"Les bus gérés par le secteur privé sont plus performants"

Depuis le début de la grève "spontanée" entamée jeudi par des chauffeurs des Tec Liège-Verviers, le débat autour d’une éventuelle privatisation des bus wallons (re) fait surface...

Dive Alice
"Les bus gérés par le secteur privé sont plus performants"
©BELGA

Depuis le début de la grève "spontanée" entamée jeudi par des chauffeurs des Tec Liège-Verviers, le débat autour d’une éventuelle privatisation des bus wallons (re) fait surface. Axel Gautier est professeur d’économie à l’école de gestion (HEC) de l’ULg. Il a mené plusieurs études sur le transport urbain, notamment sur les performances des opérateurs (privés et publics) du secteur en France. Entretien avec l’intéressé.

Comment est organisé le transport urbain en France ? 


Dans la grande majorité des municipalités françaises, cela fonctionne en privatisant. La conception du réseau de transports reste publique mais son exploitation est concédée à un opérateur privé. Au terme d’un appel d’offres, seul un partenaire - privé donc - obtient un contrat d’une durée de six ans et gagne le monopole dans la municipalité. Cette dernière lui octroie tout de même un subside conséquent mais qui est moindre que dans un modèle tel que celui qui prévaut aujourd’hui en Wallonie, où l’entreprise publique s’occupe à la fois de la conception et de l’exploitation du réseau de transports. 

Quel est le système le plus performant ?

ncontestablement celui qui passe par les opérateurs privés.

Pourquoi ? 

Notamment parce que la concurrence fait diminuer les coûts du service. Ces derniers sont moins élevés quand ils sont fournis par le privé. Le mode d’organisation a donc très clairement une influence sur les performances. 

Pour quelle(s) raison(s) ? 

Entre autres parce que l’on joue sur la responsabilisation financière de l’opérateur. On constate effectivement que plus on donne de responsabilités financières à l’exploitant, plus les performances sont élevées. Et là, on distingue trois grands systèmes en France. Soit le partenaire privé est remboursé (par la municipalité) de l’intégralité de ses coûts, soit il est remboursé au forfait, soit il est remboursé au forfait mais est en plus responsable des recettes du trafic. Autrement dit, s’il y a moins de clients, c’est lui qui en subit les conséquences. Important, c’est la municipalité qui choisit d’opter pour un modèle plutôt que pour un autre. 

Ce modèle de privatisation est-il transposable en Wallonie ? 

Bien sûr que oui ! Il n’est pas du tout inconcevable d’imaginer qu’on décide de concéder l’exploitation de certaines lignes ou d’une entité du Tec à un opérateur privé qui soit responsabilisé. 

C’est déjà le cas pour certaines lignes dans le Namurois, d’ailleurs… 

Exact mais là, on n’est pas du tout dans un modèle de privatisation à la française. Ici, on cherche un opérateur pour exploiter une ligne de bus bien précise, et l’opérateur reçoit un défraiement fixe au kilomètre en fonction des caractéristiques de la ligne. Dans le système français, on concède non pas ligne par ligne, mais municipalité par municipalité. Et le défraiement que reçoit l’exploitant est fixé non pas par arrrêté gouvernemental mais par le marché. 

C’est vers cela que l’on doit aller selon vous ? 

Oui, j’en suis convaincu. Pour moi, dire que le secteur public doit systématiquement assurer lui-même le service public est totalement dogmatique. Les services publics peuvent très bien être assurés par des entreprises privées pour le compte des autorités publiques. 
Car il ne faudrait pas tomber dans l’excès inverse non plus, et dire qu’on n’envisage plus que des bus privatisés à 100 %. Ce serait une catastrophe en termes de déplacement. Non, tout l’intérêt de ce système, c’est de faire jouer la concurrence. Mais très clairement, je pense que c’est une option à creuser.