Le MR n’a "aucune confiance" en De Crem

Le ministre de la Défense Pieter De Crem (CD&V) s’est attiré les foudres de tous les partis de… la majorité sur le dossier du remplacement des F-16. MR en tête avec Denis Ducarme. Qui dit n’avoir "aucune confiance" en lui…

Le MR n’a "aucune confiance" en De Crem
©Montage LaLibre
Antoine Clevers

Le ministre de la Défense Pieter De Crem (CD&V) s’est attiré les foudres de tous les partis de… la majorité sur le dossier du remplacement des F-16. MR, en tête. Qui dit n’avoir "aucune confiance" en lui…

Mercredi, lors d’une conférence à l’École royale militaire, le ministre s’est exprimé en faveur du remplacement de nos avions de chasse vieillissants, au lieu d’une nouvelle prolongation de leur existence. Dans la soirée, il donnait sa préférence aux F-35, citant le chiffre de 40 appareils nécessaires.

Pour le PS, "c’est clairement niet", réagissait mercredi le député Christophe Lacroix. Hier, en séance plénière, CDH (le plus mesuré), VLD et SP.A ont dénoncé la sortie de M. De Crem. Sur le fond (coût, etc.) et la forme (absence de consultation du Parlement, etc.).

"Je m’exprime au nom de mon parti", nous précise le député libéral Denis Ducarme.

1. Sur Pieter De Crem. "Ce n’est pas à lui de préparer le remplacement des F-16. L’accord du gouvernement dit qu’une réflexion doit être entamée sur les futurs grands investissements de l’armée. Mais là, M. De Crem s’avance trop…" Plus fondamentalement, dit M. Ducarme, "je n’ai aucune confiance en lui par rapport à sa vision communautaire" du dossier… "On sent dans sa volonté de racheter 40 F-35 aux Pays-Bas" (sur une quatre-vingtaine qu’ils ont commandés).Une façon de flamandiser la Composante Air ? "Je ne sais pas… Mais il a eu des relations trop exclusives avec les Pays-Bas. Le gouvernement lui a d’ailleurs demandé de se tourner aussi vers la France et l’Allemagne. On sait que le programme de la N-VA est d’arriver à une sorte d’armée "orangiste". Et, à l’image de Stefaan De Clerck, certains au CD&V ont encore la nostalgie du cartel…" Denis Ducarme estime par ailleurs que la Belgique doit discuter directement avec la firme américaine Lockheed Martin qui produit les F-35 "afin d’en tirer les bénéfices économiques pour notre pays. Si on passe par les Pays-Bas, il ne nous restera que les miettes…"

2. Sur le F-35. C’est le choix du MR comme remplaçant au F-16. Rafale, Gripen, Typhoon ? "Ils sont moins multirôles que les F-35, sur lesquels il est possible d’embarquer une bombe B61", donc nucléaire.

3. Sur le PS. "Il oppose un niet catégorique au remplacement des F-16 ? C’est irresponsable ! Si on veut continuer à peser en matière de Défense et de sécurité dans le concert des Nations, nous devrons faire le choix du remplacement du F-16. Les gens doivent comprendre que notre engagement en Afghanistan permet d’assurer notre sécurité en Europe et en Belgique."

Au-delà des aspects diplomatico-militaires, le libéral met en valeur les retombées économiques de l’investissement pour la Belgique. "1800 ou 2000 emplois gravitent à l’armée autour des F-16 !" Sans oublier, dit-il, le secteur civil aéronautique. "Quand j’entends le PS dire "non" avant même d’avoir analysé le dossier, je me dis qu’on assiste au retour d’une gauche naïve, antimilitariste, déconnectée du monde réel…"

Le remplacement des F-16 est "primordial"

Pieter De Crem persiste et signe. Jeudi 12 décembre, à la Chambre, le ministre de la Défense a déclaré que, "si notre pays veut encore jouer un rôle au niveau international, il est incontestable que la Belgique doit maintenir sa capacité" aérienne. "Sans avions de chasse, la Belgique perdra toute pertinence" à l’égard de ses alliés"européens" et de "l’Otan".

L’agenda ? Le ministre a rappelé que les F-16 seront retirés de la circulation entre 2023 et 2028. Selon lui,"il est primordial que la Défense ait une capacité complète en 2025". Cela implique que la flotte soit"complètement renouvelée en 2029". Sans citer le F-35 comme remplaçant idéal du F-16, Pieter De Crem estime que "pour maintenir cette capacité, l’achat de 40 appareils est nécessaire".

Enfin, à propos du coût de l’opération - "80 à 100 millions d’euros" par avion - le ministre de la Défense souligne que "l’investissement consenti pour les F-16 a été récupéré au triple par les entreprises belges." Il pointe aussi "les connaissances" acquises en aéronautique. Mais, rappelle-t-il, c’est le prochain gouvernement qui tranchera…