Le coût de l’invalidité a bondi d’1,3 milliard en 5 ans

Le taux d'invalides chez les salariés est de 7%. Il grimpe à 26% au-delà de 55 ans.

Le coût de l’invalidité a bondi d’1,3 milliard en 5 ans
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L. G.

Le nombre de travailleurs en invalidité, c’est-à-dire en incapacité de travail prolongée (1), n’en finit plus d’augmenter. Les récentes statistiques que "La Libre" a pu consulter sont limpides. Conséquence, le coût de l’invalidité à charge des finances publiques explose lui aussi : en quatre ans, il a bondi de près d’un milliard d’euros.

Interrogé par le député Ecolo Georges Gilkinet, le secrétaire d’Etat aux Affaires sociales Philippe Courard (PS) vient de lui fournir l’évolution du nombre de travailleurs en invalidité dans le régime salarié depuis 2007. Cette année-là, on comptait 223 684 invalides, pour une dépense de 2,389 milliards d’euros. En 2011, on arrive à un total de 269 499 invalides, qui représentent un coût de 3,386 milliards. Soit une augmentation de 45 815 travailleurs (+20 %) et d’un milliard d’euros en quatre ans.

A l’heure de donner sa réponse, M. Courard ne disposait pas encore des données pour 2012. Renseignement pris à l’Institut national d’assurance maladie-invalidité (Inami), ces données sont désormais disponibles. Verdict : les choses ne s’arrangent pas. Le nombre d’invalides a grimpé à 283 541. Le montant budgété pour 2012 était de 3,667 milliards d’euros.

Face à ces chiffres, le député Gilkinet s’inquiète particulièrement du rapport croissant entre le nombre d’invalides et le nombre de salariés. Pour 2011, ce rapport est de 7 %, toutes tranches d’âge confondues. Mais il grimpe à 17,6 % chez les plus de 50 ans. Et même à 26,1 % pour les plus de 55 ans. "Un travailleur de plus de 55 ans sur quatre est en invalidité", s’étrangle Georges Gilkinet. Des proportions confirmées à l’Inami même si sans doute légèrement inférieures, vu qu’une partie des invalides, ex-chômeurs, ne peut être considérée comme des travailleurs. "Il existe une corrélation évidente entre invalidité et âge des travailleurs. Lorsqu’on décide que les citoyens belges doivent travailler plus tard, cela conduit à une baisse des dépenses de pensions, mais aussi à une hausse des dépenses en matière d’invalidité", affirme-t-il.

L’Ecolo n’est pas le seul à s’inquiéter. A l’Inami, le comité de gestion des indemnités s’est vu présenter la semaine dernière un rapport sur les causes de la croissance du nombre d’invalidités et sur les perspectives d’avenir en la matière. Ces dernières ne sont pas roses : le nombre d’invalides continuera à progresser durant les années à venir. Une augmentation de 15000 unités par an est attendue jusqu’en 2017, année à partir de laquelle l’augmentation diminuera clairement pour quasi se stabiliser vers 2020 (voir infographie).

Les problèmes psychiques gagnent en importance

L’explication de cette croissance, continue depuis 1993, tient à trois facteurs essentiels : l’augmentation de la population active, le vieillissement de la population active et l’alignement de l’âge de la pension entre hommes et femmes. Toutefois, pointe le rapport, l’augmentation du taux d’invalidité de 5,24 % en 1993 à 6,94 % en 2012 (et bien davantage chez les aînés) ne s’explique pas entièrement par les évolutions démographiques ni par le relèvement de l’âge de la pension des femmes. "L’incapacité de travail de longue durée est essentiellement due à l’apparition de nouveaux syndromes. Les maladies musculo-squelettiques et surtout les problèmes psychiques gagnent toujours en importance. De plus en plus d’études font le rapport entre le stress, les conditions de travail, le manque d’intérêt pour la fonction exercée et l’incapacité de travail de longue durée. La carrière dite "citron", où les travailleurs de plus de 50 ans sont exténués après une carrière relativement courte mais intensive, est également avancée comme facteur explicatif possible de l’absence de longue durée à un âge plus avancé."

Et le rapport de conclure en se demandant "si la prolongation de la carrière active, sans mesures d’accompagnement adaptées, ne fera pas plutôt augmenter que diminuer le nombre de personnes en incapacité de travail". Voilà matière à réflexion pour le gouvernement fédéral.

(1) On entre en invalidité lorsque l’on est en incapacité de travail depuis plus d’un an.


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