Une membre de la Commission euthanasie vit mal les "attaques"

Régulièrement visée par les anti-euthanasie, l'une des membres de la Commission, Jacqueline Herremans vit "très mal des attaques" qui, en la faisant "passer pour un assassin", mettent en doute sa "probité".

Une membre de la Commission euthanasie vit mal les "attaques"
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La Commission fédérale de contrôle et d'évaluation de l'application de la loi du 28 mai 2002 relative à l'euthanasie s'est retrouvée jeudi, au Sénat, au centre d'attaques du CD&V et du cdH qui ont soulevé des "soupçons de conflit d'intérêt" dans le chef de certains de ses membres et se sont étonnés de l'absence de transmission de dossiers au Parquet. Régulièrement visée par les anti-euthanasie, l'une des membres de la Commission, Jacqueline Herremans vit "très mal des attaques" qui, en la faisant "passer pour un assassin", mettent en doute sa "probité". Le site internet "info.catho.be", le relai de l'Eglise catholique en Belgique, dénonce "des conflits d'intérêt" dans le chef de Jacqueline Herremans accusée d'être à la fois "présidente du lobby de l'euthanasie et membre de la Commission de contrôle des euthanasies en Belgique".

Jeudi, le sénateur André du Bus (cdH) a fait état, en séance plénière, de soupçons de conflit d'intérêt au sein de ladite Commission et la sénatrice Els Van Hoof (CD&V) s'est étonnée que cette Commission n'a jamais transmis de dossier au Parquet, alors qu'aux Pays-Bas le Parquet a été saisi à plusieurs reprises.

"Ces accusations visent clairement Wim Distelmans (spécialiste à l'UZ à Bruxelles, professeur à la VUB et président de la Commission euthanasie), en Flandre, et moi-même, côté francophone. Elles sont apparues il y a quelques semaines, à l'occasion de l'émergence du débat en France, et sont proférées par des gens qui ne connaissent pas et n'ont jamais été concernés par une situation d'euthanasie", réplique Jacqueline Herremans, présidente de l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD).

"Il est vrai qu'avec l'ADMD, nous nous sommes battus pour qu'il y ait une loi, mais cela s'est fait avec d'autres, sinon nous ne l'aurions pas eue. Et aujourd'hui, je m'attache très fortement à ce que la loi soit respectée. Une des missions principales de la Commission est d'ailleurs d'ordre pédagogique, veiller à ce qu'il y ait une déclaration selon le formulaire de manière à suivre le processus obligatoire", précise-t-elle.

"Au sein de la Commission siègent des opposants à l'euthanasie et c'est tout à fait normal, au nom du pluralisme qui caractérise la société. Il est par exemple impensable de ne siéger qu'avec des opposants à l'euthanasie alors que pas plus tard que jeudi 70% des sénateurs ont voté l'extension de la loi. Les débats sont très constructifs, loin des passions qui animent certains groupes à l'extérieur et pour qui l'euthanasie est un crime, point à la ligne", assure-t-elle.

Jacqueline Herremans a analysé la plupart des décisions concernant cinq à six dossiers transmis au Parquet général néerlandais et à l'Inspection locale de la Santé. "La plupart du temps, ils ont été classés sans suite, après une discussion avec le médecin. En Belgique aussi, il arrive que, dans des cas extrêmes, des dossiers fassent l'objet de poursuites par le Parquet. J'invite d'ailleurs quiconque disposant d'éléments graves à saisir les autorités", souligne-t-elle.

Ignorance des opposants

La présidente de l'ADMD indique que c'est généralement l'ignorance des opposants qui les amènent à penser qu'on pratique l'euthanasie illégalement. Les actes posés dans la fin de vie sont nombreux et l'euthanasie doit répondre à des conditions très strictes selon une procédure qui peut prendre du temps, rappelle-t-elle. "Imagine-t-on vraiment un médecin dire 'j'en suis déjà à trois euthanasies cette semaine je vais m'en faire une quatrième'? Il serait scandaleux de penser de la sorte quand on connaît la charge émotionnelle qui pèse sur eux", lance-t-elle.

Jacqueline Herremans balaye également du revers de la main l'argument selon lequel la Commission euthanasie prend les dossiers à la légère, en analysant "200 en 3 heures", comme l'a évoqué Els Van Hoof. Il existe un "examen préalable", souligne-t-elle. "Cela peut aller très vite quand la déclaration est bien remplie mais prendre bien plus de temps quand il manque des éléments".

Mme Herremans reconnaît en revanche que la Commission est demandeuse de moyens supplémentaires vu l'inflation des déclarations. "Il faudrait renforcer le secrétariat, idéalement avec un juriste et un médecin", estime-t-elle.

La Commission euthanasie est composée de seize membres titulaires et seize membres suppléants, répartis en trois groupes, juriste, médecins et société. Les listes de candidats sont présentées au Sénat puis soumises au ministre qui valide la composition par arrêté royal. La composition de la Commission n'a jamais été remise en cause par le Sénat.

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