauvre
©Reporters

Frank Vandenbroucke s’apprête à lâcher un beau pavé dans la mare. Invité au Congrès des économistes jeudi et vendredi, l’ancien ministre fédéral des Affaires sociales démontrera que la performance de la Belgique en matière de lutte contre la pauvreté est “ médiocre ”.

C'est une information relayée par nos confrères de La Libre Belgique.

Celui qui enseigne aujourd’hui à la KUL et à l’université d’Anvers s’est intéressé à la pauvreté des moins de 18 ans. Les chiffres, qu’il tire de l’enquête européenne “Silc” – pour “Statistics on Income en Living Conditions” – ne sont pas flatteurs pour la Wallonie. Un enfant wallon sur quatre vit en effet dans une famille sous le seuil de pauvreté (voire infographie).

Avec un taux de pauvreté enfantine de 10,4 %, la Flandre est logée à bien meilleure enseigne. Elle est même assez en dessous de la moyenne européenne.

Mais la Flandre ne doit pas non plus pavoiser”, commente Frank Vandenbroucke. Est considéré comme pauvre un ménage dont les revenus sont inférieurs à 60 % du revenu moyen de la population. Mais si on prend comme base de référence non pas le revenu moyen belge, mais le revenu moyen flamand, le nombre d’enfants vivant dans une famille pauvre passe alors à 13,1 % en Flandre.

Le même exercice (prendre la moyenne régionale du revenu) ferait en revanche baisser le taux de pauvreté des enfants wallons à 20,8 %. Mais c’est une maigre consolation.

Le pire, c’est que l’évolution va dans le mauvais sens, note Frank Vandenbroucke. “ C’est d’autant plus décevant que la Belgique est réputée avoir une longue tradition sociale.”

Une faible participation

Une des raisons de ces performances médiocres est liée à cet autre constat : il y a en Belgique, plus que presque partout en Europe, beaucoup d’enfants vivant avec des adultes peu actifs sur le marché du travail. Un signe que les emplois sont mal répartis. Surtout en Wallonie.

Pourquoi ? Frank Vandenbroucke n’aborde pas vraiment cette question dans son étude. Le manque de formation chez certains travailleurs est certainement l’une des explications. Avec cet effet démultiplicateur pour les ménages : les personnes faiblement qualifiées se mettent souvent en couple avec d’autres personnes peu qualifiées selon l’adage “qui se ressemble s’assemble”.

Je ne veux pas stigmatiser le gouvernement wallon, poursuit Frank Vandenbroucke . Je crois qu’avec la dynamisation du Forem et avec le plan Marshall, des efforts importants sont fournis. Mais il y a des phénomènes structurels qui limitent les effets de ces efforts sur la lutte contre la pauvreté. Ce qu’il faut faire si on veut réduire la dualisation du marché du travail wallon, c’est comprendre ces problèmes structurels.”



Autre constat : les familles qui ont peu de liens avec le marché du travail sont aussi, en Belgique, comparativement avec des pays au niveau de protection sociale semblable, plus pauvres. A contrario, le risque de pauvreté dans les familles très actives sur le marché du travail est plus bas qu’ailleurs en Europe. Les mécanismes de redistribution des revenus et la protection sociale semblent donc moins efficaces que dans beaucoup de pays européens.

C’est la combinaison de ces deux facteurs, à savoir le fait que proportionnellement beaucoup d’enfants vivent dans des ménages peu actifs sur le marché du travail et le fait que le risque de pauvreté est très élevé dans ces ménages-là, qui explique qu’un enfant sur quatre vit en dessous du seuil de pauvreté en Wallonie”, professe Frank Vandenbroucke. La Wallonie est très polarisée. Si on compare le Brabant wallon et le Hainaut, on le comprend bien”.

Mais le professeur Vandenbroucke souligne que la Flandre “ est moins performante qu’elle le croit”. Et cela pourrait aller croissant parce que la tendance est mauvaise dans les nouvelles générations. “ C’est en tout cas ce qu’on constate dans les données de ‘Kind & Gezin’, l’équivalent flamand de l’Office de la naissance et de l’enfance, explique Frank Vandenbroucke. Surtout dans les grands centres urbains, Anvers, Gand, Malines, certaines communes du Limbourg. Le problème est lié à une immigration qui a été mal intégrée sur notre marché du travail, avec des femmes qui restent à la maison et un mari qui a des rentrées financières faibles et irrégulières”.

Les solutions

Pour Frank Vandenbroucke, les recettes classiques prônées pour enrayer la pauvreté, notamment la hausse des allocations sociales ou le relèvement du revenu minimum, ne suffiront pas. Surtout pour des familles qui n’ont qu’un revenu et plusieurs enfants. Il faut aussi éviter les pièges à l’emploi quand les allocations sociales sont relevées.

Quelles solutions alors ? D’une part, poursuivre la politique d’activation du chômage puisque le faible lien à l’emploi est un facteur de pauvreté. De l’autre, jouer sur des compensations liées aux coûts d’un ménage. “ Cela suppose une réflexion sur les allocations familiales, le coût de l’enseignement, l’accueil des enfants, les subventions pour le loyer, etc. On ne fera pas des miracles. Mais on peut améliorer la situation.”



Le 20e Congrès des économistes se tiendra le jeudi 21 novembre 2013 au Charleroi Meeting européen (CEME), rue des Français à Charleroi. www.cifop.be/congres_des_economistes.Malgré une sécurité sociale souvent louée, le taux de pauvreté reste dramatiquement élevé en Belgique. L’ancien ministre Frank Vandenbroucke livre de nouveaux chiffres.